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  • Sylvie CARDONA

    Vice-Présidente et Co-Fondatrice d’AVES FRANCE

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Accueil du site / Nos articles / News internationales / Grands prédateurs / Pas de chasse dans la forêt des Grands Ours !

La forêt pluviale des Grands Ours s’étend dans le centre et au nord de la côte de la Colombie-Britannique, jusqu’à la frontière de l’Alaska, et accueille les plus gros ours grizzly du Canada et des milliers d’espèces génétiquement uniques de saumon du Pacifique. On y trouve également l’ours de Kermode, l’ours noir, le loup, le puma, le glouton, le cerf à queue noire, d’innombrables variétés de plantes et de champignons, de nombreuses espèces d’invertébrés.

Le Canada possède la plus vaste superficie de forêts protégées au monde. Les 1,41 millions d’hectares (3,5 millions d’acres) protégés dans la forêt du Grand Ours représentent deux fois la superficie du parc national Yellowstone et font partie des 36,5 millions d’hectares (86,5 millions d’acres) de forêts protégées au Canada. En 2001, grâce aux pressions d’organisations écologistes, le gouvernement de la Colombie Britannique accepte de protéger 20 vallées de la Forêt des Grands Ours. Mais depuis cet accord, les coupes à blanc se sont poursuivies. 600 sites au sein de la forêt pluviale ont été approuvés par le gouvernement de Colombie Britannique dans le cadre de l’exploitation forestière (principalement l’industrie papetière).

Outre le problème de la déforestation, la forêt pluviale des Grands Ours est également le théâtre des chasses aux trophées. Tous les ans, les chasseurs fortunés, munis de leurs licences, abattent les plus beaux animaux de la forêt, et en particulier les grands carnivores.

Mais au mois de décembre 2005, l’association « Raincoast Conservation Foundation » a pu acheter les droits de chasse de la forêt, dont le montant s’élevait à 1.35 millions de dollars. C’est une grande première en Amérique du Nord. La zone couverte par ces droits couvre 20 000 km² de forêt. L’Association n’a pas utilisé de fonds publics, l’argent provient de donateurs privés répartis dans neuf pays. Elle a en outre été appuyée par cinq communautés Amérindiennes opposées à la chasse aux trophées et a reçu l’approbation d’organismes de tourisme vert. Cette chasse aux trophées fait l’objet de controverses depuis plusieurs années, qui se sont amplifiées après la décision de l’Union Européenne d’interdire l’importation de dépouilles de grizzlies en provenance de Colombie Britannique.

L’ONG entend ainsi offrir un peu de répit à la faune de cette forêt primaire et développer un tourisme vert, respectueux de l’environnement et générateur d’emplois qui profitera également aux communautés Amérindiennes.

Cette initiative a pourtant été critiquée par un autre mouvement écologiste. On reproche en effet à cette fondation d’avoir plus ou moins gaspillé une somme considérable qui aurait pu servir à acheter des terres afin de les soustraire à l’exploitation forestière. Cependant, aucune autre ONG n’a eu cette brillante idée au cours des dernières années. Les Nords-Américains sont pourtant beaucoup plus impliqués dans les projets de conservation que la majorité des citoyens européens, et la somme nécessaire pour acheter des terres aurait pu être rassemblée depuis longtemps par ceux-là mêmes qui critiquent cette action...

D’autre part, certains conservationnistes, tout en admettant que la chasse aux trophées soit un sport particulièrement abject, ont affirmé que ce type de chasse ne mettait pas en danger les populations animales. C’est oublier un peu vite que la chasse aux trophées cible principalement les plus beaux animaux, les plus sains et les plus forts. Les chasseurs ne paient pas une licence pour abattre un vieil ours perclus de rhumatismes. Or, prélever les plus beaux représentants d’une espèce n’est pas sans conséquence sur la survie d’une population.

A terme, le but de Raincoast Conservation Foundation est faire cesser définitivement la chasse commerciale dans la Forêt des Grands Ours. Pour infléchir la position du gouvernement de Colombie Britannique, l’association doit démontrer que le tourisme vert peut aussi être source de revenus appréciables pour la province. En attendant, une belle année 2006 s’annonce pour les ours...