Communiqué : Les loups pris en tenaille entre les tirs officiels et le braconnage

Loup au Bärenpark Schwarzwald

© Stephanie Lefebvre / AVES France 2020

 

Dans une déclaration à la presse en date du 6 août 2021, la fédération des chasseurs de Haute-Savoie explique vouloir exercer un droit de grève pour protester contre les conditions dans lesquelles ils ont appelés à participer aux tirs de défense contre le loup.

Ils réclament en effet le droit d’utiliser des carabines équipées de jumelles thermiques mais aussi de participer au comptage des loups organisé chaque année par l’Office français de la biodiversité, en invoquant la thèse du complot et du secret. Traduisez : il y aurait bien plus de loups qu’on veut nous le faire croire.

Cette dernière et provocante affirmation est en totale contradiction avec les résultats d’une étude menée par un groupe de naturalistes indépendants et les alertes de l’OFB ou du CNRS.

En effet, au mois de juillet de cette année, le groupe de naturalistes indépendants, PP Alpes, a rendu public le résultat d’une étude de terrain qui s’est déroulée en 2020, consacrée à l’observation de 26 meutes de loups réparties sur 7 départements situés à l’Est du Rhône et représentant un peu plus du quart des meutes françaises. Le rapport permet d’avoir une radiographie précise de la taille et de la structure des meutes, 6 individus en moyenne y compris les louveteaux, les reproductions confirmées et par voie de conséquence les absences de reproduction et leurs causes possibles parmi lesquelles figurent les tirs dérogatoires et les actes de braconnage.

Si on décompte le nombre de loups tués en 2021, entre janvier et le début du mois d’août, c’est à dire 46 loups abattus, et que l’on considère les données du rapport de PP Alpes comme fiables et réalistes, cela confirme bien les craintes de l’Office français de la Biodiversité qui alertait déjà, dans une note de décembre 2020, sur la dégradation de la dynamique de population, découlant de la politique de gestion du gouvernement qui prévoit dans son plan loup, l’abattage de 118 loups en 2021, soit près de 20 % des effectifs sur la plan national.

En conclusion, si on peut estimer le taux annuel de loups braconnés entre 15 et 20 %, il est simple de comprendre que la survie du loup en France est gravement compromise car la population subirait un taux de presque 50 % de mortalité due aux abattages légaux et aux actes de braconnage, lesquels ont toujours été largement sous-estimés voire même niés par l’Administration dans toutes leurs décisions portant sur la gestion de la population de loups.

Aves France dénonce l’indécence de la demande des chasseurs et l’absurdité de leurs tentatives de manipulation maladroites pour tenter de faire croire, comme à l’accoutumée, que le loup « pullule » dans nos contrées et que le chasseur, en bon père de famille, est le garant de la sécurité des élevages et même de la biodiversité de nos montagnes !

Ces discours, ces exagérations, ces postures ne sont plus supportables et Aves France appelle l’Etat à respecter – et faire respecter – la règlementation et à protéger durablement et fermement la population de loups.

NB : pour rappel, Pour rappel, le loup est classé vulnérable sur la liste rouge des espèces menacées en France (UICN).

Communiqué : Oui au loup en Bourgogne Franche Comté !

Dans un communiqué en date du 23 juillet dernier, les représentants de la Chambre d’Agriculture de Bourgogne Franche Comté demandent, exigent même, l’abattage systématique des loups dès leur apparition près des élevages

Rappelant eux-mêmes que « Lactivité d’élevage [est] déjà fragilisée dans notre région », ces représentants s’interrogent sur l’utilité de canis lupus pour la biodiversité et accusent également le lynx dans leur diatribe. Enfin, leur revendication porte également sur « La définition de zone non protégeable [qui] doit impérativement être adaptée à notre région afin de faciliter l’accès aux tirs de défense. »

AVES France ne peut que s’indigner face à cette position qui n’a pourtant rien de surprenant et illustre parfaitement la mauvaise foi de certains.

AVES France réclame depuis des années la conditionnalité des indemnisations ET un contrôle effectif sur le terrain de la mise en place des moyens de protection adéquats. Or, avec le plan Loup national 2018 – 2023, la conditionnalité des aides peut être contournée par la définition de « zones non protégeables ou difficilement protégeables ».  Il faut en finir avec ce discours simpliste qui consiste à dire qu’aucune zone n’est protégeable, en plaine comme en montagne, et que la cohabitation est impossible. C’est au contraire un défi qu’il nous faut relever en travaillant ensemble, notamment en généralisant les audits de vulnérabilité, afin de trouver des solutions adaptées à chaque situation pour que puissent cohabiter les animaux sauvages et l’élevage. Tuer des loups ne résoudra jamais le problème des prédations. Au contraire, la mise en place de moyens adaptés les réduira au maximum, protégeant également les troupeaux contre les attaques de chiens et autres nuisances. Quant aux moyens de protection actuellement mis en œuvre, ils sont au mieux inadaptés à la configuration de l’élevage, au pire inexistants. Et faute de contrôle in situ, les élevages même non protégés peuvent être indemnisés après une attaque de loups et le prédateur peut être abattu (tirs de défense).

Pour rappel, sur la période 2019/2020, la Bourgogne Franche Comté ne compte qu’une seule zone de présence permanente (ZPP du Marchairuz) pour le loup et des zones de présence régulière pour le lynx.

Les premiers indices de présence pour le loup datent de 2016 pour la Nièvre, 2018 pour l’Yonne, 2019 pour la Saône et Loire et 2020 pour la haute-Saône.

Pour exemple, en janvier 2017, le préfet de la Nièvre a mis en place une cellule de vielle « loup ». En juin 2019, c’est au tour de la préfecture de l’Yonne de créer sa cellule. Des moyens et des aides ont été mis en œuvre pour les éleveurs concernés par les attaques de prédateurs depuis plus de 2 ans.

Enfin, il ne faut pas oublier qu’au début de l’année 2021, le conseil régional Bourgogne-Franche-Comté a lancé un appel à projets pour accompagner les éleveurs dans l’adaptation de la conduite des troupeaux soumis au risque de prédation par les grands prédateurs.
Cet appel à projets permet de subventionner, via le fonds européen agricole pour le développement rural (FEADER) et la contrepartie de crédits de l’État, la mise en place de certaines mesures de protection.

Les pouvoirs publics comme les associations sont donc prêts à aider les éleveurs qui veulent s’engager à cohabiter avec le loup. Le monde rural n’est pas l’exclusivité du monde agricole, la tolérance et le partage doivent s’exercer conjointement avec des citoyens vivant en zone rurale et désireux de favoriser et protéger la biodiversité. Le schéma binaire « pour ou contre » le loup ou le lynx reflète l’absence de volonté et le refus d’évoluer d’une partie du monde agricole ou en tout cas, de ses représentants, qui utilisent trop facilement les difficultés d’une filière à des fins politiques, au lieu d’accompagner ses adhérents.

AVES France demande à l’Administration et aux pouvoirs publics de ne pas céder à ce chantage et de respecter le statut d’espèces protégées de nos prédateurs. Nous appelons les éleveurs concernés par ces problèmes de prédation et qui ne trouvent aucun soutien auprès de la chambre d’agriculture à nous contacter afin de trouver une solution durable pour améliorer la cohabitation entre leur activité et le respect des animaux sauvages.

Aidons les loups d’Amérique du nord

Des associations de protection du loup aux USA sollicitent l’aide des amis des loups en France. NE PAS DIFFUSER SUR LES RESEAUX SOCIAUX

Depuis janvier 2021 les loups ne disposent plus de la protection fédérale. Leur gestion est maintenant aux mains des états, et ça n’est pas une bonne nouvelle. On sait par l’exemple des Rocheuses du Nord que la seule “gestion” employée par les états consiste à tuer le plus de loups possible durant les saisons de chasse, qui dans certains états comme l’Idaho sont maintenant illimitées.
Dans le Wisconsin cette semaine 215 loups ont été massacrés en 3 jours (sur une population estimée a 1000 individus dans cet état). Le Michigan s’apprête à créer des chasses similaires. Les associations environnementales demandent à l’administration Biden de redonner immédiatement la protection aux loups. Espérons que leurs efforts porteront leurs fruits.
Mais c’est pour les loups du Montana que nous vous contactons. Dans cet état les loups ne disposent plus de protection depuis 2011. Durant les dernières années un certain nombre de projets de loi anti-loups ont vu le jour, mais ont généralement échoué. Mais cette année c’est un véritable ras-de marée de projets de loi anti-faune sauvage et en particulier anti-loups. En particulier, la loi SB314 consisterait à exterminer la majorité des loups de l’état, n’en épargnant qu’environ 200 (soit un carnage de 600 à 800 loups). Malheureusement, et ce malgré une forte opposition de l’opinion publique, les élus de cet état sont à la solde des lobbies de la chasse et de l’élevage et il est fort probable que toutes ces lois seront votées.

Les défenseurs des loups sur le terrain sont mobilisés contre ces lois. Et l’arme la plus efficace, c’est toujours l’argent. Or, le tourisme représente plus de 3.77 milliards de dollars pour le Montana. 12.6 millions de personnes visitent l’état chaque année. L’objectif est donc de prévenir les responsables que si ces lois anti-loups sont votées, les touristes que nous sommes ne viendront plus au Montana – avec des pertes substantielles pour l’industrie touristique locale.  Il s’agirait simplement d’envoyer un e-mail aux contacts suivants :
– le gouverneur du Montana
– la chambre de commerce
– l’office du tourisme

Pour leur signifier que vous ne projetez pas de séjour touristique tant que les loups ne seront pas protégés.

Si vous pouvez écrire en anglais, n’hésitez pas.

  1. Commencez votre e-mail avec une formule de politesse

Exemple : Cher Gouverneur Gianforte, ou cher Mr. Osterman, ou chère Mme Pelej

Example: Dear Governor Gianforte, or Dear Mr. Osterman, or Dear Ms. Pelej

Greg Gianforte,

Gouverneur, Etat du Montana

governor@mt.gov

Scott Osterman

Directeur, Département du Commerce

scott.Osterman@mt.gov

Jenny Pelej

Administrateur de Division, Office du Tourisme et du Développement des Affaires

jpelej@mt.gov

2. Utilisez un sujet d’e-mail tel que :

Je veux visiter le Montana et y voir des loups

I plan to visit Montana to see wolves

Je vais au Montana pour voir des loups

I go to Montana to see wolves

Les loups du Montana sont importants pour moi

Wolves in Montana are important for me

3. Immédiatement, et respectueusement, indiquez votre opposition aux lois anti-loups

J’écris pour m’opposer aux lois anti-loups qui sont introduites en ce moment dans la legislature du Montana.

I oppose the anti-wolf bills making their way through the Montana legislature

4. Ecrivez le corps de votre e-mail

Si vous pensez fortement que vous ne visiterez jamais le Montana si ces lois sont adoptées, alors votre e-mail pourrait être aussi courte que :

Je ne visiterai pas le Montana si ces lois anti-loups sont votées”

I will not visit Montana if these anti-wolf bills pass”

Votre e-mail n’a pas besoin d’être longue pour avoir de l’impact.

Expliquez pourquoi les loups sont importants pour vous

Ajoutez une anecdote personnelle si vous en avez une

5. Terminez votre e-mail avec un rappel que vous opposez les lois anti-loups

6. Remerciez votre correspondant pour leur temps et leur attention, et terminez par une formule de politesse.

Quelques arguments

Le tourisme est important pour l’économie du Montana

Les dépenses des visiteurs au Montana dans les stations service, restaurants, boutiques, hotels et guides accompagnateurs ont un effet non négligeable sur l’économie du Montana. L’industrie touristique crée des emplois et fait baisser le montant des taxes pour les résidents de l’état.

En 2019, plus de 12.6 million de visiteurs au Montana ont :

  • dépensé 3.77 milliards de dollars dans l’état

  • aidé 53,120 emplois

  • généré 265 millions de dollars de taxes locales

  • fait décroître les impôts de chaque contribuable du Montana par plus de 626 dollars

  • payé des taxes de séjour qui aident au fonctionnement des parcs de l’état, ainsi que de la Montana Historical Society et de la Montana Heritage Commission.

En 2019, 5.5 millions de personnes ont visité les parcs du Montana

  • ont dépensé 640 millions de dollars dans les régions autour des parcs

  • aidé 9,620 emplois

  • apporté 892 millions de dollars à l’économie de l’Etat

Estive en Ariège

Mission d’écoute des éleveurs et bergers confrontés aux grands prédateurs en Ariège

Estive en AriègeAVES France et INNOVANATURE – Pyrénées, communautés, nature, ont décidé de confier une mission d’écoute des éleveurs et bergers confrontés aux grands prédateurs en Ariège à Florent Antras, un très bon connaisseur des hommes et des animaux de ce territoire.

Nos deux associations ont fait, depuis de longues années, le constat que la conservation du monde sauvage est indissociable des conditions de vie et de travail des hommes qui habitent les territoires ruraux et montagnards. Nous avons aussi observé que la cohabitation entre le pastoralisme et les grands prédateurs dans les Pyrénées est mauvaise dans bien des secteurs.

Alors que la population d’ours bruns issue de la réintroduction dans les Pyrénées centrales s’accroît chaque année et que les conflits et tensions n’ont jamais cessé depuis 24 ans, il est indispensable de repenser les relations entre les hommes et la nature. C’est ainsi que nous avions conçu avec le Parc naturel régional des Pyrénées ariégeoises un processus de dialogue portant sur la valorisation de la biodiversité au sein des communes de ce parc. Ce processus animé par Alistair Bath, professeur à l’Université de Newfoundland au Canada et professionnel de la résolution des conflits liés à la faune, à la nature et aux espèces protégées, s’est déroulé en 2017/2018.

Atelier sur la valorisation de la biodiversitéAu fil de cinq ateliers, nous avons pu débattre de la protection des animaux sauvages et de la place des activités humaines dans le Parc naturel régional des Pyrénées ariégeoises, en présence de représentants du parc, d’élus locaux et régionaux, de l’administration (ONF, DREAL Occitanie, ONCFS), de forestiers privés, de chasseurs, de pêcheurs, d’éleveurs, de bergers, d’enseignants et d’associations sportives, culturelles et naturalistes.

De nombreuses pistes ont été évoquées à la fin de ce processus qui s’est achevé en avril 2018. Une médiation locale avait été également imaginée.
A rebours des slogans et des pressions diverses, nos deux organisations estiment que le temps d’une véritable écoute est venu.

Cette mission expérimentale aura pour but l’écoute des professionnels sur les estives, l’analyse des situations rencontrées et la recherche de solutions communes. Nous espérons que les éleveurs et bergers accueilleront positivement notre démarche, afin de nouer un dialogue franc et constructif.

Christophe CORET, Président d’AVES France
Stéphan CARBONNAUX, INNOVANATURE (Pau)

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© Photos d’estives en Ariège et atelier : Stephan Carbonnaux

 

Loups, l’hécatombe continue !

Depuis le début du mois de juillet 2020, ce ne sont pas moins de 19 loups qui ont été abattus officiellement. Le total des loups tués s’élève à 44 individus en 2020 et il est évident que les autorités auront à coeur d’atteindre le plafond de loups à abattre, quoi qu’il arrive. Aucun changement de politique n’est à prévoir sur ce dossier, la campagne pour les prochaines élections présidentielles est, sans surprise, en arrière-plan de cet immobilisme, car il est d’usage de continuer à flatter et contenter les mondes de la chasse et de l’élevage pour espérer être élu… Ce billet n’a pas vocation à interroger la légitimité des élections présidentielles mais bien de souligner l’incapacité de nos gouvernants à s’engager dans la protection de notre biodiversité malgré les belles paroles et opérations de communication.

Aves France défend le principe d’une cohabitation entre le pastoralisme et les grands carnivores. Mais face à ce genre d’agissements, à la montée en puissance d’actes violents (lynx braconnés, ours abattu…) envers nos grands prédateurs, face à une profession qui, dans sa large majorité, ne souhaite pas s’adapter et remettre en cause ses pratiques pour pouvoir cohabiter avec la grande faune, nous ne sommes plus si certains de l’utilité de travailler avec des éleveurs qui n’ont pas d’autre objectif que de faire échouer la cohabitation avec les loups, ours, lynx. Pour les autres, nous restons disponibles, comme d’autres associations de CAP LOUP, pour aider à améliorer les moyens de protection des troupeaux ou anticiper l’installation d’une meute dans un département hors arc alpin. Il existe pourtant des exemples réussis de cohabitation entre éleveurs et l’un de nos trois grands prédateurs, mais ils ont rarement les honneurs de la presse, les médias n’en soufflent mot, à quelques rares exceptions près, et surtout, ces éleveurs sont en butte à l’hostilité non déguisée de leurs collègues anti-loups.

Le comportement irrespectueux voire choquant de certains éleveurs doit être dénoncé. Dernier exemple en date :

Jean-Pierre Bailly, producteur du second film de Jean-Michel Bertrand sur canis lupus, Marche avec les loups, a adressé un courrier au préfet des Alpes Maritimes pour demander des explications suite aux provocations d’une poignée d’éleveurs (et de chasseurs) à Tende qui ont empêché la projection du film le 2 août dernier, sous l’oeil passif hélas des gendarmes. Selon les témoignages des personnes venues voir le film, le maire de Tende, loin d’apporter de l’apaisement, a soutenu publiquement les éleveurs, cautionnant par la même occasion des discours haineux et des comportements agressifs. Louable attitude de la part d’un élu ! Nous apportons tout notre soutien à toute l’équipe du film, film qui devrait d’ailleurs être projeté dans quelques mois en Nièvre ou Allier…

Pour terminer, un peu de lecture :

https://www.liberation.fr/terre/2020/06/26/dans-les-pyrenees-la-presence-de-l-ours-et-celle-des-troupeaux-sont-compatibles_1792485

https://reporterre.net/Les-bergers-qui-ne-criaient-pas-Au-loup

LOUP : le Sénateur Arnaud Bazin interroge le ministère de la transition écologique et solidaire

Jeudi 18 juin 2020, le Sénateur Arnaud Bazin a déposé trois questions écrites portant sur:

  • l’objectivisation des dommages imputables au loup (question 16805),
  • le contrôle des mesures de protection (question 16821),
  • l’observatoire des mesures de protection (question 16807).

Monsieur Arnaud Bazin attire l’attention de madame la ministre de la Transition écologique et solidaire sur une incohérence notable en France entre le nombre de pertes ovines attribuées aux loups et le montant des subventions allouées à la protection et à l’indemnisation des troupeaux. 

En effet, comme le confirme le rapport du CGEDD/CGAAER de mai 2019 réalisant une comparaison européenne sur le loup et les activités d’élevage dans le cadre du plan national d’action 2018/2023, la France est le pays qui détient un taux de pertes ovines possiblement imputables au loup le plus élevé (jusqu’à plus de dix fois supérieur à d’autres pays comparables), ce taux correspondant au nombre d’ovins indemnisés rapporté au nombre de loups. Seules les pertes consécutives aux attaques de loup faisant l’objet d’une indemnisation, il est nécessaire de tenir compte de ce biais et de ne pas confondre pertes réellement dues au loup et pertes imputées au loup. 

Ce même rapport établit que la France est, avec la Suisse, le pays dont les aides publiques à la protection et à l’indemnisation des troupeaux sont les plus élevées eu égard au nombre de loups. « Malgré les sommes investies, les dommages continuent d’augmenter » peut-on lire en page 40.

Deux hypothèses, qui potentiellement s’ajoutent, émanent de ce constat : le nombre de pertes ovines possiblement dues aux loups est surestimé et/ou la protection des troupeaux est inefficace voire non effective. 

La première hypothèse interroge directement sur les critères pris en compte permettant d’imputer la perte d’un ovin au loup. Sachant que le doute bénéficie à l’éleveur (guide technique du 21.04.2020 sur l’indemnisation des dommages), le fait que cette attribution conditionne l’indemnisation corrèle l’augmentation de la mise en cause de loup à celle de l’augmentation des aides publiques et suffit à elle seule à majorer l’incohérence de la situation française.

La deuxième hypothèse interroge sur la réalité de la mise en place correcte des mesures de protection et sur leur adéquation avec la situation afin d’atteindre l’objectif attendu. Seuls des contrôles in situ permettent d’objectiver l’effectivité et l’efficacité de cette mise en œuvre comme le stipule le récent rapport du CGEDD/CGAAER : « La mise en œuvre effective des mesures de protection, lorsqu’elle est aidée, doit être contrôlée sur le terrain ». 

Plusieurs éléments concourent à suspecter une insuffisance ou absence de protection de certains troupeaux, en particulier d’une minorité de troupeaux de taille importante : répartition et nombre de pertes par attaque, spécificité française de cette concentration d’attaques sur un petit nombre d’unités pastorales de grande taille, témoignages sporadiques de pratiquants de la montagne.

Les différents moyens de contrôles des mesures de protection contractualisées devraient pouvoir renseigner sur ce point, que ce soient : – les VSP (visites sur place) ou les CSP (contrôles sur place), respectivement encadrées par les articles 48 et 51 du règlement d’exécution UE n° 809/2014, – les comptes-rendus de tirs de défense dérogatoires accordés par les préfets consignés dans le registre prévu à l’article 19 de l’arrêté ministériel du 19 février 2018, – ou le cahier de pâturage dont la tenue est rendue obligatoire par le bénéficiaire d’un contrat OPEDER suivant l’arrêté ministériel du 28 novembre 2019 relatif à l’opération de protection de l’environnement dans les espaces ruraux portant sur la protection des troupeaux contre la prédation.

Ces différents dispositifs semblent néanmoins inaptes en pratique à jouer leur rôle car ne s’appuyant que trop rarement sur une réelle vérification in situ concernant les VSP et les CSP ou sur un examen attentif du registre des opérations de tirs ou du cahier de pâturage. Le rapport du CGEDD/CGAAER confirme d’ailleurs l’existence de « difficultés récurrentes de mise en œuvre [des mesures de protection] mises en évidence lors des contrôles inopinés, sans lien avec les attaques ».

Afin d’éclaircir ce point et dans un objectif évident d’améliorer ce piètre score français révélateur d’un échec de la protection, échec technique mais aussi économique, il souhaiterait connaitre les modalités mises en place afin d’objectiver plus précisément la part des pertes dues aux loups en les dissociant de celles dues à d’autres causes. 

Il aimerait connaitre notamment les éléments techniques du constat de l’attaque qui permettent au service instructeur de différencier les lésions musculo-cutanées sur les ovins dues au loup de celles dues à des chiens errants. De la même façon, il interroge le Gouvernement sur les critères qui autorisent lors de dérochements et d’étouffements dans les clôtures d’exclure ou non la responsabilité du loup. Il note qu’une enquête parue il y a quelques années dans la revue Le Chasseur français avait révélée dix fois plus d’attaques dues aux chiens errants qu’aux loups dans les départements alpins.

Enfin, il souhaiterait avoir connaissance du pourcentage de relevés techniques réalisés sur le lieu de l’attaque par un agent habilité rapporté au nombre de constats uniquement déclaratifs.

Il interroge également le Gouvernement sur ses intentions afin que la traçabilité officielle des différents moyens de contrôle existants soit effectivement réalisée pour, d’une part répondre à la réglementation européenne et d’autre part mieux comprendre l’origine de cet échec dispendieux à protéger les troupeaux. Dans ce but, il souhaiterait savoir combien de comptes-rendus de VSP et de CSP, prévus dans le parcours de demande de subventions mais aussi aléatoires, de comptes-rendus de tir, de contrôles de schéma de protection et du cahier de pâturage effectués par les services instructeurs, dont disposent les différentes Directions départementales des Territoires et Agences de service et de paiement, ont été effectués et analysés. Les contrôles et les analyses des schémas de protection et des cahiers de pâturage auraient un intérêt certain pour la compréhension et la prévention de dommages récurrentes et/ou importants.   

Bien qu’un observatoire des mesures de protection des troupeaux soit annoncé dans l’action 1.3 du PNA 2018-2023, il est prévu que cet outil de diagnostic, qui a pour ambition d’être fin et précis, appuie ses conclusions sur la base des contrats de protection souscrits par les éleveurs. Le rapport du CGEDD/CGAAER, prescrit qu’une analyse des difficultés de mise en œuvre des mesures de protection vienne « alimenter judicieusement » cet observatoire. 

Il souhaiterait donc savoir si cette recommandation sera suivie et si des recueils de données in situ seront intégrées dans cet observatoire.

BRACONNAGE : un ours retrouvé mort, tué par balles en Ariège

C’est par un tweet d’Elisabeth Borne, ministre de la transition écologique et solidaire, que nous avons appris la mort d’un nouvel ours dans les Pyrénées. Cette annonce intervient quelques semaines seulement après la découverte du corps de l’ours Cachou, retrouvé mort le 9 avril dernier dans la commune de Les, dans les Pyrénées espagnoles (Val d’Aran), et dont les résultats de l’autopsie n’ont pas été rendus publics. Alors que de nombreuses personnes considèrent que l’ours Cachou aurait pu être empoisonné, c’est donc maintenant en France qu’un ours est découvert mort, abattu par balles.

L’Etat et de nombreuses associations – dont AVES France – ont annoncé déposer plainte afin de retrouver les auteurs de cet acte de braconnage. Nous sommes scandalisés et particulièrement tristes de voir qu’une minorité violente et extrémiste, rejetant tout dialogue, se permet de tuer un ours, espèce protégée, considérant que la montagne leur appartient et qu’ils sont au-dessus des lois.

AVES France a toujours prôné la communication avec les éleveurs et c’est le sens de notre participation à un processus de dialogue qui s’est tenu en Ariège en 2017/2018. Nous restons convaincus que la cohabitation est possible, mais l’Etat doit envoyer un message fort et condamner fermement cet acte de braconnage. Les auteurs de ce crime doivent être traduits en justice et lourdement condamnés. On ne peut plus laisser des groupuscules armés faire la loi en Ariège. L’Ariège, c’est la France, pas le Far West ! 

Il est toujours bon de rappeler que l’ours est une espèce strictement protégée en France. L’Etat a évidemment sa part de responsabilité dans ces opérations de destruction. Rappelons que nos dirigeants autorisent sans aucun scrupule le massacre de nombreuses espèces protégées sur le territoire métropolitain (loups, choucas des tours, bouquetins, grand tétras…) et que les rapports entre le Président Macron et les dirigeants des chasseurs ont souvent été dénoncés, comme dans cet article de presse de février 2018 :

« La présence d’un président à Chambord pour le tableau de chasse est une première depuis quarante ans, se félicite Thierry Coste, conseiller du président sur la chasse et la ruralité. »

Depuis la campagne présidentielle, le natif d’Amiens prend grand soin de caresser les chasseurs dans le sens du poil. Le président de la République recevra d’ailleurs jeudi à l’Elysée le patron de la FNC (Fédération nationale des chasseurs), Willy Schraen.

Jeudi 4 juin 2020, le ministère de la transition écologique et solidaire publiait un communiqué annonçant que : “Pour accompagner la montée des troupeaux en estive dans le massif des Pyrénées, Elisabeth Borne, Ministre de la Transition écologique et solidaire, Didier Guillaume, Ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation, et Emmanuelle Wargon, Secrétaire d’Etat auprès de la Ministre de la Transition écologique et solidaire, renforcent les actions en faveur du pastoralisme, de la protection des troupeaux et de la connaissance de la population ursine. Ils se félicitent de l’avancée des consultations menées sous l’égide du préfet de la région Occitanie, coordonnateur de massif, et des travaux de mise à jour de la feuille de route « pastoralisme et ours » visant la cohabitation des activités de pastoralisme avec la présence d’une population d’ours.”

Le communiqué annonçait le déblocage de 500 000 euros supplémentaires destinés à la protection des troupeaux, notamment pour l’équipement de cabanes dans les estives, le renfort de bergers d’appui, ainsi que la mise en place de diagnostics pastoraux et d’analyses de vulnérabilité, la mise en place de mesures expérimentales d’effarouchement ou encore la mise en place d’un protocole dédié aux estives surprédatées en complément du protocole « ours à problème ».

L’Etat n’a toujours pas compris qu’ils n’achèteront pas la paix sociale à coups de millions !

Espérons que ce cas de braconnage incitera la ministre à enfin conditionner les aides octroyées aux éleveurs à la mise en place de moyens de protection des troupeaux. Trop longtemps on a cru acheter la paix sociale à coup de subventions. Les anti-ours les plus extrémistes se sont gavés d’argent public sans jamais évoluer sur la question. Il est temps de couper le robinet des subventions et de dénoncer publiquement les actes des petits barons anti-ours qui sèment le chaos dans les montagnes.

Parallèlement, il faut renouer le dialogue avec les éleveurs et les bergers qui se sentent abandonnés et méprisés. Chercher ensemble les solutions pour que l’ours et les hommes puissent réapprendre à vivre ensemble, dans un climat apaisé. Nous pouvons entendre la colère, la peur, le désespoir, mais rien ne peut justifier le braconnage ! Plusieurs pays européens ont su trouver des solutions pour faire baisser les prédations, mais rien ne sera possible sans dialogue ou en réclamant le retrait des ours. L’ours a sa place dans les Pyrénées. Le pastoralisme aussi. A nous collectivement de résoudre l’équation pour une cohabitation apaisée.

 

Consultation publique sur le projet d’arrêté relatif aux mesures d’effarouchement de l’ours brun dans les Pyrénées

Déjà en 2019, le Ministère de la Transition écologique et solidaire avait déposé un arrêté pour effaroucher les ours dans les Pyrénées, malgré l’avis défavorable du Conseil National pour la Protection de la Nature et celui de 95% des 1543 contributeurs à la consultation publique qui avait été réalisée.

Le Conseil National pour la Protection de la Nature s’oppose toujours au projet d’arrêté qui vient d’être mis à la consultation du public.

A nouveau, AVES France vous invite à exprimer votre opposition à ce projet d’arrêté qui n’a aucun sens et qui ne règlera pas les problèmes de cohabitation avec le monde de l’élevage.

Vous trouverez sur notre site dédié aux consultations publiques une liste d’arguments à reprendre afin de rédiger votre propre commentaire.

Suivez bien les instructions : votre message devra être posté sur le site du ministère. Vous trouverez le lien dans notre article.

-> https://www.consultationspubliques.aves.asso.fr/2020/04/30/consultation-publique-sur-le-projet-darrete-relatif-aux-mesures-deffarouchement-de-lours-brun-dans-les-pyrenees/

 

Notre contribution, postée le jeudi 30 avril 2020 : 

Madame la Ministre,

Au nom de l’association AVES France que je représente en qualité de Président, je tiens à m’opposer à votre projet d’arrêté relatif à la mise en place à titre expérimental de mesures d’effarouchement de l’ours brun dans les Pyrénées pour prévenir les dommages aux troupeaux.

Ce projet d’arrêté concerne la mise en place à titre expérimental de mesures d’effarouchement de l’ours brun dans les Pyrénées pour prévenir les dommages aux troupeaux. Or, cette expérimentation a déjà été mise en place l’an dernier et cet arrêté n’est que son prolongement, au motif que celle conduite en 2019 n’a pu produire d’effet en raison de sa trop faible période d’application, mais sans apporter de réponse au questionnement méthodologique.

Le conseil national de la protection de la nature a pourtant émis dès l’année dernière de nombreuses réserves sur votre projet, le sanctionnant d’un avis défavorable à l’unanimité. Cette année encore, le 30 mars 2020, la CNPN a émis un avis défavorable à l’unanimité (0 pour, 27 contre, 0 abstention) sur votre projet d’arrêté relatif à la mise en place à titre expérimental de mesures d’effarouchement de l’ours brun dans les Pyrénées.

En 2019, la consultation a été particulièrement suivie avec 1543 contributions dont 95% CONTRE cet arrêté. Vous voudrions croire que vous vous souciez réellement de l’avis des personnes qui prennent le temps de répondre à ces consultations du public et que vous tiendrez compte de leurs avis, mais également de celui du Conseil National de la Protection de la Nature.

Pour en revenir à l’arrêté pour lequel vous nous demandez notre avis, il précise en son article 1 qu’il ne s’applique pas aux mesures de conditionnement aversif qui peuvent être ordonnées par les préfets pour prévenir les dommages causés par un spécimen d’ours manifestant l’un des comportements suivants : absence persistante de fuite lors de rencontres avec l’homme ; attaques répétées d’un troupeau le jour malgré la présence du berger ; alimentation régulière à partir de nourriture d’origine humaine. Il n’a donc pas pour but de cibler les ours dits « à problèmes », mais bien des ours dont le comportement est parfaitement normal.

Pourtant, aucun bilan détaillé des prédations n’a été versé au dossier. Il n’est pas possible de savoir si les exploitations touchées étaient protégées, ni même si les dégâts ont été confirmés ou attribués au bénéfice du doute.

L’ours brun est toujours une espèce protégée en France, classée parmi les vertébrés menacés d’extinction et il est considéré comme une espèce en danger critique d’extinction sur la liste rouge française établie selon les critères de l’UICN. Son effarouchement constitue donc une dérogation à la protection de l’espèce au titre des articles L.411-1 et 2 du code de l’environnement et dans le cas précis, à l’interdiction de perturbation intentionnelle. Elle est donc liée au respect de trois conditions : ne pas nuire à la conservation de l’espèce, ne l’appliquer qu’en cas de dommages importants et s’il n’existe pas d’autre solution satisfaisante, trois conditions cumulatives qui ne sont toujours pas remplies.

Si une expérimentation doit-être limitée dans le temps, elle devrait être également limitée à un certain nombre d’estives et assortie d’un protocole expérimental bien cadré, ce qui n’est pas le cas ici. L’expérimentation ne prévoit pas d’étudier scientifiquement l’impact de cet effarouchement sur les ours et leur comportement. Le dérangement provoqué par ces méthodes d’effarouchement pourrait avoir pour conséquence une perte d’habitat considérable qui menacerait sa conservation des ours, mais pourrait également affecter d’autres espèces.

Les seuils de dommages déclenchant l’effarouchement sont extrêmement bas et ne peuvent être considérés comme des dommages importants : une attaque pour laquelle la responsabilité de l’ours ne peut être écartée, donnant lieu à au moins un animal indemnisable au titre de l’ours dans les douze derniers mois ou quatre attaques cumulées au cours des deux années précédentes. On peut aussi fortement s’interroger sur la possibilité de déclencher une opération d’effarouchement en raison de dommages, sans aucune preuve de la responsabilité de l’ours.

Certaines estives sont considérées par l’administration comme non protégeables, sans qu’il ne soit expliqué sur quels critères a été obtenue cette classification. La préservation de l’élevage de haute montagne ne peut pas se faire au détriment de la nature et des espèces sauvages.

Chez AVES France, nous pensons qu’il faut conditionner les activités humaines comme l’élevage, dans nos parcs régionaux ou nationaux, a un respect strict de la nature. Un cahier des charges mentionnant l’obligation de mettre en place des moyens de protection des troupeaux devrait être imposé en zone de présence des prédateurs.

Des solutions comme la présence de bergers, le regroupement nocturne des troupeaux et le soutien par des chiens de protection ont fait leurs preuves. Le dossier ne précise pas qui devra contrôler sur le terrain la mise en place effective et proportionnée de ces mesures, leur insuffisance éventuelle ou leur inefficacité, qui conditionnent pourtant la délivrance de la dérogation à la protection de l’ours.

D’autres pays ont fait le choix d’accompagner les éleveurs sur le terrain afin de réaliser des bilans de vulnérabilité et de trouver avec eux des solutions fiables pour protéger leurs troupeaux. C’est notamment le cas en Slovénie, qui a revu ses recommandations à la faveur de cette expérimentation :

Ours et loups : et si les prédations n’étaient pas une fatalité ?


Il conviendrait de réaliser ces mêmes recherches en France, et de se poser la question du maintien de certaines estives lorsque les éleveurs refusent de protéger leurs troupeaux, au détriment des espèces sauvages.

Cet arrêté va clairement à l’encontre des objectifs initiaux du plan ours. Son efficacité est contestable, voire dangereuse à terme pour la conservation de l’ours brun et plus généralement de la faune sauvage. Le but de cet arrêté semble être de vouloir chasser les ours des zones d’estive, y compris potentiellement dans un Parc National, alors qu’il est possible d’assurer la cohabitation de l’ours et du pastoralisme moyennant une bonne protection des troupeaux.

AVES France s’oppose donc à votre projet d’arrêté et pense qu’il va à l’encontre du message de respect de la nature qui devrait être tenu par le ministère de la transition écologique et solidaire, alors que nous déplorons chaque jour l’érosion de la biodiversité. Si nous comprenons l’importance de préserver certaines activités humaines, celles-ci doivent être strictement encadrées. L’ours est à sa place dans les Pyrénées. C’est à l’homme de s’adapter à sa présence et certainement pas l’inverse.

Le gouvernement français veut la peau du loup !

Après le désastreux plan loup 2018 – 2023, le ministère de la sixième extinction de masse, ne prenant toujours pas la pleine mesure de l’urgence écologique, que ce soit pour le climat pour pour la biodiversité, a donc décidé, avec la bénédiction du gouvernement actuel, de poursuivre tranquillement sa marche funèbre, ignorant aussi bien l’avis des scientifiques que celui des citoyens qui se sont exprimés lors de la dernière consultation publique.  Il est vrai qu’il est plus confortable de céder aux lobbies de la chasse et du monde agricole, et moins fatiguant, que d’avoir le courage de prendre des mesures fortes et radicales pour enrayer le désastre.

Ce nouvel arrêté permettra donc le massacre d’une centaine de loups, qui ont le tort, outre de manger quelques moutons, de ne pas savoir se tenir hors des Zones Non Protégeables, et de s’obstiner à occuper des territoires en zones zéro ! Pour les punir de cette outrecuidance, l’arrêté stipule que “Une fois atteint le plafond, l’utilisation de dispositifs de repérage utilisant la technologie d’amplification de lumière ou la détection thermique sera réservée au cercle 0 et les zones difficilement protégeables”.

On imagine sans peine qu’après la brigade loup, la technologie la plus moderne sera utilisée dans le but d’éradiquer plus ou moins complètement une espèce “strictement protégée”, comme le rappelle les contributeurs de l’arrêté dans un accès d’humour noir…

Donc, plus sérieusement, si nous résumons la politique du gouvernement dans le dossier loup, on constate qu’il n’y a aucune volonté de promouvoir la cohabitation entre loups et éleveurs. La priorité est donnée aux tirs, donc à une réduction de l’espèce, et le financement nécessaire à la mise en place de moyens d’éradication et celui qui manquera indéniablement pour améliorer les moyens de protection existants et innover dans la recherche. Avec les années, il a été clairement démontré que les tirs sur les loups n’avaient pas d’effets bénéfiques sur la protection des troupeaux, aussi nous ne comprenons pas pourquoi le gouvernement s’entête à répéter les mêmes erreurs au mépris des avis éclairés de nombreux scientifiques et divers organismes.

Au final, quelles solutions s’offrent aux amis des loups pour faire entendre leurs voix ? Pour le monde associatif, des recours juridiques sont déposés ou en cours d’examen, à plusieurs niveaux. Chez AVES France, nous sommes convaincus que la cohabitation est possible, même si elle nécessite des moyens. Le gouvernement doit financer ces méthodes de protection des troupeaux en zone de présence du loup, et contraindre les éleveurs à les mettre en place. Chaque exploitation subissant une attaque doit pouvoir bénéficier d’une expertise pour mettre en place les moyens de protection les plus adaptés, et d’un suivi pour s’assurer de son efficacité. Il n’est plus tolérable de devoir choisir entre le loup (animal sauvage protégé) et l’élevage d’animaux domestiques. Pour AVES France, il faut mettre un terme à cette politique d’abattage massif de loups, sans quoi les citoyens devront arrêter de consommer de la viande et des produits laitiers des régions concernées, seule arme dont ils pourront disposer pour faire entendre leur opposition à l’abattage de loups. Les consomm’acteurs peuvent devenir un rempart efficace contre ce massacre organisé par l’Etat. Nous ne parlons pas de privilégier l’élevage intensif, non, au contraire. Nous évoquons la possibilité de préserver à la fois les écosystèmes, mis à mal par les troupeaux d’animaux domestiques non gardés dans les milieux fragiles, mais aussi le monde animal, que ce soit les moutons, les vaches ou autres candidats à l’enfer des abattoirs, ou les loups, prédateurs naturels et garants d’un équilibre de la faune sauvage.

La conservation du loup en plaine lorraine

Depuis son retour en Lorraine, le Loup dit de la plaine, spontanément installé dans la plaine lorraine aux frontières des Vosges, de la Meurthe-et-Moselle et de la Meuse ne semble pas être bienvenu dans notre région. La presse régionale se fait l’écho des attaques aux troupeaux de moutons et des difficultés des éleveurs à survivre face à cette menace. Les pouvoirs publics et les médias présentent ce loup comme “anormal”, du fait de ses attaques et des dégâts qu’il commet.

Pourtant, à notre connaissance, aucune étude scientifique n’a été menée pour comprendre le comportement prédateur de cet animal et en limiter les effets. Ce loup évolue dans un contexte particulier (milieu de plaine, grandes forêts giboyeuses, divers dérangements de la faune, …), et fait face à multitude de troupeaux de moutons, allant d’une dizaine de têtes à plusieurs centaines. Ces caractéristiques ne se rencontrent pas dans d’autres secteurs habités par les loups en France.

En Lorraine, la pratique d’un élevage ovin extensif participe à l’ouverture des paysages et donc à l’expression d’une biodiversité particulièrement riche. L’objectif est donc bien de permettre la coexistence du prédateur et de l’élevage ovin dans notre région. Toutefois, de nombreuses observations montrent que l’usage de clôtures et de pratiques d’élevage adaptées, empêchent ou réduisent de façon drastique les attaques (et à l’inverse que les attaques se produisent sur des troupeaux mal protégés).

Le Loup, est une espèce protégée par la Convention de Berne (1979) et par la directive européenne relative à la conservation des habitats naturels (1992). Ces deux textes interdisent toute forme de “mise à mort intentionnelle” du Loup. Néanmoins, la réglementation prévoit la possibilité de déroger dans le cadre de la prévention de dommages importants au bétail, si et seulement s’il n’existe pas d’autre(s) solution(s) satisfaisante(s), et que la dérogation ne nuit pas à la survie de la population concernée. Des solutions sont présentées au sein du Plan National d’Actions 2018-2023, notamment la mise en place de mesures de protection par les éleveurs. Ces mesures conditionnent notamment les aides de l’État et les autorisations de tirs si des attaques se produisent en dépit des protections.

Pourtant, l’État prépare un arrêté permettant le tir d’élimination de ce loup, en dépit du travail conduit sur le terrain par des éleveurs et par des associations de protection de la nature pour permettre une cohabitation pacifique du loup et de l’élevage ovin.

Le retour du Loup est le symbole de la restauration de la biodiversité dans notre région. Pour les associations signataires, il n’est pas question de laisser détruire cet animal. Ces associations appellent donc tous les défenseurs de la biodiversité à les rejoindre pour s’opposer à cette destruction. Les personnes qui partagent ces vues et souhaitent que l’histoire du loup et de l’élevage continue à s’écrire, sont invitées à rejoindre les associations signataires ou à participer aux actions qui sont lancées sur les sites web et les réseaux sociaux.