Ours Micha : en 2016, nous dénoncions déjà l’inaction des pouvoirs publics

En 2015 et 2016, AVES France a assisté à plusieurs représentations des Poliakov avec l’ours Micha. Systématiquement, nous prévenions en amont les autorités locales, afin d’organiser des contrôles. Jamais les Poliakov n’ont été contrôlés correctement et nous l’avions dénoncé dans un mail, le 29 août 2016, à Patrick DEHAUMONT, inspecteur général de la santé publique vétérinaire, Loïc ÉVAIN, inspecteur général de la santé publique vétérinaire et DDPP des départements 62, 60, 41, 10 et au Service Départemental ONCFS du Loir et Cher. Personne n’a daigné nous répondre. Pourtant, on voyait déjà à l’époque que les pattes de Micha étaient infectées. Aujourd’hui, Micha est mort. Mort de ne pas avoir reçu de soins adaptés. Mort par l’indifférence de notre administration et de notre système judiciaire, qui ont classé tous les signalements et toutes les plaintes déposées contre le couple de dresseurs Poliakov-Bruneau. Madame la Ministre, Elisabeth Borne, nous ne pouvons plus attendre. Il faut en finir avec cette honte française, interdire l’exploitation des animaux sauvages pour le divertissement et placer ces animaux dans des structures adaptées. 

Le 29 août 2016 à 09:24, AVES FRANCE a écrit :

Patrick DEHAUMONT, inspecteur général de la santé publique vétérinaire
Loïc ÉVAIN, inspecteur général de la santé publique vétérinaire
Copies aux DDPP des départements 62, 60, 41, 10 et au Service Départemental ONCFS du Loir et Cher

Mesdames, messieurs,

L’association AVES France, que je dirige bénévolement, traque les Poliakov, un couple de montreurs d’ours dont le siège social est dans le Loir-et-cher (leur société étant cyniquement dénommée Animal Bien Etre – LES BERUERES – 41270 CHAUVIGNY DU PERCHE).

De manière générale, lorsque nous apprenons qu’un spectacle de montreur d’ours est signalé, nous demandons aux DDPP locales d’effectuer les contrôles habituels. Malheureusement, dans le cas des Poliakov, qui sont très difficiles à localiser, les occasions sont rares et il semble qu’aucun contrôle n’ait jamais été effectué, malgré nos demandes. La DDPP de l’Oise « n’avait pas pu voir les animaux » l’année dernière à Crépy-en-Valois, la DDPP du Pas-de-calais ne s’est pas déplacée le 15 août 2016 à Saint-Tricat, je n’ai pas eu de retour de la DDPP de l’Aube suite au spectacle d’hier, mais je n’ai vu personne sur place et enfin, la DDPP du Loir-et-cher semble considérer que tout va bien chez les Poliakov.

Peut-être considérez-vous qu’une simple vérification au préalable des documents légaux est suffisante, mais ce n’est pas notre avis.
Si notre association est particulièrement active lorsque les Poliakov sont signalés, c’est pour des raisons très précises.

Nous avons reçu le témoignage de deux personnes ayant travaillé chez les Poliakov et qui dénoncent les conditions de captivité des animaux.
– les ours sont enfermés dans des tanières en béton dont ils ne sortent qu’une fois tous les trois jours. Ils ont alors accès, chacun leur tour à un petit parc sans même un endroit pour se baigner.
– les box de leurs chevaux ne seraient jamais nettoyés.
– depuis peu, il y aurait des oursons ? J’ai entendu à deux reprises madame Poliakov s’en vanter. Est-ce vrai ?
– leurs ours ne recevraient que peu de soins, ce qui expliquerait que Micha soit désormais le seul à sortir. Il serait le plus docile et le plus beau physiquement.
– Micha a de l’arthrose à la patte arrière gauche que la DDPP du 41 considèrerait comme ancien et ne remettant pas en cause son aptitude.
– Micha a également une griffe à la patte avant gauche recourbée jusqu’à sa sole plantaire (photo en pièce jointe), qui est à mon avis la raison de sa boiterie. Je pense que cette griffe recourbée l’empêche de marcher normalement. L’ours est obligé de poser délicatement sa patte sur le sol pour éviter que sa griffe ne le blesse. Elle se recourbe alors sous les autres griffes. C’est, je pense, un moyen d’asservissement de l’ours.
– Les Poliakov laissent le public caresser l’ours et prendre des photos avec lui. Je publierai des vidéos dans la journée montrant l’ours se lever alors que des enfants sont à ses côtés. N’y a-t-il pas mise en danger de la vie d’autrui ?

Je vous rappelle que les ours des Poliakov montent sur des ballons en équilibre sur des rails, que parfois, même si ce tour est devenu rare, ils font de la moto !
Je sais que les textes de loi sont toujours suffisamment vagues pour être laissés à la libre interprétation des dépositaires de la loi, mais l’arrêté du 18 mars 2011 dit quand même « Article 34
Au cours du dressage, ne doivent être exigés des animaux que les actions, les performances et les mouvements que leur anatomie et leurs aptitudes naturelles leur permet de réaliser et entrant dans le cadre des possibilités propres à leur espèce. A cet égard, il doit être tenu compte de l’âge, de l’état général, du sexe, de la volonté à agir et du niveau de connaissance de chacun des animaux. »

Nous avons déposé une plainte suite au numéro de Crépy-en-valois, que le procureur n’a toujours pas étudié. Nous envisageons de déposer une nouvelle plainte dans l’Aube. Je vais également rédiger un article et publier les photos et les vidéos du spectacle d’hier, qui, je l’espère, seront reprises par le Nouvel Obs comme l’année dernière. Je tenais à vous en informer. Vous représentez l’autorité et sans vous, nous ne pouvons rien faire. Je suis attristé de voir que vos services n’envoient même pas un vétérinaire pour contrôler l’état de santé de l’ours lors des représentations. Je sais que vous manquez de moyens, je sais que vous devez faire avec une législation qui est ce qu’elle est. Mais est-ce une raison pour fermer les yeux et ne pas se déplacer ?

Hier, l’ours a été transporté dans un van pour un cheval et pas dans la fourgonnette habituelle.
Le van a été laissé en plein soleil avec l’ours à l’intérieur, sans eau. Il est arrivé sur scène bavant.
J’ai du expliquer aux gens dans le public que la loi ne considère pas cela comme de la maltraitance et qu’un ours pourrait rester quatre jours dans ce van sans que personne ne puisse dire quoi que ce soit, puisque l’annexe III-4 dit que « Les dispositions précitées relatives aux caractéristiques des installations intérieures et extérieures ne s’appliquent pas aux établissements dont les périodes itinérantes n’excèdent pas quatre jours à compter du départ des animaux des installations fixes jusqu’à leur retour. » Je vous laisse imaginer la température qu’il faisait dans ce van…

J’espère que nous pourrons trouver un moyen de travailler ensemble pour améliorer les conditions de vie des ours des Poliakov.
Je reste à votre disposition pour tout renseignement.

Cordialement,

Christophe CORET
Président d’AVES France

Posted in Animaux captifs.

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