Chronique littéraire : les déchets ça suffit ! de Jacques Exbalin

Vous allez penser « encore un livre sur les déchets », oui, mais celui-là est drôlement bien pour deux raisons. D’abord il est écrit par un homme engagé, mais un « monsieur-tout-le-monde ». Il a été enseignant, pratiquant l’éducation à l’environnement, a monté son association et surtout a été bénévole pour ramasser les déchets, partout où il pouvait. Et le regard d’un citoyen actif, présent sur le terrain, ça change tout !

Ensuite, parce que malgré les milliers d’articles écrits sur les déchets, Jacques Exbalin m’a pourtant appris des choses.

L’ouvrage est centré plus précisément autour du plastique, ce fléau des temps modernes, et l’auteur analyse avec logique les effets pervers d’une consommation immodérée de ce dérivé du pétrole dans notre vie quotidienne. A ceux qui se fichent totalement de savoir que des animaux meurent tous les jours en ingurgitant des sacs plastiques, sachez qu’on s’empoisonne lentement mais sûrement, nous, humains,  (avis aux amateurs de miel, d’huitres ou de bière !) à cause notamment (mais pas que) des micro-billes que l’on trouve désormais dans un grand nombre de produits. Et si on commence tous à connaître les effets de la pollution due aux plastiques dans les océans, on demeure encore largement ignorant de celle qui atteint nos réserves d’eau douce, comme nos lacs par exemple. Même nos articles de randonnée (les chaussures pour ne nommer qu’un accessoire) peuvent polluer à cause de leurs composants, c’est ahurissant !

Mais ce livre ne contient pas que de mauvaises nouvelles et informations déprimantes, l’auteur relève quelques méthodes ou inventions qui peuvent contribuer à faire baisser le volume des déchets. Et puis surtout, à l’instar de la famille zéro déchets, sachez que nous pouvons tous agir dans notre vie quotidienne grâce à nos choix de consommation.

Enfin, il n’est pas interdit, non plus, d’aller donner un coup de main à une association de temps en temps, pour aller collecter les déchets sur un site naturel. Dans presque tous les départements, on peur trouver au moins une journée dédiée au ramassage des dépôts sauvages.

Un ouvrage court publié aux éditions l’Harmattan (130 pages seulement !), percutant et bourré d’infos à faire circuler partout, cela va sans dire.

Chronique littéraire : connaître, comprendre et protéger la forêt

Au sein du catalogue de l’Institut pour le développement forestier, vous allez trouver beaucoup d’ouvrages techniques destinés aux forestiers et fatalement peu compréhensibles pour l’amoureux des forêts, l’accent étant presque toujours mis sur la production de bois. Mais dans ce catalogue spécialisé, on trouve aussi des ouvrages très accessibles et davantage tournés vers l’écologie, comme celui que je vous présente aujourd’hui.

 

En 168 pages, l’auteur fait le tour des connaissances actuelles sur la forêt, et rappelle les innombrables services rendus par l’écosystème forestier : il nous procure du bois pour nous chauffer mais assure aussi une bonne qualité de l’eau, de l’air, joue un rôle de rempart contre le dérèglement climatique, protèges les sols de l’érosion, abrite un grand nombre d’espèces animales et végétales. Enfin, ce n’est pas mentionné mais je le rappelle, la forêt nourrit notre imaginaire…

A l’aide de schémas et de dessins, Léon Mathot explique le fonctionnement des arbres, le rôle des insectes ou des champignons, démontrent les interactions entre espèces, de manière claire et simple. Il se pique même d’égratigner les pratiques de chasse !

Un bon ouvrage synthétique, très accessible, que je conseille absolument, et qui peut servir de document de base pour une animation « grand public ».

En vente par correspondance au CNPF, 47 rue de Chaillot 75116 Paris ou sur www.foretpriveefrancaise.com au prix de 19 €.

Chronique littéraire: Mon petit jardin en permaculture

Voilà un ouvrage tout à fait enthousiasmant. Certes, ce n’est pas le premier qui traite de la permaculture, mais le propos de l’auteur, Joseph Chauffrey, se démarque réellement du discours général. Ce jardinier urbain se consacre aux touts petits jardins des villes. Son propre exemple est édifiant, pour 150 mètres carrés en ville, il récolte 300 kg de fruits et légumes par an ! Alléchant, non ?

Cela l’est d’autant plus, et voilà pourquoi l’ouvrage est chroniqué sur notre site, parce ce jardin vit et prospère en harmonie avec la nature: aucun engrais chimique, pas de pesticides, un bon voisinage avec les « mauvaises » herbes, et une biodiversité étonnante comprenant aussi bien de petits arbres (vive le micro-verger !), des fleurs que des insectes à foison, sans compter la petite mare.

La preuve que lorsqu’on laisse la nature tranquille, la vie revient s’installer.

L’accent est mis sur le sol, et le sacro-saint paillis, mais pour un jardin aussi petit, des ajustements seront parfois nécessaires, aussi bien pour les associations de légumes que pour la date des semis.

Au final, et comme le souligne l’auteur, l’idée est de relocaliser la production de légumes : imaginez un peu, pas de transports polluants, des légumes sains, donc bio et surtout de saison. En plus, c’est à la portée de tous avec un minimum d’organisation. Une belle initiative porteuse d’espoir, alors, à vos grelinettes !

Editeur : Terre vivante

Prix : 14 €

Chronique littéraire : Ce qui compte vraiment de Fabrice Nicolino

Le nouveau livre de Fabrice Nicolino traite d’un sujet qui lui tient à coeur, cette urgence écologique qui devrait pousser tout un chacun à réagir et agir de manière significative. Comme à son habitude, l’auteur présente de manière implacable, l’état du malade, notre planète, lequel est plus que préoccupant, et le diagnostic est sans appel. Choisissant cinq thèmes, la campagne française, la restauration des écosystèmes dans le monde; l’état des mers et océans avec un point sur la pêche; les rivières; et enfin la cohabitation avec les animaux, l’auteur déroule son argumentaire truffé d’exemples saisissants.

Pour le lecteur attentif du blog de Nicolino, Planète sans visa, certaines informations, pour ne pas dire la plupart, ne seront pas à classer dans les scoops ! Le journaliste a entrepris un travail colossal depuis plusieurs années consistant à écrire encore et encore maints billets sur l’écologie, et sur pratiquement tous les sujets ou peu s’en faut. Cet ouvrage est en quelque sorte une compilation de certains thèmes, et emprunte également des données de précédents livres comme celui sur les pesticides.

Mais pour le lecteur et le citoyen lambda, certaines de ces informations, qui sont peu ou pas relayées par les médias traditionnels, risquent fort de paraitre non seulement déprimantes mais surréalistes. Devant tant d’atrocités et d’horreurs commises pour mettre à genoux un bout de nature ou une espèce animale, il est difficile de ne pas être authentiquement « sonné » et on pourrait presque se dire que non, cela n’a pas pu arriver, ça se saurait, les gouvernements auraient réagi… Que nenni, et c’est bien là la tragédie.

Or, si on ne peut donc plus compter sur les élus, les politiques en cheville avec les puissants lobbies mortifères, que faire ? Résister, se secouer les puces et changer notre perspective du monde.

Et voilà où se situe, à mes yeux, le petit point faible du livre. Fabrice Nicolino propose bien, en fin de chaque chapitre, un autre regard, un début d’idée ou d’action. Mais après ? Qui fait quoi ? Qui voudra se lever ? Vous, moi et quelques imbéciles heureux comme nous. Bon. Il faudra que l’on soit nombreux à nous retrousser les manches, mais face à l’inertie et l’indifférence quasi générale, cela nécessitera plus que du courage…

Malgré cette petite réserve, mais mon opinion est personnelle et totalement subjective, je ne crains pas de dire que ce livre doit être lu. Et pour ne pas terminer sur une note pessimiste, je dois bien reconnaître que les choses et les gens bougent et changent, parfois de manière inespérée. Des initiatives se créent, des citoyens se mobilisent. Ces petits ruisseaux qui se créent un peu partout formeront-ils une grosse rivière ? Je n’ai pas la réponse, mais je l’espère.

Editeur : Les liens qui libèrent

Prix : 18 €

Révolutions animales (collectif)

 

D’abord, mes excuses à l’éditeur pour le retard pris dans la rédaction de cette chronique. Ce n’était pas par manque d’intérêt, bien au contraire. On n’avale pas un peu plus de 550 pages d’un tel bouquin comme on lit une bd, c’est certain. J’ai appris certaines choses, redécouvert certains faits et événements et surtout énormément réfléchi à la portée de ces écrits, à ce qu’ils pouvaient impliquer dans ma vie.
Ce retard tombe à point nommé, car deux nouvelles toutes fraiches ont achevé de me convaincre du bien-fondé d’un tel ouvrage : la création en france du premier parti animaliste et un manifeste politique rassemblant 30 mesures en faveur de la cause animale a été présenté à la presse par les 26 associations qui sont à l’origine de sa création. La société est en train de changer (en témoigne la montée en puissance du véganisme) et je ne peux que m’en réjouir.

Mais revenons à ce livre, porté par Karine Lou Matignon et qui rassemble des textes fondateurs de personnalités aussi diverses que Jane Goodall, Fabrice Nicolino, Mathieu Ricard, Boris Cyrulnik ou encore Peter Singer pour ne citer que les plus connus (par le grand public en tout cas). Des auteurs issus de disciplines très différentes, aux cursus variés mais qui ont en commun la volonté de bousculer les idées reçues, de rappeler notre évidente filiation avec les animaux, d’apporter un autre éclairage à nos relations avec ces êtres dits inférieurs, et surtout de susciter interrogations, réflexions et remises en question.
Ce sont des textes qui ne dépassent pas dix pages pour la plupart, mais dont la richesse et la profondeur méritent une lecture lente et appliquée. C’est qu’on y aborde la condition animale dans tous ses aspects : historique, avec le rappel de l’utilisation des animaux notamment au cours des guerres, éthique, scientifique, morale, juridique.

Les animaux possèdent une intelligence et une sensibilité que personne ne peut plus nier (il faut s’attarder sur le texte consacré aux sèches et pieuvres, passionnant !) mais qu’il nous faut intégrer et admettre dans tous les actes de la vie quotidienne. Du cochon d’élevage à l’abeille en passant par les grands singes, la chèvre ou l’éléphant, chaque animal mérite que l’on respecte son intégrité. Qu’on le traite avec dignité. Rien que d’y songer, d’en faire accepter l’idée, c’est déjà un exploit !

Or, la grande force de cet ouvrage c’est d’abord de ne pas être hermétique, d’être accessible à un lecteur même peu familiarisé avec ces données scientifiques, c’est aussi d’avoir réussi ce beau mélange entre des disciplines différentes, et de retracer l’histoire de nos relations avec les animaux, dans le temps bien sûr, mais aussi par le prisme des religions, et à travers d’autres cultures. On nous rappelle l’origine des premiers zoos, des jeux du cirque, on comprend mieux comment la négation de la sensibilité de l’animal a pu conduire à l’élevage intensif, aux expérimentations scientifiques et médicales, la chasse et le braconnage, etc. Si la plupart des textes constituent des sources d’informations scientifiques, des bases de réflexion (parfois percutantes dans leur brutale révélation), d’autres rappellent à notre mauvaise conscience l’ampleur de ce « génocide » animal, qui sacrifie des milliards d’être vivants.

On se prend alors à espérer un autre monde, forcément meilleur, où, sur le fondement des principes moraux, éthiques, scientifiques et philosophiques, nous traiterions les animaux comme ils le méritent, comme des créatures intelligentes et sensibles, et guère différentes de nous dans le fond. Et ça, c’est un bouleversement culturel complet.

Pour souligner, et j’en terminerai sur ce constat, ce qui me parait une évidence, je partage totalement les conclusions de deux contributeurs en particulier : Mathieu Ricard et Shelby Elaine McDonald : nous ne pourrons jamais espérer devenir meilleurs, entre nous, être humains, si nous ne sommes pas capables de faire preuve de compassion pour les animaux. De l’animal domestique à l’animal sauvage, tous sont nos compagnons et nos partenaires, depuis le début de l’histoire de l’humanité. Et il n’est plus possible de poursuivre cette exploitation insensée du monde animal. J’espère sincèrement que ce bel ouvrage agrémenté de magnifiques photos, permettra une prise de conscience durable.

Les mammifères de Provence-Alpes-Côte d’Azur

Biotope éditions, dont nous vous avions déjà parlé pour son superbe ouvrage sur les chauves-souris, vient de publier un nouveau livre de très belle facture sur la faune de la région PACA. 

Cet ouvrage collectif est le fruit du travail de trois associations porteuses du projet (la LPO PACA, le GECEM et le GCP), mais surtout la compilation et l’analyse de milliers de données. 


Ce n’est ni un livre photo, ni un inventaire d’espèces. C’est bien plus que cela. Dans une première partie, les auteurs présentent leur méthode de travail et rendent hommage aux milliers d’auteurs des sources qui ont été utilisées pour rédiger l’ouvrage, puis ils présentent les trois groupes taxonomiques : les Chiropteres, les Mammifères marins puis les mammifères terrestres non volants. 


Les problématiques de la chasse et du piégeage, de l’impact des infrastructures routières et de la cohabitation avec le loup et les autres grands carnivores sont abordées et offrent un chapitre très intéressant avec une analyse pertinente de la situation française, en regard de celle des pays voisins. Un chapitre est consacré aux mammifères disparus, à ceux qui reviennent, et aux espèces exotiques qui ont été introduits en PACA ou dans les régions voisines. 


La deuxième partie de l’ouvrage est consacrée à la présentation des espèces présentes en PACA. Une à deux double-pages par espèce, des informations essentielles : nom, nom latin, ordre, famille, statut réglementaire, répartition, mesures, écologie, état de conservation, historique et tendance avec, systématiquement, une carte de répartition, un dessin et au moins une photo. La mise en page est aérée, très agréable à lire. 

L’ouvrage de 344 pages se termine par une bibliographie complète qui permettra aux plus passionnés de poursuivre leur étude de ces mammifères de PACA, un glossaire, un index et une présentation succincte des trois associations qui ont collaboré à ce livre. 

Vendu 39€, c’est vraiment un Atlas que nous vous conseillons, parce qu’ils n’intéressera pas seulement les habitants de PACA. Les espèces présentées dans cet ouvrage sont présentent également dans d’autres régions. À lire de bout en bout ou à découvrir au hasard d’une page. Encore une fois, bravo aux éditions Biotope qui, décidément, fait du beau travail !

Http://www.biotope-editions.com

A lire : Famille presque zéro déchets

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Trier ses déchets, ça peut être vraiment fun. Si. Et si en plus de trier, vous décidez de réduire drastiquement vos déchets, ça peut-être encore plus rigolo et socialement plus enrichissant.

Cet ouvrage c’est Ze guide, écrit par une famille un peu déjantée, qui a créé son blog avant de se lancer dans l’aventure de l’écriture d’un bouquin. Vous y retrouvez les illustrations et textes pleins d’humour de Bénédicte et Jérémie.

Alors soyons clair, ils ne vous proposent pas la solution parfaite, elle n’existe pas car le consommateur n’a pas toujours le choix hélas, même si on peut réduire considérablement son empreinte. Donc, votre mission, si vous l’acceptez, sera d’atteindre leur score : pour une famille de 4 personnes, produire 15 litres de déchets par mois !

Comme eux, il vous faudra repenser votre mode de vie, votre façon de voir les choses, vider vos placards, tester, réussir, échouer, vous amuser, vous interroger, vous renseigner, apprendre, partager, accepter le fait de passer parfois pour un original, donner l’exemple, créer, réfléchir. Ce faisant, votre vie sociale va progressivement changer, vous allez découvrir que traquer les déchets peut à terme vous simplifier la vie, vous permettre de faire des économies, vous donner du temps, luxe suprême.

L’avantage de ce guide, c’est que l’auteur ont déjà essuyé les plâtres, il ne vous reste plus qu’à marcher sur leurs traces et vous adapter selon que vous vivez en ville ou à la campagne. On ne vous dit pas que les débuts sont faciles, mais vous serez probablement étonnés de constater que vous pouvez vous passer de bien des choses.

Après, cela devient un réflexe, une seconde nature.

On le dit et on le répète même si peu de monde a envie de l’entendre, mais on traverse une crise écologique majeure. C’est un fait. Certains vous diront que le changement ne peut s’opérer qu’à grande échelle, hors du politique, point de salut. Je ne suis pas tout à fait d’accord. Chacun d’entre nous peut agir à son niveau et cela fait une différence. Certaine. Commencer par les déchets, c’est réalisable. Et sans vous en rendre compte, vous poursuivrez avec d’autres actions, moins de voiture et plus de marche, consommer des produits bio, vous impliquer localement. Bref, ne plus être passif.

Ce guide est donc un gros coup de coeur, que je recommande chaudement. Vous n’en ferez pas un déchet supplémentaire car il faudra le faire circuler, le prêter, le réutiliser. Zéro déchets, on vous dit !

Lecture : Extractivisme d’Anna Bednik

51jplwN9b6L._SX210_Brillant, intelligent, fouillé, ce livre décrit ce qu’est l’extractivisme, comment il est né et a pu progresser, mais aussi comment les citoyens dans le monde entier se mobilisent pour contrer ces exploitations.

Dernière actualité en date sur l’extractivisme, celle visant la Bolivie, la politique d’Evo Morales étant vivement contestée.

Mais d’abord, qu’est-ce que recouvre ce terme a priori barbare ? L’extractivisme c’est l’exploitation à outrance des ressources naturelles, essentiellement les ressources minières, celles du sous-sol. l’or, le gaz de schiste, le bois, les métaux et bien d’autres choses. Cet extractivisme se caractérise par une dimension industrielle (moyens mécaniques puissants), une spoliation des populations locales, une destruction du milieu naturel (des pollutions dont on n’imagine pas les conséquences…), mais aussi un haut degré de corruption, de violence (conflits armés, menaces, expropriations…). Bref, c’est un pillage en règle de la nature et des populations qui en dépendent, en grande majorité des autochtones des paysans. Mais pas que.

En France, le mouvement anti-extractivisme s’est déclenché après le film Gasland et la découverte des permis accordés à des sociétés pour rechercher du gaz de schiste dans plusieurs départements.

Certaines grandes zones géographiques sont évidemment plus touchées que d’autres. C’est le cas de l’Amérique du sud où on se souviendra du combat des populations en 2008 lorsque la présidente de l’Argentine opposa son veto à loi de protection des glaciers pour permettre à la firme canadienne Barrick Gold de récupérer ses permis miniers. le profit de quelques uns avant la ressource en eau potable pour tous…

Exemple tragique de novembre 2015, une gigantesque pollution au Brésil provoquée par la rupture de deux barrages miniers.

Anna Bednik, journaliste et militante, décrit les mécanismes politiques et financiers qui sont à la fois les causes et les conséquences de l’extractivisme, et cela fait évidemment froid dans le dos. le propos de l’auteur vise aussi à poser les bases d’une réflexion pour n’importe quel citoyen : on cherche à nous faire avaler que notre seul salut, notre bonheur réside dans une croissance toujours plus accrue, dans une consommation effrénée. Croissance, développement durable (mon oeil, tiens !), sont les mamelles de l’industrie extractiviste,, le mirage qu’on veut nous opposer. Mais que veulent vraiment les citoyens ? A-t-on besoin de changer de voiture tous les 3 ans pour être heureux ? de circuler davantage, de consommer toujours plus de pétrole, de créer encore plus de routes ? pourquoi changer de téléphone portable ou d’ordinateur tous les ans ? Qui se soucie réellement du poids écologique de l’un de ces appareils ?

Bien plus de gens que l’on ne le croit. En effet, la note optimiste de ce livre réside dans les nombreux exemples d’opposition. Une opposition largement citoyenne fondés sur des collectifs, des mouvements. S’informer est essentiel, se regrouper est indispensable. Partager, diffuser et s’opposer. Réunions publiques, manifestations, occupations sont indispensables pour empêcher certains projets, pour montrer aux différents pouvoirs que les populations résistent. Chaque combat ne se termine pas forcément par un happy end, mais les racines de la résistance sont solides, même en France. Un gouvernement ou une société ne peut plus agir dans le secret le plus absolu ou dans l’indifférence générale. le tour du monde d’Anna Bednik à ce sujet est plutôt réconfortant. Mais la mobilisation est générale car les projets se multiplient, et la vigilance est de rigueur. Au moins, grâce à ce livre, serons-nous avertis.

Je tiens enfin à terminer ce long billet par quelques mots sur la couverture. J’ai mis quelques secondes à comprendre ce que la photo représentait. C’est une mine de diamants en Russie, et les toutes petites choses sur la gauche sont des bâtiments ou des hangars. Cela donne une idée de la taille du cratère. C’est simplement monstrueux.

Le monde à vol d’oiseaux (C. Moullec)

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Vous avez déjà vu, il y a quelques semaines à peine, le vol émouvant de ces grands oiseaux qui entament leur migration ? Sur fond de ciel très bleu et très pur, ce sont d’abord leurs voix que l’on entend. Et puis en clignant des yeux, pour ne pas être ébloui par la lumière parfois si éclatante de novembre, on regarde passer cette fraternité d’oiseaux, non sans un pincement au coeur. Reviendront-ils dans nos contrées, ces fragiles voyageurs . Parfois ce sont des grues, parfois des oies cendrées.

L’auteur de ce bel ouvrage est un fou des oiseaux. C’est lui qui a réussi le pari complètement dingue des guider, avec son ULM, des oies naines de Suède afin qu’elles soient réintroduites dans leur milieu d’origine, dans des zones protégées. Je vous laisse imaginer les milles et une difficultés techniques et administratives…

Les textes sont intéressants et instructifs, on y apprend aussi bien le parcours de cet homme-oiseau que la biologie des oiseaux qu’il présente. Si le livre est truffé d’anecdotes passionnantes, c’est également un réquisitoire émouvant pour sauver la nature. Et Christian Moullec de donner des exemples de destruction d’oiseaux ou de milieux naturels qui finissent pas être néfastes pour l’homme, que ce soit à propos de la grippe aviaire ou de la destruction des vautours en Inde ou en Afrique. Ses propos sur la protection de la nature relèvent du bon sens et d’une observation attentive du monde qu’il survole. Prendre de la hauteur… n’est pas une vaine expression.

Mais évidemment, la réussite du livre, ce sont ces incroyables photos qui ne sont pas sans évoquer de nombreuses scènes du film Le peuple migrateur, auquel Moullec a participé.

Je ne saurai dire quels sont les oiseaux les plus touchants, les plus étonnants ou les plus gracieux. Tous ont une particularité qui les rendent uniques. La bernache à cou roux ouvre le bal, suivies par d’autres espèces de bernaches, mais aussi des flamants roses, des hérons, des grues et diverses espèces d’oies. Les paysages survolés invitent au respect, Venise, l’Ecosse, l’Espagne et quelques belles contrées en France comme le Cantal.

Et en feuilletant l’ouvrage, je me demande comment on peut ne pas être touché par tant de beauté, de grâce et de fragilité. Comment des gens, chasseurs, décideurs, élus ou promoteurs peuvent sans la moindre hésitation ou le plus petit remords signer l’arrêt de mort d’un oiseau en autorisant la destruction d’un milieu naturel pour un parking, une usine, un centre commercial, un lotissement ou un tableau de chasse…

Les vraies fées de la nature de François Lassere

Les vraies fées de la nature - Couv HD

Un gros coup coup de coeur pour ce bel ouvrage édité chez Plumes de carotte. Une reliure et une présentation soignées, et un thème bien original. Le naturaliste François Lassere, aidé par le photographe Stéphane Hette, est parti à la recherche des fées. Des vraies fées, celles qui ont inspiré les croyances populaires, qui ont fait naître la fée Clochette, celles qui se laissent voir ou apercevoir au détour d’une allée forestière brumeuse, près d’un étang encore un peu sauvage, dans le joyeux fouillis d’une prairie fleurie.

Je veux parler des insectes, des ces bestioles ailées de la famille des libellules, du gendarmes et de la coccinelle asiatique, mais aussi des ces merveilleux papillons qui enchantent nos étés. Les voilà présentés, dévoilés et mis en valeur par le travail incroyable du photographe. Celui-ci n’a fait aucune retouche sur photoshop, il a utilisé des mini-flashs qui isolent le sujet du fond. Cela donne un résultat étonnant, à tel point que j’ai parfois douté et me suis demandée s’il s’agissait vraiment d’une photo et non d’une illustration. Les textes quant à eux sont volontairement dépouillés, à l’unisson du travail du photographe. Une brève présentation, le nom latin de l’insecte, puis quelques lignes sur son pouvoir naturel et sur son pouvoir magique. Et oui, les insectes ont des pouvoirs magiques, alors bienheureux celui qui parvient à les croiser, dans son coin de jardin, ou lors d’une promenade bucolique dans la nature.

Une façon détournée aussi de réhabiliter, un peu, ces insectes dans le coeur des lecteurs. La plupart d’entre nous ne prêtent que peu d’attention au vol d’une libellule, et on se dit, brièvement, oh le joli papillon, après avoir repéré une paire d’ailes chatoyantes au creux d’un massif de fleurs. Mais si on prend le temps de regarder, on se rend compte que la magie et la féérie sont partout dans la nature.

Alors bien sûr, certaines espèces sont plus rares que d’autres, la biodiversité des insectes est elle aussi menacée. L’auteur espère bien que l’on regardera différemment la sauterelle, le caloptérix ou le lucane cerf-volant après cette féérique lecture.

PS : saviez-vous que le mot scarabée vient du grec Skarabos ? Ne pensez-vous pas à la fée Carabosse ?