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Accueil du site / Actions & Projets / Conservation des ours / Archives de nos actions / Concours d’écriture sur l’ours polaire pour les jeunes normands : les lauréats !

AVES FRANCE a organisé du 2 septembre 2008 au 18 avril 2009 un concours d’écriture sur l’ours polaire, pour les jeunes normands de 7 à 16 ans. Deux nouvelles ont été primées.

Les lauréats de ce concours de nouvelles sont :

- Catégorie Particuliers :

Joséphine M. (76430) remporte le livre et le DVD "Dernières nouvelles de l’ours polaire" de Rémy Marion ainsi qu’une affiche.

- Catégorie Groupes :

La classe de 6ème C du Collège André Raimbourg de Doudeville (76560) : une conférence sur l’ours polaire de Rémy Marion

- Lauréats Groupes

Histoire de Neige ou de neige...

Il n’y a pas si longtemps (car tous les contes ne sont pas éloignés dans le temps), dans le pays des glaces arctiques, vivait une oursonne de trois ans, nommée Neige parce qu’elle était douce et blanche comme la neige. Elle était haute comme trois pommes, avec des yeux couleur de saphir, chose rarissime pour son espèce. Ses poils étaient longs et épais, avec la douceur du velours. Elle possédait aussi une ouïe exceptionnelle, pour une ourse. Mais, un jour d’été, sa mère, Michka, l’abandonna près du pays des hommes, pour qu’elle puisse trouver facilement de la nourriture. Et c’est ainsi que Neige rencontra un petit Canadien à lunettes portant le nom d’Ulysse, qui habitait Churchill. Au début, ils eurent peur tous les deux, puis ils s’apprivoisèrent et devinrent inséparables (en secret). Ils arrivèrent même à se comprendre, par un phénomène étrange qu’on nomme l’amitié. Le temps passait : l’oursonne attendait l’hiver...

Un beau jour, au milieu du mois de novembre, Ulysse alla voir Neige, comme à son habitude. Mais, cette fois-ci, Arthur, son frère, le suivit car il se posait des questions sur le comportement de celui-ci. Le jeune espion sema des petits cailloux sur une partie du chemin puis suivit les traces dans la neige. Ulysse trouva Neige endormie. Ayant reconnu le bruit des pas de son ami, elle se réveilla et commença à s’agiter. L’oursonne adorait jouer avec Ulysse qui lui donnait du poisson. Aussi l’heure de la séparation était toujours difficile.

De retour chez lui, Arthur prévint Tom, le chef des braconniers, de l’endroit où se trouvait Neige. Celui-ci la cherchait depuis longtemps. Ils se donnèrent rendez-vous à minuit. A l’heure dite, ils allèrent au repère de Neige. Un autre braconnier installa des explosifs puis la détonation retentit. Pendant ce temps, sans se douter du danger qui menaçait, Neige avait commencé à s’endormir paisiblement. Soudain, elle vit surgir une avalanche, sortie de nulle part. Elle eut beau courir, celle-ci la rattrapa et l’ensevelit. L’animal aux yeux de saphir se débattit, grogna, cria mais personne ne vint. Quelque temps après, elle perçut des voix puis distingua un peu de lumière. Elle se débattit de nouveau. Puis Neige sentit une piqûre et s’endormit. Quand elle se réveilla, elle découvrit les barreaux d’une cage... Neige avait peur, très peur. Elle aurait voulu qu’Ulysse soit là pour la réconforter, comme il le faisait quand elle n’allait pas bien. MAis elle était seule, toute seule dans cette prison si sombre. Des images de son passé lui revinrent : les jeux avec son compagnon. Son regard se voila. L’oursonne se recroquevilla et ne pensa plus à rien.

Ce jour-là, Ulysse se rendit au lieu de rendez-vous habituel, mais il ne vit pas son amie. En revanche, il aperçut une infinité de traces de pieds, de scooters des neiges et même d’un objet lours, non identifiable. Il les suivit, le coeur battant, longtemps, longtemps, longtemps...

Au bout d’un moment, les traces s’arrêtèrent net devant une grotte sombre. L’enfant y entra, reconnut le scooter du braconnier abandonné dans un coin puis découvrit trois galeries : laquelle prendre ? Il prêta l’oreille et entendit au centre un léger grognement. Il s’engagea donc dans le couloir du milieu et avança bientôt à tâtons. Il arriva enfin dans une grande salle légèrement éclairée par une pierre phosphorescente ; il ne vit pas d’issue. Découragé, il s’assit sur un rocher qui s’enfonça légèrement dans le sol et s’arrêta d’un seul coup : quelques secondes plus tard, une porte s’ouvrit en face de lui. Il saisit la pierre brillante et avança très vite dans le couloir sombre jusqu’au pied de la cage, dans une petite salle. Etonné, il lâcha la pierre qui se brisa en trois parties. Une lumière éblouissante jaillit et un lutin tout de blanc vêtu apparut. C’était le lutin des neiges... Il remercia Ulysse de l’avoir libéré et lui accorda un souhait. Le garçon lui demanda de délivrer l’oursonne. Le petit être blanc ferma trois fois les mains en murmurant une formule magique (qui restera secrète) et la cage s’ouvrit : Neige sauta dans les bras d’Ulysse qui en tomba à la renverse. Mais le petit lutin devint alors tout bleu et murmura, avant de s’endormir :

"Je suis... souffrant par la faute des humains... et de leur pollution... qui détruit la banquise. Sauvez-moi... en me ramenant... la fleur des neiges, qui se trouve... au sommet de la montagne... de la Mort. Dé... pê... chez... -v...".

Il ferma les yeux. Qu’allaient faire Ulysse et Neige ?

Les deux amis repartirent très vite chez Ulysse pour chercher des provisions que le petit garçon lança sur le scooter de Tom, qu’il avait pris avec plaisir. Puis, après un assez long parcours, ils se dirigèrent vers la banquise qui leur parut bien mal en point : de gros blocs de glace s’étaient détachés et dérivaient lentement, en raison du réchauffement climatique. Neige avait de plus en plus de mal à avancer parce qu’elle avait chaud. Elle allait souvent se baigner ou se roulait dans la neige, ce qui retardait le voyage. Sur la banquise, ils suivirent le flair de Neige qui détecta un délicieux parfum floral très lointain. Ils progressèrent très vite car l’oursonne appréciait le froid. Ils arrivèrent à une montagne à-pic qui paraissait inaccessible. Elle avait une forme de tête de mort et était située sur une île entourée d’icebergs. L’odeur était envoûtante et donnait mal au crâne. Comment atteindre la fleur ?

A ce moment-là, Neige entendit un léger bruit et renifla une odeur animale : elle s’élança vers sa source et attrapa un pingouin Torda qu’elle traîna jusqu’à Ulysse. L’oursonne leva une patte menaçante et, relevant ses babines, elle montra ses crocs aiguisés. La petite bête se mit à trembler et se débattit. Neige lui demanda alors comment grimper sur la montagne, pour cueillir la fleur qui sauverait le lutin des neiges. Le pingouin répondit, soulagé :

"Suivez-moi, je vais vous montrer le chemin."

L’oiseau noir et blanc plongea, suivi par Neige qui portait Ulysse sur son dos. Ils nagèrent jusqu’à la montagne, la contournèrent et arrivèrent à une fissure de belle taille. Avant de repartir, le pingouin leur conseilla de faire attention car personne n’en était jamais revenu... A petit pas, le coeur battant, les deux amis s’aventurèrent dans les entrailles de la montagne et découvrirent avec horreur que le chemin était jonché d’ossements mais, curieusement, il n’y avait pas de crânes. Ils commencèrent leur ascension et arrivèrent à l’endroit où se trouvait la fleur. Celle-ci avait un coeur bleu et des pétales blancs et était toute petite. Ils avancèrent vers la plante pour la cueillir mais le gardien du lieu surgit comme par magie et se précipita pour les en empêcher. Il leur proposa un cruel marché : une partie de bowling de la mort pour obtenir la fleur et la vie sauve. Ils furent obligés d’accepter car le temps pressait. L’animal immense, musclé, recouvert de poils blancs emmêlés à cause de croûtes de sang, les emmena dans une grande salle. Au bout de deux pistes de glace se dressaient deux rangées de stalactites très pointues. Au pied des joueurs, il y avait trois crânes humains ; l’enfant et l’ourse crièrent de peur. La partie commença : Ulysse enfonça ses doigts dans les orbites et dans le nez de sa "boule" mais il rata son lancer. Le yéti fit tomber la moitié de ses stalactites et éclata d’un rire monstrueux. Neige, avec sa boule, réalisa un split. Il restait donc deux "quilles". L’animal étrange rit jaune et lança sa deuxième tête. Trois stalactites tombèrent : égalité ! Ulysse se concentra, essuya la sueur qui lui coulait dans les yeux et balança sa dernière tête : une quille tomba et, dans sa chute, percuta celle qui restait. Celle-ci se mit à se balancer mais ne tomba pas... LE yéti joua à son tour et abattit une stalactire : égalité ! Le gros monstre polaire sauta de rage et la dernière quille d’Ulysse et de Neige se brisa sur le sol. Victoire de nos héros !

Le petit garçon courut et cueillit la fleur des neiges. Aussitôt, l’animal aux yeux rouges se figea en une statue de glace épouvantable, qui gardait son odeur fétide. Les deux amis ressortirent de la grotte, retraversèrent l’eau glacée et regagnèrent rapidement la caverne des braconniers : ils trouvèrent le petit lutin à peine tiède, avec des couleurs ternies. Le dernier souffle de l’être magique approchait. Ulysse lui fit respirer la fleur. Le lutin reprit progressivement son éclat et se leva. Il remercia ses sauveurs et leur accorda un voeu. Ulysse ne réfléchit pas longtemps et demanda qu’il sauve la banquise qui fondait. Le lutin le lui promit pour un demi siècle. Il ne pouvait pas faire plus, si les hommes continuaient à polluer la planète !

C’est ainsi que Neige partit vivre sa vie dans son monde, la banquise et qu’Ulysse retourna chez lui, en pleurs. Mais les deux amis se reverraient tous les hivers...

- Lauréate Particuliers

La fin de l’ours polaire…

« Un de mes derniers refuges se trouvait dans un endroit bien tranquille. Un endroit complètement isolé, perdu et préservé. J’étais donc seul et sans concurrence. Il y avait une petite colline, d’où je pouvais voir tous les alentours, ce qui est bien pratique pour surveiller l’arrivée éventuelle de congénères. En bas de cette colline, je m’étais creusé un abri assez grand pour que plusieurs ours puissent y entrer en cas de tempête. Cela était bien inutile, car contrairement aux autres ours, je n’appréciais pas la compagnie de femelles, même pendant la saison des amours. Et pour ce qui est des mâles, je ne les supportais pas non plus, mais cela, c’était normal. J’étais un solitaire, plus encore que n’importe quel ours... Vraiment, c’était un endroit très agréable pour moi, et je suis triste qu’il ait disparu.

Mais il a fallu que je parte, comme toujours. Chaque fois, j’espère de tout mon cœur que cela va enfin s’arrêter et chaque fois, cela continue, me poursuit. Peut-être est-ce mon destin, mais peut-être pas. Il est possible que ce soient d’autres créatures, à coup sûr puissantes, innombrables, mais aussi bornées et égoïstes, qui portent sur leurs épaules la responsabilité de ce qui m’arrive.

Je suis perdu au milieu de toute cette pureté, ignorant ce qui se passe en ce bas monde.

J’ai dû partir, donc, de cet endroit béni. Longtemps, j’ai erré dans l’immensité blanche qui me tient lieu de cadre de vie. La contrée où je vis se résume à du blanc, du blanc et encore du blanc. Mais je l’aime. Je l’aimerais toujours, même si elle, ou moi d’ailleurs, disparaît. C’est en elle que je suis né, et c’est en elle que je mourais. Ainsi va la vie…

Mais reprenons mon histoire. C’est après tout pour l’écouter que vous êtes ici…

Après la disparition du havre où je vivais, j’ai longtemps cherché un endroit équivalent. En vain. A croire que seuls les meilleurs refuges disparaissaient ; même si ce n’était pas le cas, car on ne voit pas les régions quelconques quand on a été habitué aux plus exceptionelles.

Cela faisait quelques jours que je parcourais l’étendue glacée où je suis né à la recherche d’un endroit favorable à mon installation et j’étais fourbu. J’ai donc décidé d’aller pêcher du poisson.

J’étais affamé. En plus, je dois dire qu’il faisait particulièrement chaud. Ca aurait dû me mettre la puce à l’oreille. Mais, étonnamment, non. Peut-être était-ce à cause de la faim et de la déception. Toujours est-il que je me suis avancé droit vers ma fin, vers ma mort. Une mort que j’aurais peut-être pu éviter, dont je suis peut-être responsable. Mais ce n’est pas sûr. Je pense, je suis presque sûr, que ce sont les erreurs des autres qui ont causé ma perte.

Je suis mort car j’avais décidé de plonger à côté du glacier, et non dessous. J’avais ramené deux poissons que j’avais mangés sur un iceberg, puis je m’étais endormi.

A mon réveil, j’avais toujours aussi faim. J’avais donc replongé. Il m’avait fallu près d’une demi-heure pour trouver les cinq poissons dont j’avais besoin pour me rassasier. Après les avoirs mangés, j’avais construis un abri avec des morceaux de glace pour m’abriter durant la nuit car celle-ci approchait et j’avais remarqué dans l’air des signes annonciateurs d’une terrible tempête de neige, le genre de tempête où même des animaux armés contre le froid, comme les ours polaires, peuvent mourir gelés.

J’avais ensuite replongé, rien que pour le plaisir de nager. Quand j’étais remonté à la surface, il faisait nuit et je m’étais couché. La tempête avait été aussi violente que je l’avais prévue, peut-être même pire, et j’avais eu très peur. Vous croyez peut-être que les ours polaires adultes n’ont peur de rien, mais c’est faux. C’est un préjugé absurde. Si cette région avait été habitée par des hommes, et bien vous pouvez être sûr qu’elle ne le serait plus, car la tempête aurait tous emporté : maisons, hommes, animaux. Tout.

Au matin, je m’étais tourné vers la banquise, que je croyais juste à côté, à un ou deux kilomètres de là et non à une cinquantaine, comme j’avais eu la surprise de le constater. Et il n’y avait aucun iceberg pour que je puisse faire des pauses, car ils avaient tous fondu, seul le mien restait fidèle au poste ! Même pour les ours polaires, qui savent très bien nager, cela représentait une distance énorme !

A moins que par miracle mon iceberg ne se rapproche suffisamment du rivage pour que je puisse le regagner à la nage, j’étais condamné… Mais la banquise continuait à reculer, inexorablement. Je n’avais plus aucune chance.

Si j’avais été le héros d’un roman ou d’un conte, je m’en serais sorti avec cette chance stupéfiante qu’ils possèdent. Malheureusement, mon histoire est bien réelle, je ne suis pas le héros d’un conte ou d’un roman, et je n’ai pas trouvé un moyen pour m’en sortir…

J’ai donc fini par mourir. Pas immédiatement bien sûr. Mon fidèle iceberg a fondu, et même si je sais nager ou faire la planche je me suis noyé à cause de l’épuisement. Il a fondu tout comme la banquise fondra si vous ne faites pas d’efforts.

Car maintenant que je suis là-haut, je peux observer tous vos faits et gestes, toutes vos conversations, et j’ai pu obtenir une confirmation à mon hypothèse. A ma place, certains auraient étés soulagés de ne plus courir aucun risque ou heureux de savoir qu’ils avaient raison. Pas moi. Ca me rend plutôt malheureux d’avoir eu raison, et encore plus de constater à quel point l’Homme, afin d’améliorer son confort, détruit sans s’en rendre compte tout ce qui est vivant, y compris lui-même. »