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  • Sylvie CARDONA

    Vice-Présidente et Co-Fondatrice d’AVES FRANCE

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Accueil du site / Nos articles / News France / L’ours des Pyrénées / L’ours est-il encore sauvage ?

L’ours brun, tout au moins dans le sud de l’Europe, est-il encore sauvage ? C’est la question que l’on pourrait se poser après la mort d’une ourse en Italie. L’animal s’est noyé dans un lac après avoir reçu une dose d’anesthésiant.

C’est probablement la soeur de l’ours "JJ3" qui s’est noyée dans un lac après avoir été anesthésiée (à l’aide de fléchettes) par des gardes-chasses. Cela reste à vérifier néanmoins. L’ourse se nourrissait dans les poubelles d’un hôtel quand elle a été repérée par les deux gardes. Apparemment, les autorités voulaient l’anesthésier pour pouvoir lui poser un collier émetteur ; la suivre à la trace...

La pauvre ourse n’a vraiment pas eu de chance. Sa mère a été placée d’office dans un parc pour cause de troubles du comportement, son frère JJ3 a été abattu en avril dernier, et son autre frère Bruno, souvenez-vous, ayant eu le malheur et l’idée saugrenue de pointer le bout de son museau en Bavière, a également été abattu en 2006.

La seule petite bonne nouvelle dans ce monde de fous, c’est l’installation de poubelles anti-ours dans le canton des Grisons et en Italie au cours des mois de mai et juin. Réalisées par l’entreprise Brüco Swiss, les poubelles anti-ours font partie d’une série de mesures proposées par le WWF pour améliorer la cohabitation entre les ours bruns et la population locale. Il a fallu attendre la mort de deux ours pour que les autorités acceptent de mettre en place ces mesures que nos amis Québecois mettent en pratique depuis longtemps.

Je ne peux m’empêcher d’établir un parallèle avec nos ours pyrénéens. Des hordes d’opposants hystériques avaient exigé le retrait de Franska à l’époque de ses "méfaits". Et dernièrement, Balou a suscité certaines inquiétudes en raison de son collier émetteur devenu trop petit et qui menaçait de l’étouffer.

En effet, le suivi quotidien du déplacement des ours est-il une bonne chose ? Notre société ne semble tolérer la vie sauvage et les grands prédateurs en particulier que si ces derniers restent sous contrôle.

Les ours pyrénéens sont suivis, épiés et jusqu’à une époque très récente, leurs déplacements étaient consultables par tous, jusqu’à ce que les débordements des anti-ours n’obligent les équipes techniques à garder un prudent silence. Le revers de la médaille sans doute...

C’est donc là la nature qu’on nous propose. Et voilà les conséquences qui en découlent... Triste vision du monde sauvage et de la biodiversité.

Il est tentant d’établir une gestion - et une pression - encadrée des grands prédateurs : tel animal est-il loin de son territoire habituel ? Hop, une fléchette tranquillisante et on le ramène sur son domaine. Tel autre se rapproche un peu trop des habitations humaines ? Même remède... et enfin, si le prédateur s’entête, on finit par le tirer sans autre forme de procès. Mais que doit faire un ours lorsque, dans la zone où est censé déambuler tranquillement, la nourriture est rare ? Faute de fruits qu’il affectionne, dérangé par les activités de loisirs, chassé des zones à moutons et rabattu vers des zones plus dangereuses pour lui, l’ours risque fatalement sa vie.

Ne serait- ce pas plutôt à nous de lui offrir une chance de vivre en paix ?

Les poubelles anti-ours, oui, les moyens de protection pour les troupeaux, les chiens patous, mais aussi des zones où il peut vivre sa vie d’ours à l’abri des hommes. Pas de battues aux sangliers (on a vu le résultat...), pas de forêt aménagée par l’ONF, pas de piste de ski à proximité, pas de championnats de quads et de moto-cross pour les amateurs du dimanche, juste des zones intégrales de protection où il pourrait avoir la paix...