Communiqué Cap Loup : Action juridique en cours contre un arrêté municipal illégal

L’ASPAS, qui fait partie de CAP Loup, demande expressément depuis lundi 15 mai à la préfecture des Hautes-Alpes de sommer le maire de Pelleautier d’abroger un arrêté municipal illégal. Cet arrêté du 15 mai autorise le tir des loups « ou de tout autre prédateur, pour tout citoyen majeur, muni d’une arme, ayant la faculté de s’en servir ». La préfecture est en charge du contrôle de la légalité des arrêtés municipaux. Si cet arrêté illégal n’est pas retiré dans les plus brefs délais, c’est le tribunal administratif qui ordonnera sa suspension d’urgence, suite au recours que déposeront l’ASPAS, FERUS et ONE VOICE.

COMMUNIQUE DE L’ASPAS :

On n’est pas au Far West : L’ASPAS recadre un maire anti-loups hors la loi

Pour Christian Hubaud, le maire anti-loups de Pelleautier (Hautes-Alpes), c’est la loi du fusil. Il vient de prendre en toute connaissance de cause un arrêté aussi dangereux, qu’illégal, autorisant le tir des loups et de tous les prédateurs à tout citoyen armé ! L’ASPAS a immédiatement demandé au maire d’abroger son arrêté, sans quoi l’ASPAS et ses partenaires associatifs (FERUS, One Voice) demanderont sa suspension en urgence devant le tribunal administratif et la démission de ce maire qui agit en délinquant.

Dans son arrêté municipal du 18 mai, Christian Hubaud ordonne le tir des loups « ou de tout autre prédateur, pour tout citoyen majeur, muni d’une arme, ayant la faculté de s’en servir ». Cet arrêté pris en dehors de tout cadre réglementaire est bien sûr totalement illégal. M. Hubaud, également conseiller départemental à l’agriculture, ne peut ignorer que le loup est une espèce protégée et que les autorisations de tirs sont délivrées par les préfets, dans le cadre d’arrêtés ministériels déjà extrêmement permissifs.
loup36-R.collangeIl est inacceptable qu’un élu local se comporte en shérif hors-la-loi, dans le seul but de satisfaire une poignée d’extrémistes anti-loups. En plus de l’illégalité patente de sa décision, M. Hubaud met délibérément en danger la sécurité des habitants de sa commune en encourageant l’usage des armes à feu en dehors de toute règle.

Face à une telle irresponsabilité, l’ASPAS a demandé dès hier au préfet de sommer M. Hubaud d’abroger immédiatement son arrêté, si le maire refuse de le faire par lui-même. Dans le cas contraire, c’est le tribunal administratif qui suspendra l’arrêté illégal, suite au recours qui sera déposé dans la journée.

La commune de Pelleautier est située dans un secteur fréquenté par des loups depuis une dizaine d’années. Pour autant, la prédation sur le bétail est très rare sur la commune, et il n’est pas établi avec certitude que les attaques ayant eu lieu récemment, sur des troupeaux de moutons insuffisamment protégés, soient l’œuvre de loups.

Quoi qu’il en soit, il serait grand temps d’adapter réellement les pratiques d’élevage à la présence des loups, plutôt que de chercher à les éliminer par des méthodes de voyous qui ne construisent en rien l’avenir de l’élevage français et l’équilibre écologique.

Politique anti-loups : Les associations vont porter plainte contre la France

Communiqué de presse, le 23 avril 2015

Un projet de nouvel arrêté encadrant les autorisations de tirs de loups a été présenté par l’État ce 21 avril au Groupe National Loup, chambre d’enregistrement faussement démocratique à laquelle nos associations refusent désormais de participer. L’arrêté envisagé contient des mesures extrêmement graves et organise une véritable chasse au loup généralisée, traitant une espèce strictement protégée comme une espèce nuisible. L’État compte-t-il adopter un tel texte ? Si c’était le cas, nos associations porteraient plainte contre la France.

Des tirs de loups partout et tout le temps ?
Entre autres mesures envisagées, les « tirs de défense » (tuer un loup près d¹un troupeau) seraient autorisés non seulement pour un troupeau non protégé, mais aussi pour les autres troupeaux de la commune, même s’ils n’ont pas été attaqués. La prédation sur le bétail pourrait être imputée au loup sans constat de terrain par un agent de l’État. Les « tirs de prélèvement » (tuer un loup loin des troupeaux) seraient encore confiés aux chasseurs, pour une durée augmentée à six mois et même si le bétail n’est pas dehors. Les tirs officiels ne seraient plus interrompus en cas de braconnage de loup dans la zone. Enfin, aussi incroyable que cela puisse paraître, les destructions de loups seraient autorisées dans les réserves naturelles et dans le cœur des parcs nationaux.

Une politique de tirs inefficace et irrationnelle
Le gouvernement refuse de voir que cette politique des tirs, engagée depuis des années, est un échec puisque la prédation sur le bétail continue tant que les troupeaux ne sont pas mieux gardés. S’il adopte ces nouvelles mesures, l’État confirmera de façon toujours plus accablante que les tirs n’ont pas pour objectif de protéger les troupeaux, mais qu’il s’agit bien d’une chasse aux loups destinée à satisfaire les lobbies agricoles et cynégétiques. Nos associations n’auront alors d’autre choix que de porter plainte contre la France auprès de la commission européenne.

Pas de contrepartie demandée aux éleveurs en échange des aides
Les éleveurs devraient avoir de bonnes pratiques en échange des subventions qui les font vivre. En plus, ils sont payés spécifiquement pour protéger leurs troupeaux, et indemnisés en cas de prédation même s’ils ne l’avaient pas fait. CAP Loup demande :

  1. que les éleveurs ne soient pas indemnisés si leur bétail n’était pas protégé,
  2. que la protection soit vérifiée sur le terrain par des agents de l’État et soit une condition aux aides financières,
  3. que les éleveurs soient mieux aidés sur le plan technique : sélection des chiens de protection, clôtures plus adaptées, étude de méthodes alternatives… Seuls un meilleur accompagnement et une responsabilisation des éleveurs pourront garantir l’évolution nécessaire de leurs pratiques.

Les associations de CAP Loup

Face à Ségolène Royal, exigeons une vraie politique de protection des loups

Le 28 février dernier au Salon de l’agriculture, Ségolène Royal a déclaré qu’il fallait « réguler » le loup. Déclaration aussi inepte qu’inacceptable de la part d’une ministre de l’écologie, quand on sait que le loup est une espèce strictement protégée, aux effectifs encore faibles et en tout début de retour naturel dans notre pays. Face à cette politique anti-loup de Ségolène Royal, vous pouvez nous aider à faire contrepoids en diffusant la pétition CAP Loup !

Assez de la politique anti-loup de Ségolène Royal

Une ministre de l’écologie qui refuse de recevoir les associations écologistes, une espèce protégée traitée comme une espèce nuisible, des préfets qui prennent des arrêtés anti-loup illégaux, un « plafond » de dérogations considéré comme un plan de chasse, une convention internationale et une directive européenne bafouées, un retour du loup plus lent que dans les pays voisins, des tirs de loups offerts aux chasseurs, l’encouragement du braconnage, des loups chassés d’un parc national, une louve sauvage maintenue en captivité à vie, des moutons indemnisés même s’ils n’étaient pas gardés, pas de responsabilisation des éleveurs en contrepartie des subventions, des syndicats agricoles qui refusent toute cohabitation avec une espèce sauvage, pas de valorisation d’un pastoralisme responsable, le déni de l’intérêt du loup pour le développement touristique, pour la bonne santé de nos forêts et pour notre patrimoine naturel, des élus au service de lobbys agricoles et cynégétiques passéistes, un mépris pour la majorité des Français qui veut protéger les loups…

Ça suffit !

Objectif 100 000 signatures

Depuis des mois, les associations de CAP Loup demandent à rencontrer la ministre qui refuse de nous recevoir. Aidez-nous à être entendus : faites signer la pétition CAP Loup destinée à Ségolène Royal ! Nous sommes déjà 58 000 signatures. Atteignons 100 000 !
Merci à tous !

Communiqué : collectif CAP LOUP

Le préfet des Hautes-Alpes refuse de rendre sa liberté à une louve sauvage

La jeune louve blessée en août dernier par une collision routière dans le massif du Queyras avait pu être soignée. Elle est désormais en bonne santé, mais le préfet refuse de lui rendre sa liberté. Les associations de CAP Loup demandent que, lorsqu’un loup est ainsi sauvé de ses blessures, il puisse retrouver la liberté.

Une réponse bien tardive du préfet

Après nos multiples demandes d’information auprès des services de la préfecture, restées vaines pendant plusieurs mois, et après deux courriers adressés par CAP Loup le 12 janvier puis le 12 février dernier (voir actualité du 12 février), le préfet des Hautes-Alpes vient enfin de répondre à nos associations.

Notre simple demande d’information concernait la jeune louve blessée de Ceillac, dans le massif du Queyas, récupérée en août dernier après avoir été victime d’une collision routière. Nos associations souhaitaient notamment savoir quel était son état de santé et pourquoi le préfet refusait qu’elle soit relâchée dans la nature. CAP Loup demandait aussi que cet animal, s’il était enlevé à la nature par cause humaine, soit décompté du plafond de loups pouvant être tués pour la saison en cours.

La louve en pleine forme… condamnée à la captivité

Dans sa réponse, le préfet indique que la louve est aujourd’hui « totalement rétablie », qu’ « au bout de presque 6 mois de captivité, cet animal est en forme physique mais ne peut être remis en liberté », qu’il sera placé dans un « parc de vision », et enfin qu’il ne sera pas décompté du plafond d’individus pouvant être tués pour la saison en cours.

Pour justifier sa décision de ne pas relâcher cette louve en parfaite santé, le préfet affirme que « sa rencontre éventuelle avec une meute constituée lui serait certainement fatale ». Pourtant, ceci n’est nullement avéré, et un animal sauvage trouvé dans la nature doit pouvoir retrouver la liberté. Le préfet indique aussi que « le relâcher des loups en France est interdit (sauf dérogation de l’autorité administrative) ». Mais c’est précisément au préfet d’accorder cette dérogation !

Un loup sauvage soigné devrait pouvoir retrouver la liberté

Les associations de CAP Loup demandent donc :

– Qu’un loup trouvé blessé dans la nature pour des causes humaines, puis soigné, ne soit pas gardé en captivité s’il est en bonne santé mais soit au contraire remis en liberté. Ceci est pratiqué par exemple en Italie.

– Que les loups enlevés à la nature et gardés en captivité, s’ils ne peuvent pas être remis en liberté, soient systématiquement décomptés du plafond d’individus pouvant être tués pour la saison en cours. Actuellement, seuls sont décomptés de ce plafond les loups tués volontairement.

Les associations de CAP Loup

Communiqué CAP LOUP : CAP Loup reçu par le préfet coordinateur du Plan loup

Suite à notre demande de rendez-vous, les représentants de CAP Loup ont été reçus le 6 janvier par Jean-François Carenco, préfet de Rhône-Alpes et coordinateur depuis quelques mois du Plan loup 2013-2017. Il était accompagné de la DREAL Rhône-Alpes, coordinatrice du Plan loup.

Nous avons pu faire part au préfet de nos constats concernant la politique actuellement menée sur le loup en France : la multiplication des arrêtés de tirs sans rapport avec la protection des troupeaux, l’acharnement de certains préfets allant jusqu’à produire des arrêtés de tir illégaux, le manque de mise en place effective de mesures de protection des troupeaux suffisantes, l’absence de vérification de la mise en place de ces mesures, et le discours de certains représentants de l’État rejetant radicalement le retour du loup.

Le préfet s’est engagé à demander aux préfets de département que leurs arrêtés de tir restent dans la légalité, s’est engagé à demander aux préfets d’avoir un discours plus constructif en faveur de la cohabitation loup/pastoralisme, et nous a dit sa volonté de faire en sorte que les troupeaux soient mieux protégés, et que ceci puisse être vérifié.

Malgré de nombreux points de désaccord et certaines incompréhensions, nous remercions le préfet de nous avoir reçus et écoutés, nous restons vigilants et sommes à sa disposition pour continuer à développer nos propositions en faveur d’une meilleure protection du loup.

Les associations de CAP Loup

Plaidoyer pour des écosystèmes non désertés par les loups

AVES FRANCE étant membre de CAP LOUP, nous relayons cette tribune parue dans Le Monde.

Le journal Le Monde vient de publier une tribune cosignée par un groupe de scientifiques spécialistes en biologie, accompagnés de naturalistes et de protecteurs de la nature. Certains d’entre eux représentent des associations faisant partie de CAP Loup. Cette tribune est une réponse à celle publiée le 13 octobre dernier dans le journal Libération, qui était complètement à charge contre le loup (voir l’actualité CAP LOUP du 14 octobre).

Faute de place, cette tribune n’a pas pu être reproduite dans son intégralité dans Le monde, ni la liste des signataires au complet.

Vous trouverez cette tribune dans son intégralité et les signataires ci-dessous :

Plaidoyer pour des écosystèmes non désertés par les loups

Le texte intitulé « Plaidoyer pour des écosystèmes non désertés par les bergers » paru dans le journal Libération le 13 octobre 2014 plaide pour une régulation forte du loup. Cet article, signé par des spécialistes des sciences humaines et de l’agronomie, met l’accent sur la sauvegarde des éleveurs dont la profession serait mise en danger par les déprédations du loup sur le cheptel domestique. Or, d’après cet article, la fin des bergers signe celle des paysages montagnards diversifiés traditionnels, étalon moderne de la biodiversité au sens large, et déjà mise à mal par l’agriculture intensive. Relevons au passage la confusion faite par des spécialistes du pastoralisme entre éleveur et berger, deux professions qui ne sont pas toujours les mêmes.

Habilement émaillé de mots dépourvus de la neutralité la plus élémentaire, affirmant des réalités distordues ou des idées pour le moins ingénues, ce texte fleure bon la valorisation obsessive de la nature domestiquée, celle des pâturages et des prairies extensives. Ces espaces issus de forêts sombres et hostiles, semblent avoir été rendus à la lumière depuis plusieurs millénaires par l’action civilisatrice de l’homme. Certes devenus rares avec l’agriculture intensive, ils apparaissent ici comme la référence absolue de la biodiversité en France: les éloges pleuvent pour ces éleveurs « passionnés, inspirés par le respect du vivant » qui pratiquent une des agricultures « les plus respectueuses de l’environnement », opposant habilement les méfaits du loup, qui en dévorant le cheptel domestique, occasionne le mal suprême, la déshérence des campagnes. Le vocabulaire est spécialement employé pour dramatiser la situation : « Intenable », « situation d’urgence » ou encore « patrimoine sinistré ». Les signataires s’enflamment : il faut non pas éliminer (ce ne serait pas raisonnable), mais réguler fortement le responsable de cette situation jugée intolérable, le loup.

Les signataires font preuve d’une vision anthropocentrée à la fois partielle et partiale, passant sous silence les impacts négatifs occasionnés par le pastoralisme dont les pratiques se sont intensifiées. Le terme même de pastoralisme cache mal des pratiques très diverses, peu cohérentes et dont les finalités restent parfois à préciser. En effet la moyenne des troupeaux est passée de 200 brebis au milieu du 20ème siècle à plus de 500, voire 1000 à 3000 de nos jours. Comment peut-on évoquer le « respect du vivant », «la passion des éleveurs », le rôle des bergers dans le maintien de la biodiversité traditionnelle, au regard des dégâts causés par de telles concentrations? Combien de plantes et d’insectes typiques des espaces ouverts traditionnels ont été détruits sous l’assaut de tels troupeaux, par surpâturage, piétinement ou élimination par la végétation nitrophile qui s’installe sur leurs déjections contaminées par des médicaments ? Que dire aussi de la perte en diversité des insectes pollinisateurs et autres invertébrés, des criquets aux sauterelles, qui en dépendent pour se nourrir et se reproduire, et des maladies (brucellose, kératoconjonctivite, piétin) transmises par les concentrations excessives d’ovins à la faune sauvage de chamois et bouquetins ? L’élevage ovin est très hétérogène et une marge de progrès est certainement possible pour réduire son impact sur les écosystèmes et rendre faisable sa cohabitation avec le loup. Rappelons que les problèmes des éleveurs datent d’avant l’arrivée du loup… Ils résultent plutôt de la forte concurrence internationale et de la baisse de consommation de viande ovine sur en France.

Quant à l’enfrichement tant décrié par les signataires, il avait gagné du terrain bien avant la venue du loup, en conséquence, justement de ce pastoralisme intensif qui réduit les diversités d’herbivores des alpages aux seuls moutons ou vaches, connus pour leur tendance à refuser la consommation des ligneux. On pourrait rajouter bien d’autres facteurs négatifs créés par la profession des bergers actuels : pollution et compaction des zones humides, perte de cohésion des sols de pente, dominance d’espèces végétales nitrophiles, constatés jusqu’au cœur des parcs nationaux. Quant aux fameux paysages agro-pastoraux des Cévennes, ils se banalisent et s’artificialisent, sous les pressions conjointes de l’intensification des pratiques pastorales et sylvicoles, de pressions touristiques et cynégétiques et d’une surexploitation des eaux jusque dans la zone cœur, sans que le loup y soit pour quelque chose. Enfin, le principal facteur de banalisation du paysage et de disparition des terres agricoles en France est très nettement l’urbanisation : déjà 7 millions d’hectares disparus sous le béton en 50 ans, dont 900 000 hectares de prairies entre 1992 et 2003.

Un autre point mérite également débat : la non reconnaissance explicite de l’importance de la forêt dans la biodiversité du territoire français. Et pourtant, un texte dans lequel le loup tient la vedette ne saurait omettre que la forêt a joué un rôle central dans son expansion, et notamment en hiver, lorsque le cheptel domestique fait défaut. Le loup est associé à une « dégradation » des paysages, par le retour spontané des forêts. Il serait étonnant que le loup ait pu à lui seul favoriser l’expansion forestière généralisée constatée en France depuis plus de 150 ans, bien avant qu’il ne réapparaisse. On peut aussi se demander sur quels critères les signataires opposent la « qualité », la « diversité » et le « dynamisme » des paysages créés par des siècles de pratiques paysannes extensives, aux boisements spontanés, dont on sait pourtant qu’ils sont fort accueillants pour la faune. Quant aux forêts matures qui leur succèderont un jour, comment peut-on encore passer sous silence leur immense valeur ?

L’article tente de stimuler, par quelques mots bien choisis, la peur ancestrale du loup, qui malgré les avancées de la science, reste encore en Europe l’animal le plus largement diabolisé par l’imaginaire collectif. Ainsi, les expressions « assaut des loups », qui « attaquent près des habitations et aux abords des routes » sans être gênés par la présence humaine, ne suggèrent-t-ils pas que des meutes de loups vont envahir les campagnes ? Les loups ne sont que 300 à 350 dans une vingtaine de départements, ce qui est peu au regard des densités des deux derniers siècles : 6500 animaux estimés au 18ème siècle, et 1000 cent ans plus tard suite aux persécutions. Pourquoi la France d’aujourd’hui ne pourrait-elle pas héberger quelques centaines de loups quand nos voisins, l’Espagne et l’Italie, en tolèrent chacun 4 à 8 fois plus, sans pour cela avoir sacrifié le pastoralisme. Certaines carences sociales du système d’élevage italien, avec des bergers pas toujours bien rémunérés, ne doivent pas nous empêcher d’organiser un modèle plus vertueux, bien au contraire.

L’article suggère aussi que le loup néglige ses fonctions de régulateur d’animaux sauvages affaiblis ou malades pour s’attaquer aux proies domestiques saines. Il est pourtant reconnu, grâce aux centaines de publications parues sur l’espèce ces dernières décennies, que le loup attaque autant les uns que les autres, en fonction du nombre d’individus dans la meute, des capacités alimentaires locales ou autres facteurs de l’environnement. En réalité, les meutes structurées ont tendance à chercher des proies sauvages alors qu’après les tirs et l’abattage des leaders, les rescapés jeunes et isolés se rabattent sur les plus faciles : les moutons. Toutefois des troupeaux insuffisamment protégés sont très attractifs pour les loups car ils vont au plus facile. Si le bétail est suffisamment gardé, ils ont tendance à chercher des proies sauvages.

Le loup bénéficie pour son expansion du retour des grands ongulés sauvages -dont la consommation humaine reste d’ailleurs anecdotique- bien plus que du cheptel domestique. En effet, près de 6 000 ovins consommés par les loups chaque année ne suffisent pas à nourrir une population lupine en expansion (plus 20% par an), dont les besoins alimentaires journaliers sont estimés à 2 à 6 kg de viande en moyenne. Quant à ces pertes de cheptel (en outre discutables puisque les attaques par les chiens errants ne sont que très peu prises en compte depuis l’arrivée du loup dans les Alpes), elle ne pèsent guère face aux 750 000 morts dans les troupeaux par accident ou mort naturelle constatées chaque année.

Curieuse omission encore de ne pas citer un fait pourtant largement admis par tous ceux qui connaissent l’écologie du loup son rôle essentiel dans certains processus clé des écosystèmes, de la régulation des herbivores au rôle de pourvoyeur de carcasses pour les petits carnivores. Situé au sommet des réseaux trophiques avec le lynx, le loup détient la palme des effets cascade positifs sur la biodiversité. Et cela en Europe comme en Amérique.

Enfin, le texte omet de parler des financements accordés pour soutenir le pastoralisme et qui doublent les revenus de bien des éleveurs de moyenne montagne : aides à la prévention, mise en place de dispositifs de protection, pris en charge sur les crédits du ministère de l’Agriculture avec un cofinancement européen de 50%. Le montant global a régulièrement augmenté, passant de 1,35 millions d’euros à 8,8 millions d’euros entre 2004 et 2012. A cela a été rajouté le remboursement des pertes occasionnées par la prédation (à titre d’exemple : autour de 1 547 560 euros en 2011 pour 1303 attaques, représentant 4921 victimes). Des indemnisations ont lieu même lorsque la responsabilité du loup n’est pas avérée puisque les techniciens ont des consignes de laxisme. Ils ne contrôlent d’ailleurs pas si les bénéficiaires ont protégé leur troupeau et les éleveurs considèrent ces aides comme des subventions qui leur sont dues.

Les dispositifs de protection des troupeaux sont souvent efficaces quand ils sont bien mis en place, et pas seulement déclarés sur le papier par les éleveurs. Parfois certes, ils sont insuffisants. Mais trop peu est fait dans ce domaine en termes de recherche. Ceci doit être étudié par des scientifiques indépendants, et non uniquement par le CERPAM, émanation des chambres d’agriculture qui elles-mêmes rejettent la présence du loup. Peut-on croire qu’un pays comme la France du 21ème siècle ne serait pas techniquement capable de conduire et garder des troupeaux de moutons en faisant en sorte de ne pas les soumettre à la prédation ou à trop de prédation ? C’est une question de volonté, or une grande partie du monde agricole le refuse. Pourtant la présence des loups oblige à développer des modes de pastoralisme appropriés, avec un gardiennage des moutons par des bergers, donc une plus grande présence humaine. Cela signifie que le retour du loup, c’est aussi le retour du berger.

Comment des scientifiques ont-ils pu réduire ainsi le débat à quelques aspects négatifs bien ciblés de l’impact du loup sur certaines activités humaines, en occultant son rôle dans les écosystèmes ? Si le loup constitue une contrainte pour certaines professions, celle-ci doit être mise en balance avec tout le reste. Par la place qu’il occupe dans les écosystèmes, par le fait qu’il existe depuis un million d’années au moins, le loup a tout simplement le droit de vivre sur notre territoire en populations viables.

Conscients que la nature dépend étroitement des sociétés humaines, nous souhaitons que des biologistes indépendants soient associés, sans parti pris ni rejet obsessionnel de cette nouvelle nature sauvage qui s’installe enfin dans notre pays. Depuis des siècles, l’agriculture simplifie et diminue la biodiversité des paysages. Est-ce le retour du loup, ce sauvage éliminé au siècle dernier, qui choque tant ? Et si cela représentait au contraire un signe et un symbole d’espoir pour mieux vivre ensemble le XXIème siècle ? Nous souhaitons vivement une approche non démagogique, responsable et éthique qui étendrait notre respect aux espèces les plus dérangeantes.

Signataires

Jean André, maître de conférences en retraite, Université de Savoie
Muriel Arnal,présidente de One Voice
Pierre Athanaze, naturaliste, Forêts Sauvages, ASPAS
Stéphane Aulagnier, professeur, Université Paul Sabatier de Toulouse
Isabelle Autissier, présidente du WWF France
Farid Benhamou, géographe, docteur d’Agro Paris Tech et professeur en CPGE à Poitiers
Allain Bougrain-Dubourg, président de la Ligue pour la protection des oiseaux
Claude Bourguignon, ingénieur agronome, chercheur INRA en retraite, co-fondateur du LAMS
Lydia Bourguignon, maître ès sciences, ingénieur INRA en retraite co-fondatrice du LAMS
Roland Carbiener, professeur de biologie et écologie en retraite, Université de Strasbourg
Geneviève Carbone, éthnozoologue, spécialiste du loup
Gilbert Cochet, expert au Conseil de l’Europe, attaché au MNHN
François Couplan, ethnobotaniste, auteur et fondateur du Collège Pratique d’Ethnobotanique
Jean-François Darmstaedter Président de Ferus
Michel Echaubard, ancien président de la commission Faune du CNPN
Christian Erard, professeur émérite du MNHN, directeur du laboratoire de Zoologie (Mammifères et Oiseaux) et du Laboratoire d’écologie générale en retraite.
Raymond Faure, président de la FRAPNA Loire
Jean Claude Génot, écologue, rédacteur en chef de la lettre Naturalité
Philippe Germa, directeur général du WWF France
Olivier Gilg, docteur en écologie, président du Groupe de Recherche en Ecologie Arctique
Marc Giraud, vice-président de l’ASPAS
Jean-Philippe Grillet, directeur de Réserves naturelles de France en retraite
François Guérold, professeur d’écologie, Université de Lorraine
Fabien Hein, maître de conférences en sociologie, Université de Lorraine
Pierre Jouventin, directeur de laboratoire CNRS en retraite, directeur de recherche CNRS 1re classe, responsable de l’équipe « Écologie comportementale » au CEFE et du programme ETHOTAAF de l’Institut Polaire
Antoine Labeyrie, astrophysicien, membre du collège de France
Thierry Lodé, professeur de biologie Universités d’Angers et de Rennes
Baudouin de Menten, La Buvette des Alpages, blog citoyen
François Moutou, vétérinaire épidémiologiste en retraite, société française pour l’étude et le protection des mammifères, expert UICN
Vincent Munier, photographe
Fabrice Nicolino, journaliste
François Ramade, professeur émérite d’Ecologie à l’Université de Paris Sud et Président d’Honneur de la Société Française d’Ecologie
Pierre Rigaux, Société Française pour l’Etude et la Protection des Mammifères
Yves Paccalet, philosophe, naturaliste
Annik Schnitzler, professeur d’écologie, Université de Lorraine
Alain Tamisier, chercheur en biologie, au CNRS en retraite
Jean-Marc Thiollay directeur de recherche au CNRS en retraite, administrateur LPO, président du comité scientifique du Parc naturel régional de la Forêt d’Orient
Jean-Michel Walter, maître de conférences en écologie, Université de Strasbourg en retraite
Maurice Wintz, maître de conférences en sociologie de l’environnement, Université de Strasbourg

Manifestations anti-loup : les éleveurs se trompent d’ennemi

Les manifestations d’éleveurs contre le loup de ces 25-27 novembre, organisées à l’appel de syndicats agricoles, font entendre les difficultés ressenties par la profession mais aussi une conception de l’élevage ignorant tout des enjeux actuels de protection de la biodiversité. La Fédération nationale ovine considère le loup comme un « fléau » et demande rien de moins que « l’exclusion des loups des zones d’élevage ». Face à cette vision d’un autre âge, les associations de CAP Loup tiennent à rappeler les enjeux économiques et patrimoniaux du dossier.

Le loup n’est pas responsable des difficultés économiques

Le loup est une cible très facile à désigner, fédératrice pour des syndicats agricoles dépassés par les difficultés profondes de la filière ovine. La très forte concurrence internationale, la baisse continue de la consommation de viande ovine en France (-50% en 30 ans), la disparition des terres agricoles au profit de l’urbanisation (7 millions d’hectares en 50 ans), la multiplication des maladies (émergence récente du virus de Schmallenberg): voilà les causes réelles des difficultés de l’élevage ovin.

La France doit protéger le loup

La population de loups est certes actuellement dans une dynamique plutôt positive au niveau national, et ce retour naturel est une chance formidable pour nos écosystèmes. Mais la conservation de l’espèce n’est pas encore assurée en France. Notre pays, comme les autres, doit prendre sa part dans la protection des loups. C’est à la fois une nécessité patrimoniale et une obligation réglementaire de la France au niveau européen.

Les citoyens ont leur mot à dire

L’élevage ovin est maintenu en France par des subventions publiques représentant 50 à 80% du revenu des exploitations, hors subventions spécifiques pour la protection des troupeaux et indemnisations liées à la prédation. Les éleveurs auraient donc tout intérêt à répondre aux attentes des Français, très majoritairement favorables à la protection du loup*. Le retour de cette espèce est aussi une très bonne nouvelle pour le développement du tourisme vert. Oui, le retour du loup est souvent une contrainte nouvelle pour des éleveurs qui doivent réapprendre à travailler en présence de prédateurs naturels. Mais les éleveurs peuvent et doivent s’adapter aux enjeux du 21ème siècle de protection du patrimoine naturel de tous les Français.

Les associations de CAP Loup

*sondage IFOP septembre 2013 pour l’ASPAS et One Voice

Pétition Cap Loup : Pour que vive le loup et vive le pastoralisme

AVES France a rejoint en novembre 2014 le collectif CAP Loup. A ce titre, nous vous invitons nombreux à signer la pétition suivante : http://www.mesopinions.com/petition/animaux/vive-loup-vive-pastoralisme/12096

 

PETITION :

La France s’est lancée dans la chasse aux loups, espèce protégée, alors que 75% des Français trouvent inacceptable qu’on abatte cette espèce*. Nous interpellons Mme la ministre de l’Écologie, du Développement durable et de l’Énergie, afin qu’elle écoute la demande de la majorité des citoyens, et qu’elle mette fin à cette campagne de haine contre les loups et ceux qui les protègent.

Nous demandons à Mme Ségolène Royal :

 ● de mettre fin à la politique des tirs et de faire appliquer une véritable protection du loup. Il faut réaffirmer clairement son statut d’espèce protégée. La destruction systématique de loups ne doit plus être envisagée comme un mode de gestion. Les tirs ne résolvent en rien les difficultés des éleveurs et torpillent la cohabitation entre le pastoralisme et le loup.

● de favoriser un élevage responsable et compatible avec la conservation de la biodiversité. Aimer le loup n’est pas délaisser le berger ! Les aides financières liées au loup permettent leur embauche et la réfection des cabanes: le loup crée de l’emploi et fait revivre les alpages, ne l’oublions pas. L’État doit encore mieux accompagner les éleveurs volontaires pour développer des techniques pastorales alte rnatives aux tirs, en accord avec les enjeux écologiques et les attentes de la société.

● de ne plus indemniser les éleveurs qui ne gardent pas ou ne protègent pas suffisamment leurs troupeaux. Les très grands troupeaux mal gardés entraînent une dégradation écologique de nos montagnes et concentrent l’essentiel des difficultés de cohabitation avec le loup. D’autre part, l’élevage ovin ne survit que grâce aux subventions publiques et reçoit chaque année plusieurs centaines de millions d’euros (hors aides spécifiques liées au loup). Les contribuables sont en droit de demander des comptes sur ce que l’on fait de leurs deniers.

● de faire cesser la haine qui sévit autour du loup et de ses protecteurs. Des (ir)responsables politiques n’hésitent pas à mentir au sujet du loup pour s’attirer les faveurs d’un public sensible. Nous demandons à ce que cesse cette désinformation malhonnête, et nous sommes à la disposition des médias pour une information plus objective sur ce dossier.

Protéger les loups, c’est protéger le patrimoine naturel de tous les Français !

Les associations de CAP Loup

*sondage IFOP septembre 2013 pour l’ASPAS et One Voice

© Photo : Juan José González Vega – GNU

CAP Loup redemande à rencontrer Ségolène Royal

Après une demande en juillet dernier restée sans réponse à ce jour, les associations de CAP Loup écrivent à nouveau à la Ministre de l’écologie pour solliciter un rendez-vous.

Appuyez notre demande en continuant à diffuser et faire signer la pétition CAP Loup !

Merci à tous.

 

Le courrier de CAP Loup à Ségolène Royal

 

entete-lettre_cap-loup

 

Crest, le 07/11/2014

 

Objet : Renouvellement d’une demande d’audience pour la remise d’une pétition favorable au loup

Madame la Ministre,

Nous vous avions adressé le 3 juillet dernier un courrier présentant notre souhait de pouvoir vous rencontrer, afin de vous remettre en main propre une pétition ayant désormais recueilli plus de 50 000 signatures en faveur d’une meilleure protection du loup, et afin de vous faire part de nos propositions pour favoriser l’indispensable cohabitation entre le loup et le pastoralisme. Notre courrier est resté sans réponse à ce jour, c’est pourquoi nous renouvelons notre demande.

Depuis votre arrivée au ministère, force est de constater que le loup fait l’objet dans notre pays d’une politique encore plus défavorable qu’elle ne l’était jusqu’alors avec vos prédécesseurs. La protection des troupeaux domestiques ne justifie pas les nombreux arrêtés publiés, visant non pas à limiter la prédation sur le cheptel, mais bel et bien à réduire la population de loups en France. Y compris au cœur même d’un Parc National !

Le mouvement associatif s’est organisé en conséquence, et 26 associations de protection de la nature et du droit animalier se sont regroupées au sein du collectif CAP Loup. Parmi celles-ci, deux associations siégeaient au Groupe National Loup mais refusent dorénavant de participer à ses réunions, car elles sont devenues les chambres d’enregistrement des demandes des organisations agricoles et de la Fédération Nationale des Chasseurs.

Désormais, si le loup reste une espèce « strictement protégée » sur le plan réglementaire, son nouveau statut dans les faits est pire que s’il était classé « gibier » voire « nuisible » : il peut être « chassé » dans 20 départements, et fait l’objet d’arrêtés de « tirs de prélèvement » réalisés à l’aide d’armes interdites en action de chasse, de jour comme de nuit, et même hors période de chasse.

Madame la Ministre, vous devez savoir que nos concitoyens sont très attachés à la présence du loup en France, comme l’a montré le sondage IFOP réalisé en septembre 2013 pour l’ASPAS et One Voice qui montre que 79% des Français sont favorables à sa présence dans notre pays, y compris les ruraux.

D’autre part, dans le cadre de la directive européenne Habitat, la France s’est engagée à maintenir l’espèce en bon état de conservation dans son aire de répartition naturelle. Or le loup n’occupe actuellement qu’une faible proportion des zones favorables du territoire national où il était autrefois présent. Il serait donc pertinent de favoriser le retour naturel du loup en l’accompagnant par des mesures favorisant la cohabitation avec les activités humaines, plutôt que de chercher à limiter sa population encore très réduite. L’espèce ne compte qu’environ 300 individus en France alors qu’elle est de 1500 en Italie, 2000 en Espagne. Même en Allemagne où le loup est de retour depuis 1995, il y a plus de meutes reproductrices qu’en France, avec des prédations sur le cheptel contenues grâce aux mesures de protection mises en place.

Malgré cette forte demande des Français, malgré le caractère encore fragile de l’espèce dans notre pays, et malgré l’intérêt de la présence du loup pour des secteurs économiques clefs en zone rurale que sont le tourisme et la sylviculture, vous avez décidé de faire chasser le loup.

Madame la Ministre, nous souhaitons pouvoir vous rencontrer afin de vous faire part de nos aspirations pour le respect de la faune, de la vie sauvage et de l’indispensable cohabitation loup/pastoralisme.

Dans l’attente de vous rencontrer, au nom des 26 associations réunies dans CAP loup, nous vous prions d’agréer, Madame la Ministre, l’expression de notre haute considération.

Les associations de CAP Loup

P.S. : AVES France a intégré CAP Loup en novembre 2014