#PPLAnimaux : une pétition pour demander une présentation du texte dans les plus bref délais au Sénat

Le 29 janvier 2021, près de deux ans après le lancement de la mission ministérielle sur le bien-être animal par François de Rugy et quatre mois après l’annonce faite par Barbara Pompili le 29 septembre 2020 de mettre progressivement un terme à l’exploitation des animaux sauvages dans les cirques, l’assemblée nationale a adopté la Proposition de loi « visant à renforcer la lutte contre la maltraitance animale » (texte adopté n°558).

Depuis, nos organisations attendent que le Sénat se saisisse du texte, qui ne pourra entrer en vigueur que si ses propositions sont votées par les sénateurs.

Entre le gouvernement et le Sénat, on se renvoie la balle, chacun estimant que c’est à l’autre de mettre ce texte en débat. Sauf que le temps passe, et fait augmenter nos craintes que cette proposition de loi ne soit jamais débattue et que les avancées tant attendues pour les animaux sauvages captifs par une majorité des français ne voient jamais le jour.

Du côté du ministère, on se veut rassurant, affirmant que si le débat ne peut avoir lieu au Sénat, la ministre pourra prendre un décret… mais nous sommes déjà le 29 mai 2021 et il ne reste qu’un an avant la fin du mandat d’Emmanuel Macron.

Nous estimons donc que cette Proposition de loi, enregistrée au Sénat sous le n°326, doit faire l’objet d’une étude rapide dans le cadre de la procédure accélérée engagée. A ce jour, aucune inscription n’a été faite à l’agenda pour débattre de ce texte d’une grande importance, attendu par une majorité de Français comme en attestent plusieurs enquêtes d’instituts de sondages.

Parmi les objectifs de cette PPL figurent : la lutte contre les abandons via un encadrement plus strict de la vente des animaux de compagnie (interdiction de la vente des chiens et chats en animaleries dès 2024) et un renforcement des peines en cas d’abandons, l’interdiction des manèges/carrousels à poneys dans les foires, la fin des animaux sauvages dans les cirques cinq ans après la promulgation de la loi, l’interdiction des spectacles de cétacés en delphinarium (dans un délai de 7 ans pour les dauphins, 2 ans pour les orques), la fin des spectacles itinérants d’ours et de loups, l’interdiction des élevages de visons pour la fourrure dans un délai de deux ans…

Nous vous invitons donc à signer cette pétition appelant les sénateurs (conférence des présidents) à inscrire, dans les plus brefs délais, la Proposition de loi n°326 « visant à renforcer la lutte contre la maltraitance animale ». 

Cette pétition officielle, déposée sur le site du Sénat par Christophe Marie, de la Fondation Brigitte Bardot, nécessite une authentification sécurisée : https://petitions.senat.fr/initiatives/i-638


Compte-rendu du procès de Dany Bruneau et Alexandre Poliakov

Mercredi 12 mai 2021 s’est tenu le procès de Dany Bruneau et de Alexandre (Sacha) Poliakov, dresseurs établis à Chauvigny-du-Perche et bien connus dans le Loir-et-Cher.

Devant le Tribunal correctionnel de Blois, une trentaine de militants associatifs se sont réunis pour demander justice pour les animaux détenus par le couple. En ligne, la e-manifestation organisée par AVES France et MesOpinions.com a attiré plus de 14.000 manifestants entre 8h et 18h ! Le mot d’ordre est simple : nous demandons le retrait des certificats de capacité et la confiscation de l’ensemble des animaux.

13h49 : ouverture de l’audience. 
Nous apprenons que Mme Bruneau ne sera pas présente, car elle serait hospitalisée pour une maladie grave. Monsieur Poliakov, lui, s’avance à la barre.
Le Président du Tribunal lui rappelle les nombreuses infractions pour lesquelles il est poursuivi, avant de revenir sur l’enquête de l’OFB qui a conduit à la rédaction d’un Rapport de Manquements Administratifs suite à un contrôle en février 2019, dont les prévenus ont pris possession mais qu’ils n’ont pas lu.

Le Président rappelle qu’en 2015, M. Poliakov a demandé une extension de son autorisation d’ouverture pour accueillir des perroquets, et que la DDCSPP lui a donné cette autorisation, mais qu’il s’était engagé à réaliser des travaux avant le 31 décembre 2015. Or, lors du contrôle de février 2019, les travaux n’étaient pas terminés et les oiseaux vivaient toujours dans une ancienne remorque de camion frigorifique sans lumière extérieure et sans accès à une volière. M. Poliakov évoque des problèmes de trésorerie et des travaux réalisés mais non terminés, affirmant qu’aujourd’hui, les travaux sont terminés. Pourtant en mars 2019, un rapport vétérinaire indiquait que les oiseaux restaient 365 jours par an dans leurs petites cages avec cette conclusion : « Il est contre les bonnes pratiques et le bien-être animal de maintenir des oiseaux dans un local fermé, non aéré et sans accès extérieur et à la lumière naturelle 365 jours par an. » C’est le même vétérinaire qui s’était alarmé de l’état de santé de Micha et avait recommandé un « suivi vétérinaire plus soutenu et ne plus faire de représentation dans sa condition médicale ». Il poursuivait en disant qu’« en l’état actuel des choses, il est pour moi médicalement contre-indiqué de déplacer cet animal de son environnement, tout mouvement forcé étant une source de douleur importante. »

Le Président attire ensuite l’attention du prévenu sur la détention illicite du singe magot. M. Poliakov affirme que la DDCSPP a perdu son dossier en 2015. Il a redéposé un dossier qui a été rejeté. M. Poliakov finit par avouer détenir illégalement le singe, que nous avions vu travailler lors d’une prestation en décembre 2018.

La détention illégale concerne aussi un ara militaire qui avait été utilisé à Villedieu-le-Château, ce qu’avait pu identifier Arnauld Lhomme en visionnant nos photos du spectacle, puisque nous étions présents à cette représentation. La provenance de plusieurs oiseaux reste douteuse.

Le rapport de l’OFB indique aussi qu’aucun animal n’était identifié sur le fichier i-Fap, ce qui a depuis été régularisé.

Le Président s’étonne qu’il faille toujours autant de temps à M. Poliakov pour tenir compte des remarques de l’administration et remet en cause son professionnalisme. « Vous étiez dans le collimateur d’associations de protection des animaux depuis 2014, suite à des spectacles ou des dénonciations d’anciens employés. C’est de cette manière que le focus a été mis sur votre exploitation » poursuit le Président, avant d’enchaîner sur la qualification de ces « employés ». Etait-ce du travail dissimulé ?

Alexandre Poliakov affirme que c’était des stagiaires, des cavalières qui venaient pour monter les chevaux.
– Contre quelle contrepartie ? l’interroge-t-on.
– Rien. Parfois elles voulaient aider, nettoyer, alors on nettoyait les box ensemble.

Le Président du Tribunal énumère les témoignages de ces jeunes femmes qui, après leurs absences, devaient récurer les box, parfois plein de crottin ; jusqu’à 40 cm !
Ils pataugeaient dans leurs déjections ! M. Poliakov dit : « patauger ça veut dire dans l’eau ? » Il lui est répondu que « patauger » signifie que les box étaient plein de crottin et d’urine et que le terme « patauger » est tout à fait approprié.

M. Poliakov affirme qu’au maximum les box n’étaient pas récurés pendant une semaine et que les chevaux étaient au pré. Mais alors comment autant de témoignages concordants peuvent affirmer le contraire et les conditions déplorables dans lesquelles vivaient les chevaux ? Même la DDCSPP, en 2017, met en demeure le couple et précise que les box non curés entraînent des infections au niveau des sabots des chevaux.

Après l’inspection du 8 juin 2017, laquelle conduit la DDCSPP à mettre en demeure le couple pour plusieurs manquements (travaux non terminés, identifications de nombreux animaux manquantes, soins aux animaux non réalisés…), M. Poliakov s’était engagé à terminer les travaux pour mars 2018, ce qui est resté une vaine promesse.

Le Président poursuit sur l’état des ours, qui n’étaient plus suivis par un vétérinaire depuis le dernière visite de Florence Ollivet-Courtois en 2011. Le Président rappelle que le rapport de février 2019 indiquait dans quel était dramatique était Micha : « Le vétérinaire dit que l’animal ne pouvait plus marcher, que c’était handicapant ; ça ne vous a pas alertés ? » M. Poliakov assure qu’il faisait des soins à son ours tous les jours, ce que réfutent les vidéos tournées par One Voice. Pour la représentation à Racquinghem, c’est leur vétérinaire pour animaux domestiques qui leur a fourni un certificat disant que l’état de santé de l’ours était satisfaisant. « Il n’y a que des vétérinaires chiens et chats chez nous, pas de vétérinaire pour les animaux sauvages » se défend Alexandre Poliakov, refusant de reconnaître que son ours n’était pas en état pour se produire à Racquinghem. Le Président déplore que le vétérinaire en question, qui a été entendu par la gendarmerie, n’a pas été interrogé sur ce certificat.

« L’ours a bien travaillé ? C’était une belle représentation ? » demande le Président, qui a vu les images que nous avons tournées lors de la dernière représentation de Micha.

« L’ours il faisait tout tou seul, répond M. Poliakov, il fallait à peine le guider ». Ce jour-là, Micha n’en pouvait plus, il renversait les obstacles, s’allongeait. Il était à bout de forces. Son niveau de douleur était estimé à 11. Le procureur rappelle le choc des images, de la souffrance des animaux à laquelle M. Poliakov semble hermétique. Il rappelle une condamnation à une amende avec sursis le 3 avril 2013 pour défaut de certificat de capacité. Il rappelle les nombreux contrôles depuis son installation dans le Loir-et-Cher, les nombreuses procédures, mises en demeure (2008, 2009, 2011, 2017, 2019…). Il aura fallu la mort de Micha, une pression médiatique et des poursuites judiciaires pour qu’enfin M. Poliakov prenne la mesure de ses actes et assume ses responsabilités.

Le procureur considère que la situation financière de M. Poliakov et Mme Bruneau ne permet pas de les condamner à des amendes, et propose donc 1 mois de prison avec sursis à l’encontre de Mme Bruneau et 4 mois avec sursis pour M. Poliakov. A la demande des associations parties civiles, il réclame des peines complémentaires, et notamment l’interdiction d’exercer une activité en lien avec des animaux, de détenir des animaux et la confiscation de leurs animaux, ainsi que 400€ par contravention.

L’affaire est mise en délibéré au 1er septembre 2021. 

Les animaux, même ceux détenus illégalement, restent en attendant chez les Poliakov alors que Alexandre Poliakov est désormais chauffeur-livreur en intérim et que Mme Bruneau est hospitalisée pour une maladie grave. On peut se demander qui va prendre soin des animaux. Sans compter qu’en cherchant des informations sur les réseaux sociaux, on s’aperçoit qu’il y a quelques jours à peine, Mme Bruneau interrogeait ses connaissances sur les traitements par vermifuge pour ses perroquets… qui visiblement ne sont toujours pas suivis par un vétérinaire.

Procès Poliakov : un rassemblement et une e-manifestation !

E-manifestation mercredi 12 mai pour rendre justice à l’ours Micha et demander le retrait de l’ensemble des animaux des Poliakov

 

Mercredi 12 mai à Blois, aura lieu le procès tant attendu d’Alexandre Poliakov et de Dany Bruneau, plus connus sous le nom des « Poliakov ». Le couple de dresseurs sera jugé pour avoir exercé des sévices graves envers des animaux apprivoisés, tenus en captivité, et détenu ces animaux dans un environnement ou des installations pouvant être causes de souffrances.

L’association AVES France, qui suivait ces dresseurs depuis de nombreuses années, a déposé une plainte en décembre 2019 suite au décès de l’ours Micha et s’est constituée partie civile lors de ce procès. AVES France co-organise un rassemblement devant le Tribunal correctionnel de Blois, à 12h45, aux côtés d’autres organisations de protection animale.

Elle a également lancé une E-manifestation (manifestation en ligne) sur la plateforme MesOpinions qui sera accessible de 8h à 18h le 12 mai. Cet évènement permettra à chacun de montrer son soutien à ce combat, de demander au Tribunal correctionnel de Blois une condamnation exemplaire des Poliakov et de prononcer à leur encontre une interdiction de détenir des animaux à l’avenir. 

Voici le lien de la E-manifestation qui s’ouvrira mercredi 12 mai à 8h : https://www.mesopinions.com/petition/animaux/retrait-ensemble-animaux-poliakov/137965

Cet évènement exceptionnel sera accessible à tous. Pour que la mobilisation soit prise en compte, il suffira de cliquer sur « Je manifeste ».

Une vidéo retraçant la triste histoire de Micha et de ses congénères sera diffusée sur la page de la manifestation le Jour J.

Nous comptons sur votre mobilisation, physique ou virtuelle !

Procès Poliakov – 
Rassemblement unitaire devant le tribunal correctionnel de Blois mercredi 12 mai 2021 à 12h45 pour dénoncer l’exploitation des animaux et des actes de maltraitance.

Nous avons tous encore en mémoire les images sordides des ours Micha, Bony et Glasha, enfermés dans des geôles en béton chez leurs dresseurs, ou celles de l’ours Micha, à bout de forces, contraint d’exécuter son numéro devant le public de Racquinghem, quelques semaines avant de mourir. Mercredi 12 mai 2021, nos organisations appellent les militants de la cause animale à se rassembler à 12h45 devant le tribunal correctionnel de Blois, où se tiendra l’audience des parties civiles lors du procès des « Poliakov ». 

© L’ours Micha dans sa geôle - One Voice 2019

Retour sur les faits : 

Depuis de nombreuses années, plusieurs associations de protection animale s’inquiètent des conditions de détention et d’exploitation des animaux détenus par les Poliakov, et alertent régulièrement les autorités à leur sujet. 

En 2014, un soigneur animalier contacte l’association AVES France pour dénoncer les conditions de détention des animaux détenus par le couple : « il m'a fallu quelques jours à peine pour me rendre compte que les conditions de captivité des ours (et des autres animaux qu'ils possèdent) sont inacceptables », affirmait ce témoin resté cinq mois sur place, et révélant que Micha « a de nombreux problèmes de santé : il n'use pas ses griffes, du coup elles ont tendance à rentrer dans la plante du pied et à occasionner des blessures. Il a aussi des gros problèmes "d'allergies". C'est le seul qui sort un peu, pour aller travailler en spectacle. »

Son témoignage est accompagné de photos des ours dans leur prison de béton, que nous transmettons aux autorités… 

© Photos des installations des ours - mai 2014 confiées à AVES France par un lanceur d’alerte. 

« En mai, à cause d'une inspection de la DDPP, ils ont été transférés en urgence dans le bâtiment (deux heures avant l'arrivée des inspecteurs). Cela à ensuite posé de nombreux problèmes car les travaux n'étaient pas terminés. Du coup, même si leur espace de vie était plus grand, leurs conditions de vie étaient à mon sens moins bonnes (sol en béton brut, copeaux toujours humides, pas de lumière…). De plus, c'est devenu dangereux de les nourrir puisqu'ils pouvaient passer les pattes à travers les grilles. J’ai failli me faire accrocher plusieurs fois par Glasha et j'ai même perdu un arrosoir en l'abreuvant. Bony avait même développé un pathologie qui pour moi était une sorte de gale puisqu'il perdait ses poils et se grattait jusqu'au sang contre les murs. Quand je suis parti, le parc n'était toujours pas terminé (et loin de l'être) et de toute manière, Sacha m'avait confié que les ours ne seraient pas sortis dedans régulièrement. Parce que d'une part il voulait être présent en permanence pour les surveiller, et d'autre part il craignait que s’ils étaient laissés trop libres, ils ne veuillent plus "travailler". A noter aussi qu'en 5 mois de présence, je n'ai jamais vu les ours être sortis de leur logement (que ce soit pour travailler ou pour se promener), à part Micha quand il allait en spectacle (peut être 3-4 fois en 5 mois). » 

 En 2015, AVES France filme la prestation de l’ours Micha à la fête du cochon de Crépy-en-Valois. L’ours est enfermé dans une fourgonnette dont il ne sort que pour assurer ses représentations. Il traverse le public en boitant. La publication de la vidéo du spectacle crée l’émoi chez les protecteurs des animaux, mais la DDPP de l’Oise, invitée à venir contrôler l’état de santé de l’ours, nous répondra simplement qu’elle n’a pas pu accéder à l’animal.

En 2016, l’ours Micha participe à un spectacle à Arcis-sur-Aube. Une nouvelle fois, AVES France filme le spectacle. L’ours arrive sur scène en bavant, étant resté dans un van pour chevaux puis dans une cage en plein soleil, sans eau. Comme à Crépy-en-Valois en 2015, des spectateurs prennent à partie les dresseurs à la fin de la représentation et dénoncent l’état de l’ours, dont les griffes se recourbent dans ses soles plantaires. Pourtant, les autorités administratives ne prendront pas même la peine de se déplacer ce jour-là. 

A la suite de la publication de nos vidéos, d’autres lanceurs d’alerte contactent nos organisations pour nous fournir des témoignages concordants de ce qu’ils ont pu voir chez les Poliakov. Plusieurs associations de protection animale, dont AVES France, Code Animal, One Voice, la Fondation Brigitte Bardot ou 30 millions d’amis, contactent les autorités administratives et judiciaires… mais rien ne change pour les animaux détenus par le couple. 

Pour la Saint-Valentin 2018, le couple exhibe Micha dans un restaurant de Bagnolet. One Voice dépose plainte. Quelques mois après, celle-ci est classée sans suite, l'association dépose alors un nouveau recours.

Toujours en 2018, la société des Poliakov « SAS animal bien-être » dépose le bilan. Des solutions de prise en charge des animaux sont proposées, mais les agents de la préfecture du Loir-et-Cher ne saisissent pas l’opportunité d’offrir une vie décente aux animaux du couple. Pire, elles semblent minimiser leurs difficultés et leur incapacité à prendre en charge leurs animaux décemment. 

En 2019, le ministère de la transition écologique ordonne enfin une enquête. 

Il faudra attendre septembre 2019, alors que nos organisations participent depuis des mois à la mission ministérielle sur le bien-être animal, pour qu’enfin nos alertes soient prises au sérieux. 

L’association One Voice informe le cabinet d’Elisabeth Borne, alors ministre de la transition écologique et solidaire, qu’elle a en sa possession de nombreuses heures de vidéos tournées dans les « quartiers d’hiver » des Poliakov, à Chauvigny-du-Perche, montrant la détresse de leurs animaux et les conditions indignes de leur détention. 

Parallèlement, AVES France se rend à Racquinghem, le dimanche 8 septembre 2019, où les Poliakov ont été invités à se produire avec leurs perroquets et avec l’ours Micha. AVES France, avec l’aide de la fondation 30 millions d’amis, demande à l’Office Français de la Biodiversité de réaliser un contrôle, puisqu’une précédente inspection avait conduit les autorités à interdire la participation de l’ours à toute représentation en raison de son état de santé. L’ours apparaît amaigri et affaibli devant le public, les pattes infectées. Il refuse d’effectuer plusieurs parties du numéro, renverse les obstacles qu’il doit franchir, s’allonge au sol. A l’issue de cette pénible représentation, deux inspecteurs de l’OFB vont contrôler le couple, qui présente un certificat vétérinaire attestant que leur ours est en état de se produire devant un public. 

Les images de ce spectacle sont transmises au ministère et rendues publiques, alors même que One Voice publie celles des conditions de détentions des animaux des Poliakov. Le ministère lance une enquête et la presse relaye ce cas avéré de maltraitance animale. Enfin nos alertes sont prises au sérieux. 

Une vétérinaire dépêchée sur place confirme que l’ours Micha doit recevoir des soins urgents. Incapable de lui prodiguer, Sacha Poliakov choisit de confier son ours au zoo-refuge La Tanière, où il finira par mourir le 12 novembre 2019. 

Sous la pression de nombreuses organisations de protection animale, le préfet du Loir-et-Cher demande la saisie des deux autres ours détenus par le couple. L’ours Bony est envoyé au refuge de l’Arche, tandis que Glasha rejoint le Bärenpark Schwarzwald, en Allemagne, de la Fondation pour les ours. 

© AVES France : à gauche, arrivée de Bony au refuge de l’Arche - à droite, Glasha, renommée Franca, au Bärenpark Schwarzwald. 

 

Plusieurs plaintes déposées contre les Poliakov

 

Si la justice administrative a récemment décidé de ne pas accéder aux demandes de l’association One Voice, ce que nous dénonçons, elle renvoie à la justice pénale la responsabilité de se prononcer sur les demandes des associations, et notamment le retrait définitif des ours, mais aussi de l’ensemble des animaux encore détenus par le couple. Le couple de dresseurs sera en effet jugé pour avoir exercé des sévices graves envers des animaux apprivoisés, tenus en captivité, et détenu ces animaux dans un environnement ou des installations pouvant être causes de souffrances.

La dernière visite d’un vétérinaire pour les ours datait de 2011. Ils vivaient dans des geôles bétonnées avec un accès à l’enclos extérieur très restreint. Les dresseurs ne possédaient pas de certificat de capacité pour le singe Mina, alors qu’ils l’exploitaient lors d’évènements lucratifs. Sa cage n’était pas nettoyée régulièrement. Les oiseaux (psittacidés et columbinae) étaient enfermés dans une remorque de camion frigorifique sans lumière du jour et sans accès à une volière pour les dix tourterelles. Les box des chevaux n’étaient pas nettoyés régulièrement et les conditions d’enfermement prolongées ont provoqué un surpoids et une grande souffrance. 

Pour toutes ces raisons, nous considérons que la justice ne doit plus permettre à ces individus la détention du moindre animal, qu’il s’agisse d’animaux sauvages ou domestiques. L’administration a également sa part de responsabilité dans cette affaire, n’ayant pas pris au sérieux les alertes de nos organisations. A ce jour, plus de deux ans après le lancement de la mission ministérielle sur le bien-être animal, nous déplorons toujours l’absence de mesures effectives, malgré les annonces de Barbara Pompili. Si une proposition de loi a bien été votée en première lecture par l’assemblée nationale en janvier 2021, le texte n’est toujours pas à l’ordre du jour en vue de son adoption par le Sénat. 

Les organisateurs du rassemblement : 

 

Communiqué de la Fondation pour les Ours, qui a pris en charge l’ourse Franca (ex Glasha), avant le procès des dresseurs Poliakov le 12 mai 2021 à Blois

Le 12 novembre 2019, j’ai pleuré la mort de l’ours Micha.
J’ai appris la nouvelle peu de temps après avoir quitté le bureau des députées Aurore Bergé et Laetitia Romeiro Dias, accompagné par la fondation Brigitte Bardot et par FOUR PAWS, alors que nous militions pour l’interdiction des spectacles de montreurs d’ours et le placement des animaux dans des sanctuaires adaptés.
Tant de fois j’ai du me replonger dans le dossier Poliakov pour retracer l’historique de nos signalements.
Si souvent j’ai eu les tripes et le coeur qui se serraient en revoyant les photos ou les vidéos que j’avais tournées lors de leurs représentations.
Combien de cauchemars j’ai eu en imaginant les conditions de captivité de leurs animaux, dont la majorité vivait dans leurs excréments et certains dans le noir.
Il fallait, pour la rédaction de la plainte pénale que nous avons déposée en décembre 2019 avec le cabinet Geo Avocat, retrouver les mails des lanceurs d’alerte, les échanges avec les agents de la DDCSPP, les images que nous avions envoyées à ceux dont le rôle était de protéger ces animaux, mais qui les ont laissés se dégrader en parfaite connaissance de la situation catastrophique de leurs dresseurs.

Je ne pensais pas qu’il ressortirait quelque chose de positif de cette rage accumulée contre les services de l’Etat, qui ont fermé les yeux et nous ont demandé avec tant d’insistance de regarder ailleurs, et de cette douleur de n’avoir pas réussi à sauver Micha.

Il nous aura fallu batailler pour obtenir la saisie des ours Bony et Glasha, mais quelques semaines après la mort de Micha, l’ours Bony a été confié au refuge de l’Arche et Glasha a rejoint le Bärenpark Schwarzwald. De tout ce fiasco est née Franca. Changement de nom pour une nouvelle vie, et pour moi la satisfaction de voir l’ourse s’épanouir dans un endroit où les animaux sont certes captifs, mais où ils sont respectés et où tout est fait pour qu’ils retrouvent une vie la plus normale possible, discrètement entourés par une formidable équipe dévouée pour leur bien-être. Aujourd’hui en voyant Franca dans son enclos, je n’ai qu’un seul regret : celui de n’avoir pas réussi à libérer Micha assez tôt.

Christophe CORET
Président d’AVES France

 

 

Communiqué de presse de la STIFTUNG für BÄREN/Fondation pour les Ours, avant le procès des dresseurs Poliakov le 12 mai 2021 à Blois

Arthrose, dentition très abîmée, fourrure présentant des zones dégarnies, problèmes au niveau des griffes et tumeur sous l’œil gauche – l’état physique dans lequel FRANCA est arrivée à l’ALTERNATIVER WOLF und BÄRENPARK SCHWARZWALD/Parc Alternatif des Loups et Ours de Forêt-Noire était épouvantable. Les nombreuses années d’enfermement dans une geôle de béton ont par ailleurs provoqué d’énormes dégâts psychologiques. FRANCA présente régulièrement de fortes stéréotypies, qui se manifestent chez elle par le fait de tourner en rond. Dans ces moments-là, elle semble ne plus tenir compte du monde extérieur et de l’espace qui l’entourent. 

Les interactions avec des congénères et d’autres animaux sauvages sont très bénéfiques pour agir contre ces troubles du comportement. La configuration des installations en plein air, les nombreuses odeurs, les cachettes, les buissons, le ruisseau, les troncs d’arbres, le terrain pentu par endroits, tout cela contribue également à stimuler ses capacités mentales et physiques. 

Les années passées chez les dresseurs ont hélas eu de si graves conséquences que des soins vétérinaires intensifs s’avèrent nécessaires. La tumeur sous l’œil a déjà pu être retirée, et d’importants soins de chirurgie dentaire devront à nouveau être réalisés prochainement, les mâchoires étant également endommagées. La gravité de l’état de santé de FRANCA est le signe manifeste de longues années d’absence ou d’insuffisance de soins, et témoigne de négligences.

Peu après son arrivée au BÄRENPARK SCHWARZWALD, elle a pu entrer en hivernation dans les boxes d’acclimatation, sans doute pour la première fois de son existence. Début 2020, au sortir de l’hiver, elle a fait ses premiers pas dans les grandes installations à ciel ouvert, en pleine nature. Son pelage s’est rapidement régénéré et elle est aussi devenue plus en forme de jour en jour, grâce aux déplacements sur le terrain escarpé. Elle a très vite rencontré des ours, puis un lynx. L’exercice et les distractions, suscités notamment par la cohabitation des animaux, sont utiles pour lutter contre l’arthrose et les troubles du comportement.

Une guérison complète n’est hélas plus possible après une telle détention abusive. Il y a eu trop de dommages causés dans ce cachot. Mais fort heureusement pour FRANCA, elle a pu être délivrée à temps de sa prison. Pour MICHA, l’aide est arrivée trop tard. La STIFTUNG für BÄREN/Fondation pour les Ours s’était engagée dès 2015 à l’accueillir dans l’un de ses refuges pour ours. Il aurait pu tout comme FRANCA y couler une paisible retraite dans un environnement respectueux de ses comportements naturels, et évoluer à son rythme dans de vastes espaces boisés protégés, en compagnie de congénères et d’animaux d’autres espèces. MICHA aurait pu vivre le restant de ses jours dignement, en véritable ours.

Nous, STIFTUNG für BÄREN/Fondation pour les Ours, espérons sincèrement que FRANCA et MICHA n’ont pas enduré toutes ces souffrances et ce calvaire en vain, mais que leur histoire pourra contribuer à épargner pareil destin à d’autres animaux sauvages.

Procès Poliakov : AVES France s’est constituée partie civile

Communiqué de presse - 3 mai 2021

La mort de l'ours Micha avait créé l'émoi en 2019 ; le procès de ses dresseurs se tiendra enfin le 12 mai prochain.

LES POLIAKOV DEVANT LA JUSTICE.
Pour AVES France, les Poliakov ne doivent plus pouvoir détenir le moindre animal. 

 

Mercredi 12 mai 2021 se tiendra le procès pénal d’Alexandre Poliakov et de Dany Bruneau, plus connus sous le nom des « Poliakov ». Le couple de dresseurs sera jugé pour avoir exercé des sévices graves envers des animaux apprivoisés, tenus en captivité, et détenu ces animaux dans un environnement ou des installations pouvant être causes de souffrances. L’association AVES France, qui suivait ces dresseurs depuis de nombreuses années, a déposé une plainte en décembre 2019 et s’est constituée partie civile lors de ce procès. 

Avis d’audience à partie civile :
https://avesfrance.wimi.pro/shared/#/file/6830c1ded2b0c44e1612515229d93950

AVES France est une association de protection de la nature et de la faune sauvage libre et captive, dont le siège social est situé à Rouen. C’est la seule association française à s’être spécialisée contre les spectacles d’ours et de loups. Elle dénonce ces spectacles depuis 2005 et se rend régulièrement sur les lieux de spectacles afin de filmer les représentations, pour sensibiliser le public et le législateur. AVES France a notamment participé en 2019 à la mission ministérielle sur le bien-être animal lancée par François de Rugy, alors ministre de la transition écologique et solidaire, et rencontré de nombreux députés pour les convaincre d’interdire ces spectacles moyenâgeux. 

Rencontre avec Aurore Bergé et Laetitia Romeiro Dias à l'Assemblée nationale, le 12 novembre 2019, juste avant d'apprendre la mort de l'ours Micha. 

 

L’association connaissait bien les Poliakov, rencontrés à plusieurs reprises lors de leurs représentations. Au cours des dix dernières années, AVES France avait alerté les autorités administratives et judiciaires sur le cas préoccupant de l’ours Micha, et notamment sur ses problèmes de santé. 

En 2014, un soigneur animalier avait contacté l’association AVES France pour dénoncer les conditions de détention des animaux détenus par le couple : « il m'a fallu quelques jours à peine pour me rendre compte que les conditions de captivité des ours (et des autres animaux qu'ils possèdent) sont inacceptables », affirmait ce témoin resté cinq mois sur place, et révélant que Micha « a de nombreux problèmes de santé, il ne s'use pas les griffes du coup celles ci ont tendance à rentrer dans la plante du pied et a occasionner des blessures, il a aussi des gros problèmes "d'allergies". C'est le seul qui sort un peu, pour aller travailler en spectacle. »

Son témoignage était accompagné de photos des ours dans leur prison de béton, que nous avions transmises aux autorités… 

2 des 3 ours des Poliakov dans leurs cellules en 2014 - photos confiées à AVES France par un ancien employé des Poliakov. 

 

« En mai, à cause d'une inspection de la DDPP, ils ont été transférés en urgence dans le bâtiment (deux heures avant l'arrivée des inspecteurs). Cela a ensuite posé de nombreux problèmes car les travaux n'étaient pas terminés, du coup même si leur espace de vie était plus grand, leur conditions de vies étaient à mon sens moins bonnes (sol en béton brut, copeaux toujours humides, pas de lumière…). De plus, c'est devenu dangereux de les nourrir puisqu'ils pouvaient passer les pattes à travers les grilles, j'ai failli me faire accrocher plusieurs fois par Glasha et j'ai même perdu un arrosoir en l'abreuvant. Bony avait même développé un pathologie qui pour moi était une sorte de gale puisqu'il perdait ses poils et se grattait jusqu'au sang contre les murs Quand je suis parti le parc n'était toujours pas terminé (et loin de l'être) et de toute manière Sacha m'avait confié que les ours ne seraient pas sortis dedans régulièrement. Parce que d'une part il voulait être présent en permanence pour les surveiller, et d'autre part il craignait que si ils étaient laissés trop libres, il ne veuillent plus "travailler". Anoter aussi qu'en 5 mois de présence je n'ai jamais vu les ours être sortis de leur logements (que ce soit pour travailler ou pour se promener). A part micha quand il allait en spectacle (peut être 3-4 fois en 5 mois). » poursuivait le témoin.

En 2015, Christophe CORET, Président d’AVES France, avait filmé l’ours qui présentait un boitement à la patte arrière gauche et des griffes non usées, qui se recourbaient sous ses soles plantaires. « C’était un problème connu qui aurait du pousser les autorités à intervenir, mais les signalements et les plaintes de notre association ont été classées et la préfecture du Loir-et-Cher nous a adressé une fin de non recevoir. Pourtant, d’anciens employés nous ont fourni des attestations pour dénoncer la situation, déjà alarmante à l’époque, des trois ours détenus par le couple et de leurs autres animaux. Une personne s’est même rendue sur place pour leur acheter un âne et nous avait décrit l’état désastreux des enclos, nous affirmant que les box des chevaux n’étaient pas nettoyés et que les équidés avaient de la merde jusqu’aux genoux », affirme Christophe CORET. 

© AVES France - L'ours Micha à Crépy-en-Valois en 2015
La vidéo du spectacle : https://www.youtube.com/watch?v=uZvVzl0iqnE

« Circulez, il n’y a rien à voir ! » 

Les agents de la DDPP ont-ils seulement pris une seule fois nos alertes au sérieux ? La nouvelle propriétaire de l’âne nous a informé que c’est à elle qu’on cherchait des noises alors qu’elle avait acheté l’animal aux Poliakov pour le sortir de la misère. Les agents de la DDCSPP lui auraient reproché d’avoir acheté un animal non identifié. 

A chaque représentation des Poliakov avec l’ours Micha, AVES France contactait les DDPP des départements concernés. Pourtant, jamais aucun contrôle n’a permis de mettre un terme aux souffrances de Micha, les DDPP se conformant aux propos rassurants de leurs collègues du Loir-et-Cher, qui affirmaient que les problèmes de boitement de Micha étaient anciens et que rien ne l’empêchait de se produire normalement. Aujourd’hui encore, nous nous demandons pourquoi ils ont bénéficié toutes ces années d’une telle clémence de la part des agents de la DDCSPP du Loir-et-Cher. 

En 2018, le Président d’AVES France alerte à nouveau la DDCSPP du Loir-et-Cher et les informe de la liquidation judiciaire de l’entreprise des Poliakov, cyniquement nommée « SAS Bien-être animal ». « Nous nous sommes immédiatement inquiétés du sort de leurs animaux, et notamment de celui des trois ours, en proposant d’offrir une prise en charge. La DDCSPP n’était pas au courant de cette liquidation judiciaire et nous a dit prendre contact avec le couple, suite à quoi nous n’avons plus eu de nouvelles. » confie Christophe CORET. 

Echanges de mails avec la DDCSPP :
https://avesfrance.wimi.pro/shared/#/file/c8c18a1cb7f4007bc5f312d6ce2d2449 

 

En 2019, tout s’accélère ! 

Ce n’est qu’en mai 2019 que le nom des dresseurs réapparaît sur le programme d’une fête médiévale, à Villedieu-le-Château. AVES France et FOUR PAWS décident de se rendre sur place afin de vérifier si Micha participe au spectacle, mais les Poliakov ont été mis en demeure de réaliser des soins sur l’animal et ne se déplacent finalement qu’avec leurs aras, expliquant au public que l’ours est malade. 

En septembre 2019, AVES France est alertée par un habitant des Hauts-de-France que les Poliakov vont se produire le dimanche 8 à Racquinghem. Dans le secret le plus total, nous décidons de nous rendre sur place. Nous ne prévenons qu’un enquêteur de la fondation 30 millions d’amis afin d’organiser un contrôle par des agents de l’OFB et veillons à ce que la DDCSPP du Loir-et-Cher ne soit pas tenue informée de ce contrôle et de notre présence sur place. 

 © Photo de Micha le 8 septembre 2019 à Racquinghem - Stéphanie Lefebvre pour AVES France

Lorsque l’ours entre en scène, nous ne l’avons pas vu depuis 3 ans. Micha apparaît affaibli. Il refuse d’exécuter certaines parties du spectacle, alors qu’il reproduit ce numéro invariablement depuis des années. Il s’assoit, s’allonge, renverse les obstacles que ses dresseurs lui imposent de franchir. L’ours est mourant. Pourtant, les dresseurs ont obtenu quelques jours auparavant un certificat vétérinaire attestant que Micha est en capacité de réaliser son spectacle. Ce sera son dernier.

A la fin de la représentation, deux agents de  l’OFB réalisent un contrôle qui provoque l’ire d’Alexandre Poliakov, mais les dresseurs sont autorisés à repartir avec l’ours. 

Sur la route du retour, traumatisés par les images de cet ours en souffrance, nous publions l’intégralité de la vidéo sur nos réseaux sociaux et envoyons ces images au cabinet d’Elisabeth Borne, alors ministre de la transition écologique et solidaire.

https://www.facebook.com/watch/?v=927488810947095

Parallèlement, nous apprenons que l’association One Voice s’est procurée des vidéos des ours dans leurs geôles de béton, tournées chez les dresseurs et les a publiées. Nous alertions sur les conditions de détention des ours depuis longtemps, grâce aux photos transmises par d’anciens employés, mais enfin le ministère prend la mesure de ce dossier. Tous les médias se font l’écho du calvaire des ours des Poliakov et reprennent les dernières images de Micha, tournées par notre association à Racquinghem. La ministre ordonne une inspection, qui confirme que l’ours Micha doit recevoir des soins urgents. Incapables de les faire prodiguer, les Poliakov décident de confier l’ours au zoo-refuge La Tanière, où il recevra des traitements pendant plusieurs semaines. Il meurt pourtant le 12 novembre 2019, affaibli par des années de mauvais traitements. 

Sous la pression, nous parvenons à obtenir la saisie des deux autres ours détenus par le couple. Le mâle, Bony, est envoyé au refuge de l’Arche. La femelle, Glasha, est envoyée au Barenpark Schwarzwald, en Allemagne, où elle est renommée Franca.

© AVES France - arrivée de Bony au refuge de l'Arche.
La vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=gPLjxQqBNrY

La mort de Micha, un drame qui aurait pu être évité. 

Les Poliakov sont incontestablement responsables de la mort de leur ours, et c’est ce que nous plaiderons lors du procès le 12 mai prochain. Alors que la DDCSPP nous demandait de regarder ailleurs et de « laisser les Poliakov tranquilles », nous savons maintenant que toutes nos craintes étaient parfaitement fondées et que l’administration qui avait en charge de protéger les animaux détenus par le couple a fermé les yeux sur leurs difficultés, leurs négligences et a laissé la situation se dégrader, alors que leur rôle aurait du être de les convaincre à confier leurs animaux à des structures compétentes, étant en incapacité de leur offrir des conditions de vie décentes. 

Leurs animaux n’avaient plus vu un vétérinaire depuis 2011, alors que le certificat de capacité qui leur a été accordé par la préfecture les obligeait à prendre soin de leurs animaux. L’autopsie de Micha a révélé (entre autres) qu’il était infesté de parasites, puisqu’il n’avait plus reçu de vermifuge depuis 2011. Sa patte arrière gauche était infectée et sanglante. L’ours présentait des masses infiltrantes et purulentes sur toute la surface de la peau, ce qui n’a pas empêché ses dresseurs de lui imposer des représentations. 

Pire, le battage médiatique autour de cette affaire, lors du dernier semestre 2019, conduit un particulier à nous contacter, pour nous raconter que l’ours Micha et le singe Mina ont participé à l’arbre de Noël d’une entreprise en décembre 2018. L’ours déambulait dans la maison en s’urinant dessus. Une vidéo montre un des organisateurs s’allonger sur l’ours devant ses dresseurs, alors que l’animal était déjà très probablement en souffrance. 

Les mises en demeure n’ont jamais été suivies de sanctions. L’enclos des ours n’a jamais été terminé. Les aras et les tourterelles vivaient dans la remorque d’un camion frigorifique sans accès extérieur, sans pouvoir jouir de la lumière du jour et sans volière. Les box des chevaux n’étaient pas nettoyés lorsque les stagiaires étaient absents ou en repos. Le singe Mina était détenu illégalement. Un des trois ours n’était pas correctement enregistré. Les ours vivaient dans ce que les Poliakov appelaient des tanières, mais qui étaient en réalité des box en béton qui n’ont jamais été terminés. Le témoignage de plusieurs employés ont confirmé que les ours n’avaient pas accès à l’extérieur tous les jours, parce qu’ils ne s’entendaient pas et que les Poliakov craignaient qu’ils ne veuillent plus travailler s’ils sortaient trop souvent. Pendant des années, seul Micha participait aux spectacles car c’était l’ours le plus docile. Les autres restaient enfermés, et Glasha ne sortait plus car ses dresseurs en avaient peur. 

On peut se demander pourquoi les Poliakov n’ont jamais accepté de remettre leurs animaux à des refuges adaptés. Pourquoi la DDCSPP n’a jamais cherché à les convaincre d’arrêter et pourquoi les associations qui lançaient l’alerte ont été considérées avec autant de mépris de la part des autorités administratives et judiciaires. 

Le 12 mai 2021, nous appelons les amis des animaux à se réunir pour rendre un dernier hommage à l’ours Micha, victime d’un système qui n’a pas su le protéger. 

Nous demanderons au tribunal de déclarer Monsieur Alexandre Poliakov et Madame Dany Bruneau coupables des infractions qui leur sont reprochées, d’ordonner la confiscation de l’ensemble des animaux détenus par Monsieur Alexandre Poliakov et Madame Dany Bruneau sur le fondement des articles 521-1 du Code pénal et L.215-11 du Code rural et de la pêche maritime, de prononcer l’interdiction définitive de détention d’animaux sauvages à l’encontre de Monsieur Alexandre Poliakov et Madame Dany Bruneau sur le fondement de l’article 521-1 du Code pénal et de prononcer l’interdiction définitive d’exercice d’une activité professionnelle impliquant la représentation ou la détention d’animaux sauvages à l’encontre de Monsieur Alexandre Poliakov et Madame Dany Bruneau sur le fondement de l’article 521-1 du Code pénal.

AVES France réclame 15.000 euros au titre de son préjudice moral, somme que l’association souhaite reverser en partie aux structures qui prennent en charge les ours exploités pour le divertissement. 

AVES France réaffirme sa volonté de faire interdire les spectacles des montreurs d’ours et de loups en France et continue à se mobiliser pour que le projet de loi voté en première lecture à l’assemblée nationale puisse être présenté prochainement au Sénat. Nous espérons qu’à l’issue de ce procès, Bony sera définitivement confié au refuge de l’Arche et Franca au Barenpark Schwarzwald de la Fondation pour les ours, en Allemagne. Mais nous pensons aussi à Valentin, à Lucien, à Lutchak, à Shadow et à Kilian, encore exploités en 2021 et qui ne peuvent toujours pas vivre leur vie d’ours. 

© Glasha a été renommée Franca à son arrivée au Bärenpark Schwarzwald. Crédit Stéphanie Lefebvre pour AVES France. 
Vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=LpW_bvJJPQ8


IMPORTANT : 
AVES France met gratuitement à la disposition des médias qui souhaitent aborder le procès Poliakov les photos et vidéos tournées lors des spectacles (lien du drive sur demande)

Christophe CORET, Président d'AVES France, représentera l'association le 12 mai prochain lors de l'audience des parties civiles. Il sera aux côtés de Maître Coline ROBERT, du cabinet GEO AVOCATS.

Christophe CORET est disponible pour les sollicitations média par téléphone, mail ou visioconférence.

Demandes de coordonnées :

 

L’assemblée nationale adopte en première lecture la proposition de loi visant à renforcer la lutte contre la maltraitance animale.

Vendredi 29 janvier 2021, l’assemblée nationale a adopté en première lecture la proposition de loi visant à renforcer la lutte contre la maltraitrance animale. Cette proposition de loi fait suite aux nombreux échanges entre les associations de protection animale et les parlementaires, qui ont entendu et compris les attentes des Français sur ce sujet.

Si on peut regretter que cette proposition de loi n’aborde pas certains sujets, comme la corrida, la chasse à courre, la vénerie sous terre (…), il faut reconnaître que c’est la plus grande avancée obtenue pour les animaux depuis des dizaines d’années.

Le texte initial a été amendé grâce au travail de nos associations et à son partenaire CAP (Convergence Animaux Politique), qui fait le lien entre nos structures et les parlementaires. Ces amendements, adoptés en commission des affaires économiques, ont permis de renforcer le texte, en élargissant l’interdiction des spectacles à l’ensemble des animaux, mais également en raccourcissant les délais de mise en application.

Le texte qui a été présenté en séance publique à partir du mardi 26 janvier 2021 a également fait l’objet de nombreux amendements (509 amendements), certains visant à renforcer la proposition de loi, alors que d’autres avaient pour but de l’affaiblir.

Nous devons saluer le courage des rapporteurs, M. Loïc Dombreval , M. Dimitri Houbron et Mme Laëtitia Romeiro Dias , qui ont défendu leur proposition de loi et se sont opposés à certains amendements du gouvernement. Le ministère de la transition écologique souhaitait notamment garder la main sur la liste des animaux interdits de spectacles, mais aussi sur les délais d’application. Pour la fourrure, il souhaitait maintenir le délai de 5 ans qu’avait annoncé Barbara Pompili.

Après des débats, parfois d’une mauvaise foi impressionnante, notamment sur la question de la fermeture des delphinariums, l’assemblée nationale a adopté la proposition de loi par 47 voix contre 2.

Quelles avancées obtenues ?

La proposition de loi renforce les sanctions en cas de maltraitance animale et la répression de la zoopornographie. La vente de chiens et de chats en animalerie sera interdite. Les ventes de NAC seront encadrées par une liste positive. La cession d’animaux de compagnie sur internet ne sera plus autorisée pour les particuliers et les mineurs ne pourront plus acheter un animal sans autorisation parentale. Les chats errants devront être stérilisés.

Le texte prévoir l’interdiction de l’exploitation d’animaux non domestiques dans les cirques et les émissions de télévision, de la pratique des « montreurs » d’ours et de loups et de la détention des cétacés dans les delphinariums. Les manèges à poneys seront également interdits.

Grâce aux amendements qui ont été adoptés, la fin des spectacles avec des ours et des loups a été élargie aux loups hybrides, et est passé de 5 ans à 2 ans. L’acquisition et la reproduction d’ours et de loups en vue de les présenter au public dans le cadre de spectacles itinérants sera interdite dès promulgation de la loi. Pour les animaux de cirque, l’interdiction des spectacles est prévue dans 5 ans, car certains animaux sont très nombreux et les associations auront besoin de temps pour trouver des places dans les structures d’accueil adaptées. Il est évident que le but est d’éviter toute euthanasie d’animaux, ou tout placement dans des structures inadaptées. Cependant, il est probable que le ministère accélère l’interdiction de présentation en spectacles de certains animaux, comme les éléphants ou les hippopotames, par voie règlementaire.

Enfin, les élevages de visons seront interdits dans un délai de 2 ans et immédiatement pour les autres espèces non domestiques exclusivement élevées pour la fourrure.

Quels députés ont soutenu cette proposition de loi ?

La cause animale est trans-partisane. Même si cette proposition de loi est imparfaite, il représente une avancée que nous attendions depuis de nombreuses années. Nous déplorons que seulement 81 députés sur 577 se sont suffisamment sentis concernés pour participer à son vote.

Qui a donc voté pour ce texte ?

  • Groupe La République en Marche (269 membres) : 51 POUR – 1 non votant (Président de l’Assemblée nationale)
  • Groupe Les Républicains (105 membres) : 5 POUR – 1 non votant (Président de séance)
  • Groupe Mouvement Démocrate (MoDem) et Démocrates apparentés (58 membres) : 4 POUR
  • Groupe Socialistes et apparentés (29 membres) : 2 POUR
  • Groupe Agir Ensemble (21 membres) : 4 POUR
  • Groupe UDI et Indépendants (19 membres) : 2 POUR – 2 CONTRE
  • Groupe La France insoumise (17 membres) : 5 POUR
  • Groupe Libertés et Territoires (17 membres) : 2 POUR
  • Groupe de la Gauche démocrate et républicaine (16 membres) : aucun membre présent
  • Non inscrits (24) : 4 POUR

Et après ?

L’adoption de ce texte par l’assemblée nationale, en première lecture, est un premier pas.

Dans quelques semaines, il sera présenté au Sénat. Nous restons donc vigilants et espérons que nos sénateurs n’affaibliront pas ce texte et seront au rendez-vous pour faire évoluer la façon dont la France traite ses animaux.

Si le Sénat modifie le texte, une commission paritaire mixte devra trouver un compromis.

© Photos : Michel Pourny – 2021
© Visuels : Aurélie Khelil

Une proposition de loi visant à renforcer la lutte contre la maltraitance animale en débat mardi 26 janvier 2021 à l’assemblée nationale

Depuis 2019, AVES France – comme de nombreuses associations de protection des animaux – contribue à l’élaboration de nouvelles lois pour renforcer la lutte contre la maltraitance animale. Notre association a participé activement à la mission ministérielle sur le bien-être animal initiée par François de Rugy en 2019, et a été force de proposition lors des rencontres avec les ministres qui se sont succédés à ce poste, mais également avec les députés et sénateurs qui se sont saisis de ce dossier.

Avec notre partenaire CAP (convergence animaux politique), nous avons en particulier veillé à ce que les ours et les loups ne soient pas oubliés, comme ce fût le cas il y a 10 ans lors de l’adoption de l’arrêté du 18 mars 2011, qui avait permis de maintenir un ours jusqu’à 4 jours dans un véhicule de transport, dans le cadre de spectacles itinérants.

Si la ministre Barbara Pompili a annoncé, à notre grande satisfaction, la fin des spectacles itinérants avec des animaux sauvages, le calendrier reste extrêmement brumeux. Alors que nous avions négocié avec nos partenaires des places dans des sanctuaires spécialisés pour offrir des enclos adaptés aux ours et aux loups actuellement exploités dans les spectacles en France, l’absence d’un calendrier d’application des mesures pose un réel problème pour la prise en charge de ces animaux.

Afin de compléter les mesures réglementaires qui seront prises par le ministère de la transition écologique, les députés de la majorité ont déposé la Proposition de loi nº 3661 visant à renforcer la lutte contre la maltraitance animale, présentée par les député(e)s Laëtitia ROMEIRO DIAS, Loïc DOMBREVAL, Dimitri HOUBRON, Aurore BERGÉ, Samantha CAZEBONNE, David CORCEIRO, Vincent LEDOUX, Martine LEGUILLEBALLOY, Claire O’PETIT, Laurianne ROSSI, Corinne VIGNON, Christophe CASTANER, Patrick MIGNOLA, Olivier BECHT, Roland LESCURE, Barbara BESSOT BALLOT, des membres du groupe La République en Marche et apparentés (1), les membres du groupe Mouvement Démocrate et Démocrates apparentés (2) et des membres du groupe Agir ensemble (3). Liste complète : https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/15/textes/l15b3661_proposition-loi

De nombreux amendements ont été déposés par les députés à la demande de nos associations.

AVES France a demandé notamment l’interdiction immédiate de détenir des ours ou des loups dans le but de les produire en spectacle, fixe ou itinérant, et cela dès la promulgation de la loi. Nous remercions d’ailleurs Aude Luquet, Frédérique Tuffnell, Claire O’Petit, Cédric Villani, Matthieu Orphelin, Paula Forteza, Hubert Julien-Laferrière et Albane Gaillot pour leurs amendements sur l’article 14.

Nous saluons et soutenons aussi les amendements visant à la création d’une définition juridique pour les structures d’accueil recueillant des animaux sauvages exotiques, soit non indigènes, saisis ou abandonnés, portés par Code Animal.

En effet, la proposition de loi vise à interdire la présence des animaux d’espèces non domestiques dans les structures itinérantes, dans les delphinariums et pour les montreurs d’ours et de loups. C’est une avancée majeure qui répond aux attentes fortes d’une majorité de la population française. De nombreux animaux sauvages captifs devront, à terme, être pris en charge dans des structures adaptées. Pourtant, il n’existe toujours aucun cadre légal sur ce qu’est un sanctuaire ou un refuge.

Il nous semble indispensable que ces amendements soient adoptés !

Les amendements en discussion : https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/15/amendements?dossier_legislatif=DLR5L15N41126

 

Un rassemblement devant l’assemblée nationale mardi 26 janvier 2021

A l’initiative du parti animaliste, un rassemblement aura lieu mardi 26 janvier à partir de 13h30, près de l’Assemblée Nationale (Place du Président Édouard Herriot, 75007 PARIS).

AVES France y participera pour soutenir cette proposition de loi, tout en déplorant l’absence de débat sur certaines pratiques de chasse particulièrement cruelles (vénerie sous terre, chasse à courre) ou sur le sort réservé aux animaux qui sont inclus sur la liste des nuisibles par le ministère, et notamment le renard qui est pourtant, comme tout le monde le sait désormais, un allié de taille dans la lutte contre les ravageurs des cultures.

Rendez-vous donc mardi 26 janvier, dans le respect des gestes barrière, mais mobilisés pour les animaux sauvages.

https://www.facebook.com/events/1037201090123142/

Caresse de tigre, le Tiger King à la française. Au coeur du business des faux sanctuaires pour animaux sauvages.

Depuis plusieurs années, on voit de plus en plus de photos et de vidéos d’animaux sauvages dans les bras de particuliers apparaître sur les réseaux sociaux. Bien souvent, ces clichés ont été pris dans des zoos peu scrupuleux à l’autre bout du monde. Mais pas toujours, car la France n’est pas exempte de ces activités totalement immorales et souvent illégales. Après plusieurs mois d’enquête conjointe avec l’organisation mondiale de protection des animaux FOUR PAWS et une plainte déposée par AVES France en décembre 2019, les autorités ont procédé à un contrôle de l’association Caresse de tigre, en Seine-Maritime. Les quatorze fauves ont été saisis.

Septembre 2019 : début de notre enquête

Comme de nombreuses associations, nous avions entendu parler de l’association Caresse de tigre, sans savoir exactement ce qu’il se passait derrière leurs portes. L’établissement, situé en bord de Seine à la Mailleraye-sur-Seine, se présente tantôt comme un élevage, tantôt comme un refuge recueillant des fauves ne pouvant pas être pris en charge sur leur lieu de naissance (cirques, jardins zoologiques…). Interpelés par les naissances de félins relayées par la presse et les nombreux commentaires postés sur internet, nous avons décidé de mener l’enquête, avec le soutien de FOUR PAWS, qui nous accompagne déjà sur le dossier des montreurs d’ours. 

Dimanche 22 septembre 2019, AVES France et FOUR PAWS se joignent pour la première fois à un groupe de visiteurs pour découvrir ce qui se cache réellement chez Caresse de tigre. L’association avait bénéficié quelques mois plus tôt d’une collecte sur la plateforme Leetchi pour « sauver Kassanga et Timba, un couple de lions adultes » recueillis par Caresse de tigre 6 ans auparavant. Le propriétaire des fauves, un circassien à la retraite, aurait décidé de les récupérer pour les vendre à des cirques : « aujourd’hui, s’ils sont vendus, ils seront séparés et passeront le reste de leur vie dans un cirque » pouvait-on lire sur Leetchi. Si nous nous demandions pourquoi le transfert de propriété de ces animaux, déjà présents depuis 6 ans chez Caresse de tigre, n’avait toujours pas été réalisé, le public, touché par cette histoire, a largement contribué au « sauvetage » des fauves et plus de 5000€ ont été collectés en deux semaines. Timba et Kassanga allaient pouvoir être sauvés ! Quelques semaines plus tard, Kassanga mettait au monde deux lionceaux, Simba et Nala. Un sanctuaire qui n’est pas propriétaire de ses animaux et qui les laisse se reproduire, il n’en fallait pas plus nous piquer notre curiosité.

Première surprise à notre arrivée, puisque les documents affichés à l’entrée de l’association précisent bien que les visites sont interdites sur le site de La Mailleraye-sur-Seine. Nous attendons la sortie du groupe précédent avant de pouvoir entrer dans le parc, avec une famille qui n’en est pas à sa première visite. Après un rapide tour du parc, les hôtes nous réunissent autour de la cage des lionceaux, dans laquelle nous sommes tous invités à entrer, par groupe, pour les manipuler et prendre des photos. Les petits sont exténués par ces manipulations. Ils s’enfuient pour aller s’endormir dans leur litière ou sur le mobilier pour enfants qui a été disposé dans la cage. Cette expérience extraordinaire a un coût : 50€ par personne pour 10 minutes, auxquels il faut ajouter une entrée à 15€. Pour nous, le prix de l’interaction double. Prix de la visite : 230€. Sans facture et sans ticket d’entrée bien sûr. 

La propriétaire des lieux n’est pas présente, mais les personnes qui se chargent de la visite nous disent que la petite lionne restera chez eux. Par contre, le mâle, Simba, sera envoyé dans un parc en Angleterre. L’autre famille demande ce que sont devenus les petits de l’année dernière. « Ils sont dans des parcs, on ne peut pas tous les garder » leur répond-on. Nous apprendrons quelques mois plus tard que Simba a rejoint un cirque, ce qui confirme nos craintes. Caresse de tigre se présente comme un refuge pour les animaux qui ne peuvent pas être pris en charge dans les cirques ou les zoos, mais la réalité est toute autre. Les animaux s’y reproduisent, sont séparés de leur mère et élevés au biberon, première étape de l’imprégnation pour rendre les animaux dépendants des hommes. L’interaction avec le public, qu’on pourrait qualifier de business de selfies, est en réalité un second moyen d’habituer les jeunes animaux à être manipulés. Le public est trompé, puisqu’il pense aider l’association à prendre en charge des animaux, alors qu’il participe à l’imprégnation de félins qui seront remis dans l’industrie du divertissement lorsqu’ils seront trop grands pour les contacts avec le public. Les donateurs de l’association sont abusés, puisqu’ils croient soutenir un refuge alors qu’ils se rendent complices d’un trafic savamment mené depuis de nombreuses années.

Notre enquête a permis de mettre en évidence de nombreuses violations de la législation en vigueur. Nous avons donc alerté le ministère de la transition écologique et solidaire, qui a chargé l’Office Français de la Biodiversité de nous recevoir et de lancer des investigations. En décembre 2019, l’OFB a enregistré officiellement notre plainte et nous leur avons remis l’intégralité de nos éléments. 

Deux autres visites pour compléter notre plainte

Lors d’une seconde visite, FOUR PAWS a mis en lumière que les interactions avec Nala, âgée de 5 mois, étaient toujours possible, malgré les risques d’accidents. La lionne, déjà grande, était beaucoup moins docile que lors de notre première inspection. Plusieurs vidéos montrent le président de l’association, Zdravko Pesut, lui asséner des coups lorsqu’elle mord les visiteurs, toujours invités à entrer dans sa cage. Des visiteurs se sont plaints d’avoir été mordus ou griffés lors de ces interactions, pendant lesquelles ils étaient invités à nourrir la lionne avec du poulet. Ils ont rédigé des témoignages qui ont été transmis aux autorités afin d’enrichir notre première plainte. 

En septembre 2020, nous apprenons qu’un jeune tigre et deux lionceaux ont été pris en charge par l’association. Nous reprenons contact et nous rendons sur place. Nous sommes surpris par le nombre de visiteurs, puisqu’une dizaine de personnes nous précède et que notre groupe est composé de 11 personnes, dont plusieurs jeunes enfants. Une fois encore, nous relevons de très nombreuses violations de la législation. Nous sommes invités à donner le biberon aux lionceaux et laissés seuls dans la cage. Une jeune femme, non capacitaire, est également laissée seule avec le jeune tigre qu’elle nourrit avec de la crème chantilly appliquée sur sa main. Nous transmettons ces nouveaux éléments à l’OFB.

Quel avenir pour les animaux ?

Après de longues investigations menées par le service départemental de l’Office Français de la Biodiversité,  un contrôle a eu lieu mardi 24 novembre 2020. Nous espérions la saisie des quatorze fauves détenus par l’association Caresse de tigre et le placement immédiat des trois plus jeunes félins afin de faire cesser les interactions lucratives, mais les animaux sont, pour l’heure, restés sur place. L’enquête se poursuit et établira si les animaux actuellement sous la garde de Brigitte Klimond, seule capacitaire au sein de l’association, pourront rester chez Caresse de tigre. AVES France et FOUR PAWS souhaitent que tous les animaux soient stérilisés et que la préfecture de Seine-Maritime puisse prononcer la fermeture définitive de cet établissement. AVES France se constituera partie civile et a mandaté le cabinet GEO AVOCATS pour assurer la défense des intérêts des animaux détenus par l’association Caresse de tigre. 

Alors que la ministre de la transition écologie, Barbara Pompili, a annoncé son intention de mettre un terme aux spectacles itinérants avec des animaux sauvages, AVES France et FOUR PAWS s’inquiètent du sort qui sera réservé aux animaux si leurs dresseurs se sédentarisent. L’exemple de Caresse de tigre prouve que certains établissements fixes s’affranchissent des lois et développent des activités illégales et parfois bien plus lucratives que les spectacles itinérants, derrière des portes fermées, ce qui rend ces établissements plus difficiles à contrôler. 

AVES France et FOUR PAWS ont réaffirmé au ministère, lors de l’entretien du 4 novembre 2020, l’importance de mettre un terme à toutes ces activités parallèles, et de soutenir l’appel de FOUR PAWS à mettre fin au commerce des grands félins à travers l’Europe : https://help.four-paws.org/en/ban-eu-tiger-trade

 

Signez notre pétition pour demander la fermeture de Caresse de tigre : 
www.caressedetigre.info

 

Contre l’exploitation commerciale des animaux sauvages !

Les annonces de Barbara Pompili assurant la fin imminente des spectacles itinérants avec des animaux sauvages est un premier pas que nous espérions depuis de nombreuses années. Mais quelle sera la vie de ces animaux s’ils restent chez leurs dresseurs ? Dans quel vide juridique vont-ils s’engouffrer pour tenter de continuer à exploiter leurs animaux ? Ouvrir de faux sanctuaires ? Louer leurs animaux pour des interactions avec le public ? Organiser des shootings photos ? Pourrait-on se satisfaire d’une interdiction des spectacles si une économie parallèle, incontrôlable, venait à se généraliser ? C’est pourquoi nous pensons indispensable que les animaux soient placés dans des structures adaptées à leurs besoins. On ne peut pas transiger avec le bien-être animal. Nous avons demandé à Bernd Nonnenmacher, Directeur de la FONDATION POUR LES OURS, de nous donner son avis. Il nous a adressé cette lettre puissante, que nous remettrons mercredi 4 novembre 2020 au cabinet de la ministre Barbara Pompili.

PRISE DE POSITION DE LA STIFTUNG für BAREN / FONDATION POUR LES OURS

Imaginez que vous soyez parfumeur et obligé de travailler sur un chalutier. Imaginez que vous pratiquiez le marathon, mais êtes obligé de passer le restant de vos jours dans un fauteuil roulant. Imaginez que vous soyez parent et que l’on vous oblige à abandonner votre enfant.

De terribles images, qui sont pourtant le quotidien de la plupart des animaux sauvages en captivité. Ils sont inondés de stimuli, enfermés dans des espaces exigus et arrachés à leur progéniture.

Les animaux sauvages sont faits pour vivre dans la Nature. Les ours ont, par exemple, un odorat extrêmement sensible, bien meilleur que celui des chiens. Ils peuvent distinguer de fines nuances pour trouver des herbes aromatiques, des baies et des noix, ils peuvent sentir une charogne à plusieurs kilomètres. Leur corps est conçu pour parcourir de longues distances. Tout comme les loups, ils peuvent se déplacer très loin, à la recherche de nourriture ou de partenaire, et ceci chaque jour. Ce sont des êtres fascinants et impressionnants qui peuvent affronter les conditions les plus extrêmes. C’est justement ce qui fait d’eux ce qu’ils sont : des animaux sauvages. Si on leur retire tout cela, que reste-t-il ? Une coquille vide et sans vie.

Ce sont des faits auxquels nous – FONDATION POUR LES OURS – sommes confrontés quotidiennement. Les animaux dans nos deux projets de protection animale, ours, loups et lynx, ont tous été exploités par les êtres humains. Si les degrés et techniques de maltraitance peuvent différer, les auteurs de ces abus ne poursuivent qu’un unique but – satisfaire un public avide de spectacle.

Nous pouvons citer l’exemple d’AGONIS, un ours avec qui il était possible de faire des photos quand il était ourson. Aucun problème pour le prendre dans ses bras pour un selfie et en profiter pour lui donner quelque chose à manger. Il a été pour cela arraché à la Nature, et sa mère braconnée. Élevé au biberon, il recevait des récompenses pour que les touristes puissent s’amuser avec lui. Il est aujourd’hui âgé de presque cinq ans. S’il était resté dans la Nature, il serait devenu depuis un véritable ours, qui aurait probablement lui-même une progéniture, et mènerait dans les forêts une vie libre et autonome. Au lieu de cela, il souffre de graves troubles du comportement, et de violentes attaques de panique durant lesquelles il suce frénétiquement sa patte lorsqu’il voit des êtres humains. Quelques mois à être manipulé par eux ont suffi pour briser cet ours, dont l’espèce est pourtant celle des plus grands prédateurs présents sur le continent européen.

Ces pratiques ne se retrouvent pas seulement dans les cirques, mais également dans toutes les formes de spectacles avec des animaux. Pour que des animaux sauvages tels les ours soient malléables, ils doivent être rendus dépendants des êtres humains. Le conditionnement par la nourriture d’un côté, la punition de l’autre. Un dresseur utilise ces techniques pour rendre les animaux dociles, pas pour leur bien. Les animaux ne réalisent pas les numéros par plaisir, mais parce qu’ils n’ont pas le choix.

Les mentalités évoluent de plus en plus au sein de la société face à ce type de « divertissements », et cela est aussi dû au travail d’organisations comme la nôtre. Cela entraîne dans de nombreux pays européens des mesures politiques pour l’interdiction des spectacles avec animaux sauvages dans les cirques ou avec des dresseurs. Les personnes concernées profitent alors des lacunes du système juridique et trouvent des possibilités partout sur le continent pour conserver coûte que coûte les animaux. Les dérives extrêmes comme dans la célèbre série sur Netflix Tiger King ne sont malheureusement pas une fiction, c’est aussi une réalité au cœur de l’Europe. Nous avons personnellement visité ce type de structures et constaté ce qu’il s’y passait de nos propres yeux. Sous couvert de création de sanctuaire ou de refuge, des dresseurs ou personnes privées sans aucune compétence continuent de travailler, et font à présent fortune en proposant selfies et câlins avec des espèces sauvages, et ce toujours au détriment des animaux. Il faut à tout prix éviter que de nouveaux secteurs d’activité n’émergent. Les animaux continuent d’être exploités dans ces structures, et ne sont plus que l’ombre d’eux-mêmes. Des atteintes corporelles comme de l’arthrose sévère, des lésions articulaires ou des déformations posturales, des inflammations ou pertes de dents, des troubles de la vue sont apparus chez presque tous nos pensionnaires au cours des 25 dernières années.

Que se passe-t-il quand un animal sauvage au lourd passé se retrouve enfin dans un environnement respectueux de ses comportements, avec de vastes étendues au cœur de la forêt, traversées par un ruisseau ? Ses anciens propriétaires lui manquent-ils ? Fait-il spontanément des numéros ? La réponse est non, à 100%. En 25 années à prendre soin au quotidien d’animaux autrefois exploités, il n’y a eu aucun jour, aucun moment, où un ours, un loup ou un lynx ait montré le moindre signe de regret pour sa vie « d’avant », bien au contraire. Ils peuvent enfin laisser s’exprimer l’envie de nature qui a été réprimée durant des années. Ils s’épanouissent, se dépassent. Des ours âgés, aveugles, se trouvent parfaitement à leur aise sur un terrain forestier accidenté. Des loups qui étaient exposés sur une surface nue savourent les possibilités de cachettes dans les fourrés, et parviennent à former une véritable meute. Ce sont des exemples qui se sont produits dans nos enclos à ciel ouvert et ce ne sont pas des cas uniques.

Nous ne pouvons pas changer le passé des animaux, mais nous pouvons leur proposer un avenir respectueux de leurs comportements naturels, une vie qui vaille la peine d’être vécue.

Comment?

Grâce à des structures d’accueil, dans lesquelles ils pourront être pris en charge dans des conditions optimales, et il faut pour cela suffisamment d’espace. Enrayer la reproduction des espèces sauvages captives permettrait de soulager grandement les structures existantes, puisque la « production » de futurs cas d’animaux à sauver serait ainsi largement réduite.

Mais il est primordial de faire interdire par des décisions politiques l’existence de toutes les structures exploitant les animaux sauvages, et ce dans toute l’Europe. Ce n’est qu’ainsi que pourra être empêché l’établissement de tels « nouveaux modèles économiques », qui sous un nouvel habillage contribueront à faire perdurer et augmenter encore la souffrance animale.

Nos partenaires et nous, organisations membres du réseau international EARS (European Alliance of Rescue Centres and Sanctuaries) avons reçu en 2018 20 000 demandes, parmi lesquelles 1400 animaux qui avaient besoin d’une prise en charge, ce qui représente environ 80 animaux par partenaire EARS ! Les places dans des structures d’accueil sérieuses sont cependant limitées. C’est pourquoi cette forme d’exploitation doit dès à présent être interdite et contrôlée.

Nous pouvons ensemble épargner à des générations futures d’animaux sauvages une telle souffrance, et nous pouvons sauver des animaux.

Bernd Nonnenmacher,
Directeur de la FONDATION POUR LES OURS
www.baer.de

Comment aider la Fondation sur les Ours ?

Pour soutenir la Fondation pour les Ours, AVES France met en vente des tirages d’art. 
Chaque commande nous permet de reverser 40€ à la fondation. 
https://bearz.org/categorie-produit/tirages-art/

Vous pouvez également parrainer les animaux du parc, faire un don ou réserver une visite guidée. N’hésitez pas à contacter Catherine Rutz pour plus d’informations. 

En utilisant le moteur de recherche Lilo, vous soutenez également AVES France qui apporte régulièrement son soutien au Bärenpark Schwarzwald, géré par la Fondation pour les Ours.