Eloge des mangeurs d’hommes (Yves Paccalet)

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Dans la même lignée que « Quand l’humanité disparaîtra, bon débarras ! », voici un essai rafraichissant et indispensable, saupoudré d’une bonne pincée d’humour noir et écrit d’une plume convaincue et intelligente.

Un mot d’abord, savez-vous que nous ne sommes pas si appétissants que cela? La chair humaine n’a pas bon goût pour les autres carnivores, et oui… Nous sommes bourrés de produits chimiques, notre chair est fibreuse, trop grasse, elle ne sent même pas bon, beurk ! De quoi dégoûter les autres prédateurs, lions, requins, loups, pumas, crocodiles et j’en passe. D’ailleurs, si on examine le dossier d’un plus près, force est de constater que nous ne figurons pas souvent au menu des autres espèces. Nous sommes le repas le plus dédaigné. Un prédateur choisira de nous manger parce qu’on offre moins de résistance qu’une autre proie, ce qui est bien pratique pour ledit prédateur, trop vieux ou trop malade pour croquer autre chose. Un autre nous attaquera parce que nous aurons constitué un danger pour lui ou sa progéniture. Mais pour une attaque d’ours sur l’humain, combien de ces plantigrades tués par l’homme ?

Comme le souligne plaisamment l’auteur, et parmi d’autres exemples, « le requin n’attaque que très rarement notre Grandiose Suffisance». Mais les légendes sont tenaces et notre imaginaire collectif se plait à considérer tous les prédateurs de la planète comme autant de dangers pour l’homme. Une attaque de requin va traumatiser la population bien plus efficacement qu’un carambolage sur l’autoroute, relégué dans les oubliettes de la mémoire au bout d’une semaine !

La pollution de l’air : 7 millions de morts par an. Le tabac : 6 millions. Les accidents de la route : 1,3 millions. Les guerres : de 450 000 à 500 000. Les crimes de sang : 200 000. Les requins : 10.

En quelques portraits, notamment le requin, le loup, l’ours, Paccalet rétablit certaines vérités, rappelle que les solutions pour se protéger existent, et que les attaques d’animaux, ramenées à leurs justes proportions, ne sont que broutilles. Personne ne dit que ces animaux ne sont pas dangereux. mais l’homme est le plus dangereux de tous. Nous nous tuons entre nous de manière bien plus efficace, et par divers moyens.

Et nous ne faisons pas partie des espèces en voie de disparition. Les prédateurs le sont. Par notre faute.

Notre comportement vis à vis des autres espèces, et de nos concurrents en particulier, est révélateur de notre nature profonde.

Les plus misérables humains et les animaux les plus maltraités ou les plus menacés partagent les mêmes souffrances. On les spolie. On les vole. On les bannit du territoire de leurs ancêtres. Ce sont les exilés, les réprouvés, les torturés, les fusillés, les ensevelis. Ce sont les damnés de la Terre…

Un essai qui remet l’homme à sa juste place et qui invite à réfléchir sur ce futur que nous préparons, pas seulement pour nous, mais pour les autres créatures avec lesquelles nous cohabitons sur notre pauvre planète.

Posted in Chronique littéraire.

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