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24 mai 2026Le 10 mai 2026, un piégeur agréé a prévenu l’Office français de la biodiversité (OFB) de la présence d’une louve vivante prise accidentellement dans un piège, situé sur la commune de Saint-Pierre-des-Jonquières, en Seine-Maritime.
Par voie de presse, nous apprenons que l’animal n’a pas été immédiatement relâché, mais transporté dans le parc animalier de Muchedent, dans le même département, lequel possède déjà des meutes de loups et des bisons.
Différents communiqués de presse se succèdent, parfois contradictoires. Dans un article du Monde, il est expliqué que le placement de la louve a fait l’objet d’un débat, mais que les éleveurs présents ont vivement appuyé la capture de l’animal, s’opposant ainsi au relâcher de la louve. Le Monde précise « Contacté par nos soins, le ministère de la transition écologique argue être en désaccord avec le ministère de l’agriculture à propos de cette décision, et renvoie à un arbitrage du premier ministre ».
Dans un autre article du Courrier cauchois, il est rapporté que « Le préfet, « compte tenu des circonstances de cette capture », a décidé « du placement temporaire de la louve au parc animalier de Muchedent, seul établissement en capacité d’accueillir cette espèce ». Il s’agit d’établir « une surveillance de l’évolution de son état de santé ».
Les pouvoirs publics précisent : » La décision de placement conservatoire n’a pas été prise à des fins de captivité, mais au titre d’une mesure d’urgence temporaire » afin de « s’assurer de la santé de l’animal au vu des conditions de sa capture accidentelle. » Ainsi, la louve a été placée à l’isolement. »
Nous ne savons pas si cette louve a été placée en captivité car elle a été blessée et nécessite des soins avant son relâcher (comme c’est la procédure appliquée en Italie par exemple, et adoptée en France pour l’espèce lynx) ou si le lobby des éleveurs s’est simplement opposé au retour de la louve dans son milieu naturel. Quoi qu’il en soit, cette situation ubuesque nécessite un arbitrage du premier Ministre, preuve que la présence du loup est bien une affaire d’État.
Cela rappelle également cette affaire en 2020, lorsque la découverte d’un louveteau affaibli avait provoqué un « tsunami » politique, le pauvre animal ignorant que sa vie n’avait tenu qu’à un fil, tandis que dans l’ombre, une lutte secrète se déroulait entre pros et anti-loups. Communication ciblée, mystère entretenu, discrétion, décisions arbitraires, enchaînement des faits… tout ce qui caractérise une affaire d’état et qui a auréolé la courte vie du loup de Valberg.
Pour mémoire, le loup est protégé en Europe depuis la Convention de Berne de 1982. Cette protection a ensuite été reprise par la directive européenne Habitats de 1992, même si depuis le 7 mars 2025, son niveau de protection a été réduit, passant d’espèce « strictement protégée » à espèce « protégée », selon la convention de Berne.
Précisons également qu’en 2026, deux arrêtés ont été publiés au Journal officiel (24 février). La nouvelle réglementation est entrée en vigueur le 1er avril. Or, l’arrêté du 23 février 2026 stipule qu’il est toujours interdit de détruire, perturber ou capturer des loups sur le territoire national.
Nous nous interrogeons donc sur la légalité de cette capture et le maintien de la louve en captivité.
Le niveau de protection des loups en Europe a été maintes fois menacé ces cinq dernières années, en dépit des mises en garde des scientifiques qui alertent sur le mauvais état des populations, en France (1082 individus au dernier recensement) et ailleurs. (cf communiqué de presse du 17 décembre 2025 du Bureau européen de l’environnement).
L’État et les lobbies agricoles se sont acharnés contre une espèce sauvage qui ne demande qu’à vivre. En témoigne l’actualité récente : à partir du 19 mai 2026, l’Assemblée nationale examinera le projet de loi d’urgence pour la protection et la souveraineté agricoles. Un amendement autorise désormais les tirs de loups dans les réserves naturelles nationales.
Après de nombreux rebondissements, la préfecture a publié un communiqué en date du 13 mai 2026 pour annoncer le relâcher de la louve : « le relâcher de l’animal va être effectué par l’Office français de la biodiversité. La zone de relâcher, située dans l’arc alpin, a été définie selon plusieurs critères : éloignement des zones habitées et des infrastructures de transport, réduction des interactions avec les activités humaines, présence d’un habitat favorable à l’espèce concernée et prise en compte des enjeux agricoles locaux. Avant son relâcher, la louve sera équipée d’un collier GPS amovible. Ce dispositif permettra de suivre ses déplacements, de vérifier sa bonne adaptation au milieu naturel et, si nécessaire, d’intervenir rapidement en cas de difficulté. Ce suivi contribuera également à améliorer les connaissances scientifiques sur les comportements de dispersion du loup et les enjeux liés à la présence de l’espèce sur le territoire. »
Si on peut se satisfaire que le choix de la captivité n’ait pas été fait, on peut déplorer le fait que la louve sera renvoyée dans l’arc alpin, et que l’Etat fait ainsi le choix de, peut-être, faire disparaître l’espèce localement, sous la pression des lobbies agricoles et cynégétiques, au mépris de la loi.
L’exemple de cette louve illustre à nouveau la volonté des pouvoirs publics de cantonner canis lupus à l’arc alpin.
S. CARDONA / C. CORET





