AVES FRANCE Junior

Dossier : le loup en France

dimanche 22 février 2009 par Sylvie CARDONA

Ce dossier constitue une première approche sur la situation du loup en France. Il permet de redonner sa véritable dimension à l’animal, celle d’un simple prédateur sauvage qui doit cesser d’être considéré comme une bête malfaisante à qui la tradition populaire continue d’attribuer un grand nombre de méfaits, le plus souvent imaginaires et mensongers. Ni symbole ni mythe, le loup ne demande qu’à vivre tranquillement dans la nature...

Le retour du loup

C’est au début des années 1930 que loup a officiellement disparu (source : J.M. Landry). En 1923, il n’occupait plus que 1% de sa répartition originelle et puis juste avant la seconde guerre mondiale plus personne ne parvient à l’observer. Mais le loup n’a jamais disparu d’Italie même si la population avait fortement décliné. C’est en 1992 que le loup fait sa réapparition en France dans le parc national du Mercantour (du moins officiellement car quelques années auparavant quelques loups auraient été aperçus sur notre pays mais sans qu’ils se soient établis sur un territoire).

4 facteurs permettent d’expliquer son retour :
- la forêt s’est considérablement étendue
- la faune sauvage a augmenté, en tout cas les animaux pouvant servir de proies aux loups
- la désertification rurale
- la protection juridique des loups (des textes législatifs interdisent la chasse au loup)

Le loup est un animal protégé :

Le loup est protégé par la Convention de Berne de 1979 applicable en droit français, inscrit aux annexes II et IV de la directive européenne « habitats ». L’arrêté ministériel du 17 avril 1981 modifié par l’arrêté du 23 avril 2007.

Le Muséum national d’histoire naturelle et le comité français de l’Union internationale de conservation de la nature (UICN) ont établi la Liste Rouge des mammifères menacée en France. Le loup y est classé « Vulnérable ».

Le loup et la biodiversité

Dans les milieux naturels où l’homme est peu présent, le loup chasse en majorité des ongulés sauvages : sangliers, chevreuils, cerfs, chamois, ou encore mouflons. Il est fréquent d’entendre ici et là les chasseurs affirmer que le loup est responsable de la diminution du gibier. Les éleveurs ne sont les seuls à s’opposer au retour de canis lupus dans notre pays. Les chasseurs se posent volontiers en « gestionnaires » de la nature. En réalité, ce « loisir » est farouchement défendu par des individus qui n’entendent pas tolérer d’autres concurrents, c’est à dire le loup. Pourtant, il suffit de lire les documents de l’ONCFS pour constater que les plans de chasse des grands ongulés ne sont nullement menacés. (voir la lettre d’information n° 13 de janvier 2009 du réseau ongulés sauvages).

Le loup est compatible avec le pastoralisme

Le monde agricole rencontre des difficultés certaines et particulièrement les éleveurs. Cependant, nous ne pouvons tolérer que les grands prédateurs deviennent les boucs émissaires de ces professions en crise.

Rappelons que les dégâts sur les troupeaux attribués chaque année aux ours, aux loups ou aux lynx ne représentent qu’une infime minorité des pertes (attaques de chiens errants, maladies, dérochements dus aux orages...). Ces pertes pourraient d’ailleurs pour la majorité être évitées en mettant en place des moyens de protection adaptés, et presque toujours subventionnés par l’Etat.

Les moyens de protection et indemnisations :

Nous sommes favorables à l’instauration d’un contrat entre les éleveurs et l’Etat, qui permettrait une prise en charge complète des moyens de prévention lesquels, correctement appliqués, réduiraient les dégâts commis par les prédateurs sur le cheptel domestique.

En cas d’attaque sur un troupeau, l’indemnisation serait conditionnée par la présence de ces moyens de prévention. Cela permettrait à la fois d’inciter les éleveurs les plus récalcitrants à s’équiper mais aussi de travailler sur l’amélioration de ces systèmes de protection en cas d’attaque.

Aujourd’hui, éleveurs et bergers ont le choix : chiens de protection, aide-bergers, systèmes d’effarouchement, parcs de contention...

Le loup et l’homme

C’est la question qui revient le plus souvent : le loup est-il dangereux pour l’homme ?

Le loup fuit l’homme et avec raison. C’est bien l’animal qui est persécuté par les humains, pourchassé et tué. Il n’est pas exclu qu’un loup puisse attaquer l’homme, dans des conditions précises, mais le risque est infime. Le loup peut en effet attaquer s’il est atteint de la rage, ou s’il est acculé et doit se défendre. Néanmoins, aucune attaque de loup (avérée et prouvée) sur l’homme n’a été enregistrée au sein de l’Union Européenne au XXe siècle. Un chien domestique est bien plus dangereux pour l’homme que le loup. Un rapport a été rédigé par le réseau Large carnivore initiative for Europe. Ses conclusions sont claires : « Actuellement le risque d’une attaque de loups tant en Europe qu’en Amérique du nord semble très faible malgré l’accroissement du nombre de loups... ».

On lit et on entend également fort souvent l’affirmation suivante : « le loup risque de proliférer en l’absence de régulation ». Un super-prédateur comme canis lupus, au sommet de la chaîne alimentaire, ne « prolifère » pas ! Le loup est un animal territorial, et une meute occupe de vastes espaces. Seul le couple dominant se reproduit et le taux de mortalité des jeunes est relativement élevé. Si nécessaire, le loup est capable de s’auto-réguler en fonction des proies disponibles. Le loup ne mettrait pas en danger ses populations-proies car sa propre survie en dépend. Je conseille aux plus jeunes de lire le livre de Farley Mowatt, Mes amis les loups, qui démontre que le loup n’est pas responsable de la diminution du caribou (Amérique du nord) avec lequel il entretient une relation équilibrée depuis des milliers d’années. Seul l’homme a rompu cet équilibre...

A lire :
Le loup de Jean-Marc Landry paru aux éditions Delachaux et Niestlé
Le génie des loups de Paul-Emile Victor et Jean Larivière aux éditions de Monza

A lire également les bulletins d’information du réseau loup.

Illustrations : reproduction interdite - tous droits réservés

ONCFS lettre n° 13

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