Le panda a du sang sur les pattes : quand le WWF utilise vos dons pour chasser l’ours polaire.

Éloignez les enfants car je vais prononcer deux gros mots :

MARKETING

&

GREENWASHING

Ouf, ça fait du bien. Vous pouvez rappeler les bambins.

Vous pouvez même cliquer sur les deux mots sus-cités. Vous verrez que c’est bien fait. C’est beau, c’est visuel, ça raconte une histoire, ça donne envie… vous êtes à deux doigts d’acheter ou de faire un don et moi aussi. Il y a une dizaine d’années, j’aurais cédé à leurs sirènes.

Ce qui me différencie aujourd’hui peut-être des 180.000 donateurs annuels du WWF, c’est que donner de l’argent ne me suffit plus à avoir bonne conscience. Quand je donne de l’argent, je veux savoir à quoi il va servir, comment il va aider une cause.

Le traumatisme qui m’a fait prendre conscience que le WWF n’est pas le sympathique panda que tout le monde croit date de 2004. A cette époque, la convention sur le commerce international d’espèces animales et végétales menacées d’extinction (CITES  ou Convention de Washington) se déroule à Bangkok. Le Kenya, soutenu par plusieurs pays d’Afrique, demande une suspension du commerce international de l’ivoire, en vain. En 2007, la proposition du Kenya et du Mali est soutenue par 21 pays africains qui demandent un moratoire de 20 ans sur tout commerce international de l’ivoire. Alors que toutes les associations françaises soutiennent unanimement cette proposition, le WWF s’y oppose…

Aujourd’hui, je ne suis donc pas étonné de voir le WWF s’opposer au classement de l’ours polaire à l’annexe I de la CITES. La raison invoquée est qu’il faudrait que la population ait diminué de 50% pendant les 3 dernières générations pour justifier ce classement. Le WWF, qui use et abuse de l’image de l’ours polaire pour récolter des dons, est en train de nous expliquer que finalement, l’ours ne serait pas suffisamment menacé pour mériter une protection supplémentaire. On marche sur la tête !

Les scientifiques s’accordent à dire que la disparition de l’ours polaire sera rapide, à cause des bouleversements climatiques. Soulager l’espèce de la pression de la chasse pour lui permettre d’essayer de s’adapter aux modifications de son milieu ne nous semble pas idiot.

Que dire devant la page de collecte de dons du WWF qui explique combien il est urgent que chacun donne 30€ car 1517 ours polaires ont disparu depuis le 1er janvier 2009, à cause des changements climatiques. Pourquoi ne pas changer ce compteur par le nombre d’ours qui mourront sous les balles des chasseurs parce que le WWF a laissé faire ?

Selon le WWF, l’impact climatique sur la disparition de l’ours polaire, c’est :

  • Réduction de 42% de l’habitat de l’ours polaire et chute programmée des deux tiers de la population d’ici le milieu du XXIème siècle

  • Extinction totale d’ici 75 ans

L’action du WWF :

  • Lutte contre les dérèglements climatiques, notamment en promouvant les énergies renouvelables

  • Lobbying en faveur d’engagements forts de réduction des gaz à effet de serre, afin de préserver les habitats primordiaux des ours polaires.

Pour moi, pour nous, un engagement fort, ce serait se positionner contre la chasse ! Comment une ONG comme le WWF peut-elle encore soutenir la chasse à l’ours polaire quand elle collecte des dons en expliquant que dans 75 ans, tous les ours auront disparu ?

Je ne me fais aucune illusion. Le WWF ne répondra pas à cet article comme il ne répond jamais aux critiques. Et dans un sens, ils ont raison. Pourquoi s’expliquer et entrer dans la polémique quand le marketing fonctionne à merveille et que 99,99% des donateurs ouvrent leur porte-monnaie sans demander la moindre explication ?

La preuve. Les avez-vous entendu commenter le livre Qui a tué l’écologie ? de Fabrice Nicolino ? Non. Le WWF est une icône. Prière de ne pas toucher. On ne brocarde pas un Saint, on l’adule… et on fait des offrandes (en silence).

Cyberaction N° 525 : Pour sauver l’ours polaire

coalition ours polaire 2012

Dans le but de soutenir la Coalition Ours Polaire, cyberacteurs.org a lancé une cyber action qui prendra fin le lundi 4 mars 2013, journée du début de la CITES.

En quelques jours, plus de 5000 personnes ont déjà écrit au Ministère de l’écologie qui refuse de voter le passage en annexe I de l’ours polaire, sur les conseils… du WWF !

Signez nombreux la cyberaction :

http://www.cyberacteurs.org/cyberactions/sauver-ours-polaire-575.html

Combat au couteau entre le panda et l’ours polaire (le cas WWF)

Encore une fois, un excellent article de Fabrice Nicolino.

Cet article a été publié dans Charlie Hebdo du 13 février 2013

Un très court préambule. L’article que vous allez lire me conduit au bord de la rupture personnelle avec des amis, dont l’un reste pour l’heure cher à mon cœur. Mais j’écris en conscience ce que je crois devoir écrire. Je sais qu’il est plus facile de canarder le messager plutôt que de s’interroger sur le sens de qu’il dit. J’ai l’habitude. Mais cela fait quand même mal.

L’ours blanc est menacé par la fonte de la banquise et la chasse. Compter 75 000 dollars pour une peau. Problème : le WWF, dont l’emblème est le panda, refuse d’attaquer les chasseurs. Pourquoi ? Parce que.

L’affaire de l’ours polaire fout le bordel entre le WWF et les écologistes de terrain. Le bel animal n’en peut plus : il en resterait entre 20 000 et 25 000 sur la banquise Arctique et alentour. Une banquise qui a pu atteindre 15 millions de km2 au maximum de l’hiver, et un peu plus de 3 au cœur de l’été 2012. Plusieurs menaces, dont le dérèglement climatique, pourraient mener l’espèce au bord de l’extinction.

On s’agite ? Un peu. Dans quelques semaines, les bureaucrates de la nature se retrouveront à Bangkok pour une énième réunion de la Cites, qu’on appelle aussi Convention de Washington. Pour l’ours blanc, l’enjeu est essentiel, car les Etats-Unis, appuyés miraculeusement par les Russkoffs, proposent de placer l’ours dans l’Annexe 1, sommet de la protection. En théorie, le commerce international des parties de l’animal serait interdit. Un ours polaire naturalisé adulte se vend 40 000 euros à Paris, et beaucoup plus encore en Russie ou en Chine, où une simple peau peut atteindre 74 000 euros.

La situation est à ce point limpide que toutes les associations de protection de la nature devraient être sur le pont. Ne serait-ce que pour pousser au cul notre gouvernement, dont la voix à la réunion de Bangkok pèsera lourd. Mais pour l’heure, la France refuse de soutenir les Amerloques, et pense pouvoir se planquer en choisissant bravement l’abstention. La désunion écologiste ne va pas arranger les choses.

Résumons ce qui semble un beau mystère. D’un côté, 13 associations sont réunies pour aller au baston (1), parmi lesquelles Sea Shepherd, l’Aspas, la LPO, Robin des Bois. Elles soutiennent sans surprise l’inscription de l’ours blanc à l’Annexe 1 de la Cites. En revanche, d’autres poids lourds, comme Greenpeace, France Nature Environnement (FNE) et le WWF font semblant de ne pas être concernés. Ce dernier notamment – le WWF – risque d’en prendre plein la tronche publiquement, ce qui serait une grande première.

Personne ne souhaite encore sortir sous la mitraille, mais en off, c’est le grand dégueulis, au point que Charlie est obligé d’édulcorer pour éviter un procès en diffamation. En résumé, le WWF s’oppose avec ses petits bras à la proposition américaine de protection, avec des arguments que l’on qualifiera prudemment d’étonnants. Visite sur le site du WWF (2), où un pauvre ours polaire, par la grâce d’un effet graphique, souffle de la vapeur d’eau. Ça chiale direct, car « les jours sont comptés » et « 1498 ours polaires ont disparu depuis le 1er janvier 2009 », mais à condition de refiler 30 euros au WWF, la lutte contre le réchauffement de la banquise sera en de bonnes mains. Une belle manière de gagner des sous, qui rend hystériques de nombreux militants historiques de l’écologie.

L’un d’eux résume ainsi la situation pour Charlie : « C’est vraiment dégueulasse. Le WWF se remplit les poches en parlant de réchauffement climatique, contre lequel il ne peut évidemment rien. Et refuse la protection de l’ours réclamée par les Américains, en se taisant sur la chasse et les trafics internationaux qui en découlent. C’est la honte, et l’exaspération contre ces mecs est en train de monter partout. Je ne suis pas le seul à en avoir plein le cul, du WWF ».

Malgré les apparences, parole modérée. Mais voici déjà la séance Explication. Un, la chasse légale zigouille entre 600 et 800 ours par an, ce qui est énorme au regard du nombre de survivants. Pourquoi le WWF refuse-t-il de mettre en cause les porteurs de flingue ? Il n’est pas interdit de se replonger dans l’histoire de cette très curieuse ONG. Fondé en partie par des grands chasseurs d’animaux sauvages en Afrique – qui voulaient continuer à buter éléphants et gazelles -, le WWF n’a cessé de maintenir des liens puissants avec cet univers. Pour ne prendre qu’un exemple, le roi d’Espagne Juan Carlos est resté président d’honneur du WWF jusqu’à l’été dernier, alors qu’il avait été chopé à trucider des ours en Roumanie et des éléphants en Afrique.

Donc, le WWF aime les chasseurs. Mais est-ce bien tout ? Juste avant que la barque ne coule, encore deux bricoles. Un, le WWF est mutique sur le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Mais mutique. Y aurait-il un lien – hi hi – avec les nombreux financements venus de l’industrie ? Deux, le WWF vient de prendre un joli tournant en France, en embauchant deux nobles personnages. Nouveau directeur général : Philippe Germa. C’est un banquier, venu d’une entreprise transnationale d’origine néerlandaise, ABN AMRO. Nul besoin de détailler les belles activités d’une telle boîte. Nouveau directeur des programmes :  Christophe Roturier. Il a longtemps travaillé en Afrique, dans les « équitables » échanges de cacao entre la France et des pays comme la Côte d’Ivoire. Il a également bossé pour l’un des fleurons de l’agriculture la plus industrielle qui soit, Arvalis-Institut du végétal.

Moralité ? Y en a pas. Un dessin circule en ce moment dans les associations écologistes authentiques. On y voit un panda – symbole du WWF – sur la banquise, en train d’abattre au fusil un ours polaire.

(1) http://www.bioaddict.fr/article/13-associations-s-unissent-pour-la-protection-des-ours-polaires-a3669p1.html

(2) http://urgence-especes.wwf.fr/#/interview-jean-stephane-devisse