Puma du Zoo Faron : pourquoi AVES France s’oppose à son placement chez Jacky Muller ?

Vous êtes nombreux à vous être émus de l’histoire de Jacky et de son puma, largement relayée dans la presse ces derniers mois. De nombreux médias nous ont d’ailleurs contacté à ce sujet, mais rares sont ceux qui ont pris la peine de relayer notre point de vue. Il est vrai que le public aime qu’on lui raconte de belles histoires…

D’ailleurs, même parmi nos membres, certains nous ont demandé de relayer la pétition pour venir en aide à Jacky Muller, car « son puma risquait de mourir ». Une nouvelle fois nous réitérons notre opposition au placement de ce puma chez monsieur Muller et apportons notre soutien aux agents de la DDPP du Var et du Calvados, très sollicités par cette affaire.

Le Faron : un zoo ou un centre de reproduction ?

Vous le savez, le zoo du Faron n’est pas un établissement que nous portons dans notre coeur. C’est une petite structure privée dans laquelle nous estimons que les animaux sont trop nombreux par rapport à l’espace que la direction peut leur offrir. Chaque année, nous recevons des témoignages de visiteurs horrifiés que cette structure puisse encore exister, ce que nous ne pouvons que déplorer. Il suffit d’ailleurs d’aller mesurer sa côte de popularité sur TripAdvisor pour s’en rendre compte, puisque près de 74% des voyageurs lui ont décerné une note entre moyen, médiocre et horrible !

Pour répondre à nos critiques sur l’état général du zoo, les comportements stéréotypés de certains animaux, les cages vétustes et sans embellissement, le zoo du Faron a choisi de jouer sur les mots : le zoo du Faron n’est plus un zoo, mais un « centre de préservation de fauves » ! La belle aubaine ! Cela permet de balayer toutes les critiques puisque les enclos minuscules deviennent un avantage pour mieux surveiller les animaux. Aux centaines de photos postées par nos militants et aux vidéos montrant des animaux tournant en boucle dans leurs enclos, le zoo a répondu avec une vidéo rythmée et en plan serrés où l’on devine la joie des animaux à vivre au Faron. D’ailleurs, on y voit aussi quelqu’un câliner un tigre, une autre personne nourrir à la main des ratons-laveurs, un maki catta et même des hyènes… jusqu’à l’image finale de la vidéo où on voit un petit félin boire au biberon ! Curieuses méthodes pour une fauverie qui dit préserver des espèces menacées.

Sur le site internet du zoo, on peut lire combien la vie des fauves dans la nature est compliquée et que

« La Fauverie du Mont-Faron œuvre à la limitation de ces pertes naturelles ou dues aux humains.
Que ce soit par accouplement naturel, pour les bébés nés à la Fauverie du Faron, ou par insémination artificielle d’individus en milieu originel, ils bénéficient de soins appropriés permettant d’avoir le maximum de réussite au service de la conservation de toutes ces espèces en tragique voie d’extinction.
Les individus captifs sont actuellement indispensables pour permettre via leur descendance, de repeupler par réintroduction les milieux naturels enfin protégés où dramatiquement, les populations naturelles ont été trop affaiblies pour assurer leur pérennité.
La finalité serait de ne plus avoir besoin de parc zoologique… mais pour l’instant ceci reste reste un idéal utopique. »

Jolie mélodie, n’est-ce pas ? Ne vous y trompez pas ! Les animaux qui font des câlins à leurs dresseurs ne retrouveront jamais leur milieu sauvage, et c’est bien là que l’argumentaire du zoo en prend un coup ! Les animaux reproduits ont plus de risques de fournir les cirques que de se retrouver un jour dans la nature, d’autant plus que le zoo ne participe plus aux grands programmes d’élevage habituellement en place dans les parcs zoologiques qui se respectent (EEP).

Comment Jacky Muller est-il devenu « indispensable » au puma ?

Revenons à notre histoire de puma. Jacky Muller était en stage au zoo du Mont Faron en mai 2012 quand quatre pumas sont nés. L’un meurt, un autre est chétif et rejeté par sa mère. La nature est parfois cruelle. Jacky Muller se lie d’affection pour le bébé puma qu’il nourrit au biberon. « Je lui ai sauvé la vie, je suis sa mère d’adoption » témoignera-t-il à des journalistes.

En juillet 2012, monsieur Muller remet un document signé au zoo du Faron attestant sur l’honneur qu’il a toutes les autorisations requises pour élever l’animal en captivité. Bien sûr, c’est faux et le zoo ne procède à aucune vérification avant de lui céder l’animal ! IN-CRO-YABLE mais vrai ! Jacky Muller quitte le Var et retourne dans le Calvados avec son puma, puis dépose en octobre 2012 un dossier à la DDPP du Calvados pour régulariser sa situation… mais sans préciser que l’animal est déjà en sa possession ! Ce n’est qu’en juin 2013, lors d’une inspection, que la DDPP du Calvados constate que Jacky Muller vit avec son puma. Monsieur Muller est alors verbalisé et prié de se mettre rapidement en conformité.

Avis défavorable de la CDNPS, recours, pétitions et grève de la faim.

En février 2014, la commission départementale de la nature, des paysages et des sites du Calvados rejette la demande d’attribution du certificat de capacité à monsieur Muller pour « déni de la dangerosité réelle du puma, relation fusionnelle inadaptée et dangereuse à terme, aucun matériel de capture, défauts de soins vétérinaires, régime alimentaire inadapté pour garantir une bonne santé à l’animal à terme, fragilité psychologique de monsieur Muller. » Ce refus lui est notifié par arrêté préfectoral et un autre arrêté lui impose de fermer son établissement non autorisé et de placer son puma dans un établissement possédant toutes les autorisations légales. Seul le zoo du Faron accepte de reprendre le puma. Mai 2014 : retour dans le Var. Jacky Muller va se former auprès du capacitaire du zoo du Faron avec l’espoir d’obtenir son certificat de capacité dans le Var, mais la CDNPS du Var confirme les conclusions de la CDNPS du Calvados et rejette sa demande, refus qui lui a été notifié en septembre 2016.

Les médias se saisissent de cette histoire sans chercher à comprendre les conclusions des autorités, présentant cette affaire comme une histoire d’amour entre un homme et un félin, contrariée par une administration sans coeur. Plus de 27.000 personnes signent une pétition pour appuyer les demandes de monsieur Muller, qui se lance dans une grève de la faim lui assurant une belle couverture médiatique. Des lettres sont envoyées aux préfets et même au Président de la République, mais heureusement, les services de l’Etat jouent leur rôle et refusent de céder à la pression.

Cette affaire, qui paraît si simple, pose pourtant de nombreuses questions : 

  • comment un particulier sans aucune formation a-t-il pu se retrouver chez lui avec un puma ?
  • est-ce le rôle d’un zoo qui se targue de participer à la conservation des fauves de céder ses animaux à des cirques ou à des particuliers ?
  • pourquoi personne ne s’étonne que les animaux de ce zoo soient à ce point imprégnés par les hommes ?
  • doit-on autoriser n’importe qui à posséder des animaux sauvages et potentiellement dangereux ?

Enfin, dans vos lettres, vous êtes nombreux à dire que si on sépare monsieur Muller de son puma, l’animal se laissera mourir. Sur ce point, la préfecture a souhaité apporter cette réponse :

« Un puma imprégné depuis son plus jeune âge, comme celui de monsieur MULLER, s’identifie à l’homme car il n’a malheureusement pas été élevé par sa mère. Il ne connaît donc pas ses congénères. Ainsi il s’identifie à l’humain mais pas à une personne en particulier. C’est pourquoi ce puma ne souffrira pas de vivre dans une structure zoologique, même en l’absence de monsieur MULLER, car il sera vu tous les jours par des soigneurs animaliers compétents qui connaissent bien ses besoins : nourriture, comportement de l’animal, mise à disposition d’un enclos enrichi (nourriture variée d’un jour à l’autre, distribuée à des endroits et à des horaires différents,…) pour tromper son ennui en captivité. »

Voici ce que nous pouvons dire sur cette affaire, afin d’être complets et d’exprimer clairement nos positions. Nous soutenons la DDPP qui propose un placement dans un nouvel établissement (donc ni au zoo du Faron, ni chez M. MULLER), où le puma pourra subir une désimprégnation que nous souhaitons efficace.

 

Photo de couverture : « Capture d’écran d’une recherche Google images sur Jacky Muller et son puma ». 

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4 Comments

  1. Ok je suis plus ou moins en accord avec votre article mais quelques questions subsistent pour moi.
    – Un puma est-il possiblement plus dangereux qu’un sanglier (entre autre espèce sauvage) ? Puisqu’il est établi que des particuliers sans aucune formation ont eu l’autorisation de les garder chez eux avec des structures adaptées.
    -peut-on reprocher à Mr Muller d’avoir caché la présence de Shanou lors de sa 1ère demande quand on sait comment certains animaux sauvages finissent (euthanasie par exemple, ou placement comme c’est le cas ici dans des structures complètement inadaptées) ?
    – Mr Muller a-t’il été suivi par un expert psychologue afin de pouvoir affirmer de sa soi-disant faiblesse psychologique ? Parce que personnellement aimer son animal comme un enfant ne fait pas d’un être humain une personne instable psychologiquement ou inconsciente du potentiel danger que représente un animal…
    – a-t’on des preuves formelles et visibles dès manquements de Mr Muller quant aux soins vétérinaires et à la nourriture inadaptée ?
    -quand à la réponse de la préfecture, la personne a-t’elle pris la peine d’aller observer Shanou au zoo ? Parce que le peu de vidéos et photos fournies par Mr Muller montrent bien un animal stressé par l’enfermement et à l’heure actuelle il montre tout de même des signes d’auto-mutilation…
    Merci d’avance de bien vouloir m’éclairer sur ces faits.

    • Bonjour madame.

      Je suis étonné par certaines questions et notamment par la première : un puma est-il potentiellement plus dangereux qu’un sanglier. D’abord je ne suis pas d’accord pour qu’un sanglier soit maintenu en captivité chez un particulier, mais dans le cas présent, on parle quand même d’un puma ! Les agents de la DDPP du Var et du Calvados ont auditionné M. Muller qui semble ne pas vouloir comprendre que le puma est un animal Sauvage et possiblement dangereux pour l’homme. On voit sur les photos qu’effectivement ce puma a un comportement complètement inadapté à cause de l’imprégnation humaine, mais c’est justement la raison pour laquelle il faut le placer dans une structure adaptée.

      Dans de nombreux articles, monsieur Muller a été présenté comme sans ressources et même sans domicile. Les vétérinaires qui ont effectué les contrôles l’ont questionné et ont rapporté que le puma n’était pas nourri convenablement et qu’il y avait un défaut de soins vétérinaires. Personnellement je les crois. Un puma n’a rien à faire chez un particulier. L’entretien d’un tel animal n’a rien à voir avec celui d’un chien ou d’un chat, soyons sérieux.

      Pour l’avis psychologique, je rappelle que monsieur Muller a déposé ses demandes dans deux régions et que les agents sont arrivés aux mêmes conclusions. Nous avons souvent critiqué des décisions des DDPP que nous trouvions laxistes, mais dans ce cas particulier leur décision nous paraît justifiée.

      J’ai du mal à comprendre que des militants puissent trouver normal qu’un zoo fasse reproduire des animaux pour les confier à des particuliers. C’est du trafic. Si la préfecture cède sous la pression populaire, plus rien n’empêchera le grand public d’avoir des animaux exotiques chez eux. Est-ce le message qu’on veut adresser ? Demain on trouvera des ours, des lions et des pumas dans les jardins parce que des gens se seront attachés à eux ?

      Je suis convaincu que ce serait dramatique et c’est la raison pour laquelle je soutiens la décision des DDPP du Var et du Calvados. Ça me choque de voir monsieur Muller câliner un puma avec la bénédiction du zoo qui lui a confié. Ça me choque encore plus de savoir qu’il a pu amener cet animal chez lui sans aucune autorisation et sans présenter aucun document officiel au zoo du Faron.

      • Bonjour Monsieur,

        Étant totalement contre les zoos je vous rejoins sur le fait qu’il soit inadmissible de la part d’un zoo, censé préserver des espèces de les faire reproduire et de les donner à des particuliers, mais dans ce cas précis on ne peut considérer Mr Muller comme un simple particulier puisqu’il a suivi une formation dans ce zoo d’une part, ensuite maintenant le mal est fait, Shanou et Jack sont liés et personne ne pourra défaire ce lien affectif.

        J’ai volontairement pris l’exemple du sanglier car, et encore une fois même si je suis contre, c’est malheureusement un fait avéré, des particuliers ont obtenu les autorisations pour détenir des sangliers, il ne faut pas oublier que , contrairement à ce que voudrait nous faire croire cet article, n’importe quel animal imprégné de l’homme tisse avec lui des liens affectifs et indéfectibles, car même restitué à l’état sauvage l’animal conservera ce lien, ce qui est d’autant plus dangereux pour lui puisque rendu à l’état sauvage il n’aura plus peur de l’homme, alors au final quelle est la meilleure solution, conserver Shanou dans un zoo ou il se laissera mourir, le rendre à la nature où là aussi il est voué à une mort certaine ou le laisser vivre avec celui qu’il considère comme sa mère en faisant une entorse à la règle ?
        Personnellement pour moi le choix est vite fait surtout quand on constate l’état actuel de Shanou (stress de l’enfermement et automutilation).

        Et quand vous parlez de captivité est-ce mieux pour vous que ces animaux soient exposés dans des zoos ou des cirques ?
        Je suis désolée mais à un moment donné il faut se rendre à l’évidence l’humain a domestiqué l’animal et quoiqu’on puisse en penser l’animal s’adapte.
        Est-ce mieux d’enfermer des lapins, des oiseaux, des reptiles etc dans des cages ou des terrariums ? Je ne pense pas non, pourtant ça ne choque personne, alors qu’à la base eux aussi sont des animaux sauvages ne l’oublions pas.

        N’oublions pas non plus pourquoi Mr Muller se retrouve sans revenus et sans domicile fixe… vous semblez oublier qu’il a tout quitté pour suivre Shanou.
        Quand aux accusations concernant la malnutrition et le manque de soins vétérinaires j’aimerais vraiment qu’on nous apporte des preuves parce que mis à part à l’heure actuelle et suite à son enfermement, Shanou n’avait pas l’air maigre ou en mauvaise santé à son arrivée au zoo, c’est toujours facile de manipuler l’opinion publique sous prétexte d’être une structure dépendante de l’état, qui plus est provenant des mêmes structures qui laissent massacrer des loups vous me permettrez de douter de leurs dires.

        Pour le reste je me permets de vous citer: « Pour l’avis psychologique, je rappelle que monsieur Muller a déposé ses demandes dans deux régions et que les agents sont arrivés aux mêmes conclusions. »
        Et donc vous voudriez nous faire croire que le fait que Mr Muller ai déposé 2 demandes dans 2 régions, je le rappelle celle où il vivait et celle où se trouve Shanou permet d’affirmer que Mr Muller a des troubles psychologiques… dites-moi j’espère que c’est une blague… ou alors il va falloir interner un bon nombre de personnes en France si on se base sur si peu…

        En attendant reparlons des soins vétérinaires… pouvez-vous me dire qui à l’heure actuelle se charge de soigner Shanou de ses plaies liées à l’automutilation ? Et bien je vais vous le dire, personne, n’est-ce pas inadmissible pour une structure telle qu’un zoo ?
        Pire même on refuse à Mr Muller de lui prodiguer des soins alors qu’on l’autorise à nourrir Shanou, pouvez-vous m’expliquer ça ?
        Parce qu’en attendant nous n’avons aucune preuve que Shanou était mal entretenu chez Mr Muller par contre là nous avons des preuves qu’il n’est pas soigné dans ce zoo mais apparemment ça ne semble déranger personne…

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