
Les "biocarburants" ou "agrocarburants" sont considérés comme une alternative sérieuse et profitable aux énergies fossiles, et plus particulièrement dans le contexte actuel de réchauffement climatique.
Il y a quelques jours, nous avons publié une brève qui annonçait la fin des avantages fiscaux consentis aux biocarburants, prévue pour 2012 dans le projet de budget 2009, et confirmée par la commission des Finances de l’Assemblée Nationale. Mais voici de quoi doucher notre enthousiasme...
Définir des critères durables pour les agrocarburants, une façon de se donner bonne conscience mais qui ne résout en rien les problèmes de la planète...
Les Européens, Allemagne, Danemark et Royaume-Uni en tête commencent à se poser des questions sur l’utilité réelle des agrocarburants.Les Américains, obsédés par la question de leur indépendance énergétique, ont décidé de miser sur le bioéthanol quoi qu’il puisse leur en coûter...
Il y a eu le Grenelle à Paris, il y a eu la conférence de Bali et puis ? Et puis rien. Une fois de plus beaucoup de blabla, de tensions, de compromis pour aboutir à un résultat médiocre, pas d’objectifs chiffrés et un calendrier pour d’autres discussions, blabla, tensions... Certaines associations, et nous le déplorons, se sont félicitées de l’avancée obtenue à Bali (je cherche encore de quelle avancée il s’agit, le ralliement des Etats-Unis peut-être ?), les mêmes probablement qui ont chaudement salué la fin du Grenelle (l’après-Grenelle mérite bien un article à part entière tant les perspectives sont réjouissantes : dates de chasse, projets autoroutiers, biodiversité, OGM j’en passe et des meilleures, je m’y attellerai bientôt, c’est promis). Je note que pour Bali, Nicolas Hulot n’a pas décerné de 18 sur 20...
Dans mon précédent article, j’évoquais les réticences de la FAO, cette vénérable institution qui est habituellement plutôt favorable au monde agricole, qui à travers un rapport prévenait que « le développement des biocarburants pourrait faire monter les prix des denrées agricoles de base sur les dix prochaines années ». C’est au tour de l’OCDE - l’Organisation de coopération et de développement économiques - de faire la grimace et d’annoncer dans son rapport du mois de septembre dernier que la conversion des terres destinées à nourrir les hommes en terres destinées (condamnées ?) à produire les agrocarburants (et donc d’un point vue strictement énergétique) influencera fatalement le cours des produits alimentaires, comprenons par là, induira des désordres économiques tels que la famine et donc le chaos ne tarderont pas à prendre des proportions démesurées sur l’ensemble de la planète, de sorte qu’il vaudrait mieux ne pas subventionner ces agrocarburants.
Rappelons les objectifs du gouvernement français : introduire d’ici 2010 7% d’agrocarburants, soit un objectif plus ambitieux que celui demandé par l’UE, à savoir 5.75% pour 2010. Pour obtenir ce résultat, il faudrait consacrer aux agrocarburants environ 10% des superficies cultivables. Cette superficie est insuffisante pour couvrir ne serait-ce que la moitié des besoins des véhicules en France. Il faudra donc aller s’approvisionner en Asie principalement, ou en Amérique du sud. En clair, pour nourrir nos machines, nous devrons affamer les populations des pays du Sud. Un récent rapport de la FAO prévient que « le développement des biocarburants pourrait faire monter les prix des denrées agricoles de base sur les dix prochaines années ».
Depuis quelques temps déjà on nous vante les mérites des agrocarburants, appelés aussi biocarburants, censés apporter une solution au réchauffement climatique en remplaçant les carburants d’origine fossile. Hélas, ce qui en apparence, pourrait constituer une voie de secours à nos problèmes énergétiques, est en réalité une menace supplémentaire pour la planète.
Les modes de production et de consommation des biocarburants ont déjà des effets négatifs sur la sécurité alimentaire, les moyens de subsistance en milieu rural, les forêts et d’autres écosystèmes, et l’on prévoit que ces impacts négatifs vont s’accumuler rapidement. La production à grande échelle de biocarburants pour l’exportation exige de grandes plantations d’arbres, de canne à sucre, de maïs, de palmier à huile, de soja et d’autres produits en régime de monoculture. Or, ces plantations sont déjà la cause numéro un de l’exode rural et de la déforestation dans le monde entier.