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Le 29 octobre 2008 par Christophe CORET, Sylvie CARDONA
Il est toujours navrant de constater que malgré les différentes campagnes de sensibilisation, malgré le nombre croissant d’ouvrages sur nos grands prédateurs et malgré l’urgence de stopper la crise de la biodiversité, une poignée de personnes continue à s’agiter et à distiller une mauvaise image du loup, de l’ours ou du lynx pour parvenir à leurs fins : l’élimination des prédateurs à l’état sauvage en France. Plus navrant encore, le silence embarrassé du Ministère de l’Ecologie et du gouvernement qui ne souhaitent pas statuer en faveur des prédateurs par crainte d’incommoder à la fois une partie des éleveurs et une partie des chasseurs. Nombre d’élus locaux se trouvent dans les rangs de ces deux catégories de citoyens, ceci pouvant expliquer cela.
Une poignée de nos voisins espagnols sont en train de s’échauffer depuis l’incident avec l’ours du val d’Aran. Une traque a été lancée par le gouvernement espagnol pour capturer l’animal. Le Conseil général du val d’Aran (Espagne) a même demandé le retrait des ours et l’arrêt de la réintroduction des plantigrades dans les Pyrénées catalanes... Doit-on s’attendre à vivre demain dans un monde aseptisé où les chasseurs n’auront plus que des vététistes à flinguer ?
Jeudi dernier, un ours (ou plutôt une ourse, puisque tout le monde semble avoir désigné Hvala comme coupable) a été dérangée par des chiens lors d’une battue aux sangliers, en Espagne.
Se retrouvant tête à tête avec un chasseur, l’ourse menacée a attaqué "Luis Turmo, paisible retraité de 72 ans" comme l’individu est présenté dans la presse.
Le malheureux s’en est sorti avec quelques égratignures, mais l’affaire a rapidement défrayé la chronique et tous les anti-ours demandent maintenant la capture de Hvala et l’arrêt des réintroductions (des deux côtés de la frontière, cela va sans dire !)
Y aurait-il deux poids deux mesures ? Un chasseur peut tuer ou blesser un ours (espèce protégée il paraît) sans être inquiété par la justice (je vous rappelle que le tribunal de Grande Instance de Foix a classé notre plainte contre le chasseur qui a blessé Balou) Les auteurs des battues illégales qui ont provoquées la mort de Palouma et de Franska ne seront pas non plus condamnés (officiellement, on ne les a pas retrouvés... alors qu’ils s’affichaient à visage découvert dans toute la presse).
Par contre, un ours qui blesse un chasseur, même dans des circonstances qui expliquent son acte, est d’emblée condamné, pourchassé et traqué. Il est inadmissible d’essayer de nous faire croire que la cohabitation avec les ours est impossible alors qu’aucune mesure n’est prise pour l’améliorer. Pire, on pourrait penser que ces accidents sont provoqués, puisque les fédérations de chasse connaissent les localisations des ours, mais qu’elles s’entêtent à organiser des battues dans ces zones.
En ce qui concerne le loup, la pression des anti-prédateurs se maintient régulièrement. Pour preuve, le conseil général de la Savoie a émis un vœu (voté à l’unanimité) visant à solliciter le gouvernement sur une question de la plus haute importance : l’éventuel reclassement de canis lupus en annexe III de la convention de Berne.
La secrétaire d’Etat à l’Ecologie a répondu par la négative au motif qu’une demande similaire de la Suisse avait été rejetée, un autre texte, la directive européenne "habitat, faune, flore" instaure aussi une protection stricte du loup, et la convention de Berne permet « en dernier recours » des mesures de prélèvement.
Il existe bien en France un plan loup qui permet un abattage des animaux, c’est entendu, mais Madame Kosciusko-Morizet a omis de souligner deux autres motifs à son refus, dont elle aurait pu user : la mauvaise volonté de certains éleveurs qui refusent de prendre toutes les dispositions nécessaires pour protéger leurs troupeaux et réduire ainsi les risques de prédation (par ailleurs, cette catégorie d’individus appuyés par quelques élus locaux mènent également campagne en ce moment pour ôter toute crédibilité et efficacité au patou, un chien de protection), ensuite le taux de braconnage élevé pour le loup. A la faiblesse des effectifs et à la taille réduite des meutes, il faut ajouter 24 cas de braconnage avéré en 17 ans. Impossible de connaître le chiffre réel, les cadavres ne sont pas tous retrouvés.
Le sénateur Thierry Repentin (PS) à l’origine du vœu émis par le Conseil Général de Savoie entend bien obtenir gain de cause en harcelant l’administration…
Enfin, tout récemment, un lynx a attaqué 12 fois en 4 mois un troupeau dans le Jura. Or, à partir de 10 attaques, une demande de tir peut être enclenchée - qui se traduit en fait par le piégeage de l’animal au lacet puis son euthanasie - (un seul tir possible par an et par département).
Les populations de lynx demeurent fragiles en France. Trop souvent le félin est victime de collisions avec les voitures, comme tout récemment dans le Jura. Pourquoi dans ces conditions éliminer systématiquement l’animal ?
Par ailleurs, nous nous interrogeons sur les moyens mis en oeuvre par l’éleveuse pour protéger son troupeau. 12 attaques en quatre mois, cela laisse supposer que le félin n’a guère rencontré de résistance...
AVES FRANCE pour sa part a choisi de contribuer à la protection de nos prédateurs, que ce soit sur le plan juridique ou sur celui de l’information et de la sensibilisation. Nous ne laisserons pas une poignée d’obscurantistes décider du sort de la faune sauvage en France.
Voir en ligne L’ours qui a vu le chasseur qui a vu l’ours