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  • Sylvie CARDONA

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Accueil du site / Nos articles / News internationales / Grands prédateurs / Faut-il réintroduire le lion blanc ?

Tandis qu’au Maroc on étudie la possibilité de réintroduire le lion de l’Atlas, en Afrique du Sud, une femme se bat pour la défense d’une espèce rare et menacée : le lion blanc.

Disons tout de suite que la communauté scientifique demeure partagée sur le lion blanc. Il est soit considéré comme une espèce distincte, comme 1’ours polaire ou le tigre blanc, soit présenté comme un lion atteint de dégénérescence, auquel cas il ne mérite absolument pas que l’on s’intéresse à lui. Ce fauve intéresse pourtant le monde de la chasse, lobby particulièrement puissant en Afrique du Sud, où ce business rapporte beaucoup et est indissociable du principe de gestion de la faune sauvage. Les amateurs de trophées sont prêts à dépenser des sommes faramineuses pour rapporter une peau de lion blanc. D’ailleurs, les derniers individus (il n’en resterait que 300) ne vivent qu’en captivité, et on en trouve une bonne partie dans les fermes de reproduction d’Afrique du sud. Ces établissements qui appartiennent à des personnes privées, fournissent les zoos, cirques (le show très célèbre de Roy et Siegfried à Las Vegas utilise des fauves provenant de ces fermes) et bien sûr les réserves de chasse.

C’est dans les années 1970 que les lions blancs ont été mentionnés pour la première fois dans la région du Timbatavi, par le biologiste Chris McBride. Ce dernier est d’ailleurs opposé à toute réintroduction. Il estime en effet que les chances de survie du lion blanc à l’état sauvage sont quasiment nulles et à l’époque de sa découverte, il avait d’ailleurs placé les deux seuls lionceaux blancs de la troupe qu’il étudiait, en captivité.

Pour Linda Tucker, au contraire, ces magnifiques animaux méritent d’être réhabilités. Elle cherche d’abord à faire interdire la chasse aux trophées, ce qu’elle réussit partiellement en 2003, mais le gouvernement n’a pas encore édicté de loi. Puis elle met en place un programme de recherche scientifique, clef de voûte des futures réintroductions en milieu naturel. La mise en place d’un tel programme nécessite des fonds. Cela représente même beaucoup d’argent, parce qu’à court terme, les lions ne pourront être relâchés que dans des réserves privées où ils seront à l’abri des chasseurs. ll n’est pour l’instant pas question de les introduire dans le parc national de Kruger où le comité scientifique du parc estime que ces nouveaux venus risquent de bouleverser le fragile équilibre entre les espèces, ni dans la réserve de Timbatavi, leur terre originelle, qui jouxte Kruger, et où la chasse est autorisée.

Par ailleurs, tous les lions blancs que Linda Tucker et son équipe pourront récupérer sont issus de la captivité, et cela demande un long apprentissage pour ces fauves qui n’ont jamais connu la vie sauvage. Les dangers sont partout : le risque de ne pas être acceptés par les autres lions, l’incapacité à survivre dans la nature ou les chasseurs de trophées, autant d’écueils pour les lions blancs et d’interrogations pour leurs sauveurs.

Là encore, on doit se poser une question essentielle : doit-on réintroduire des animaux qui ont été chassés à outrance et ont disparu d’une région à cause de l’homme ? Les conditions de leur réintroduction sont-elles satisfaisantes ? Et surtout, quel sera le prix à payer pour le retour des lions blancs ? Certains grands propriétaires terriens en Afrique du Sud clament en effet qu’ils ne seraient pas hostiles au retour du lion à condition que l’on octroie, en échange, des permis de chasse pour amateurs fortunés. Une autre manière de rentabiliser ce projet...

Or, ce qui nous préoccupe chez AVES FRANCE, c’est cette tendance qui se propage dans les milieux scientifiques, pour certaines espèces animales : on accepte de financer un programme de conservation dans la mesure où l’espèce peut avoir une valeur marchande plus ou moins élevée. Ce sont les gouvernements qui proposent ces mesures, poussés par les lobbies de chasseurs, et les scientifiques ou ONG en charge de la protection d’une espèce se résignent de plus en plus souvent à accepter ce type de marchés.

Le sort du lion blanc est donc encore bien incertain, mais l’initiative de Linda Tucker méritait d’être saluée. Nous vous informerons régulièrement de l’état du projet et publierons un autre compte rendu en début d’année 2006.

Voir en ligne L’association de Linda Tucker : Global White Lion Protection Trust