A propos de l'auteur

  • Sylvie CARDONA

    Vice-Présidente et Co-Fondatrice d’AVES FRANCE

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Accueil du site / Nos articles / News internationales / Déforestation et agrocarburants / Agrocarburants / Les agrocarburants : un remède illusoire au réchauffement climatique

Depuis quelques temps déjà on nous vante les mérites des agrocarburants, appelés aussi biocarburants, censés apporter une solution au réchauffement climatique en remplaçant les carburants d’origine fossile. Hélas, ce qui en apparence, pourrait constituer une voie de secours à nos problèmes énergétiques, est en réalité une menace supplémentaire pour la planète.

De nombreuses organisations écologistes, ainsi que des scientifiques, dénoncent partout dans le monde les risques d’une production à grande échelle des agrocarburants.

Aves France vous proposera une série d’articles sur ce sujet, car la production d’agrocarburants a des conséquences néfastes sur la biodiversité, et les espèces animales et végétales que nous défendons.

Qu’appelle-t-on les agrocarburants ?

Rappelons brièvement que la France est surtout concernée par la production de biodiesel et d’éthanol ou bioétahnol.

Les huiles végétales, de tournesol ou de colza, à première pression à froid sont reconnues depuis décembre 2002 comme des biocarburants par l’Union Européenne et bénéficient donc d’une totale exonération de la taxe intérieure sur les produits pétroliers (TIPP).

Le bioéthanol (en substitution de l’essence) est produit par la fermentation des sucres contenus dans des plantes telles que la betterave, la canne à sucre... ou encore dans le bois et la paille. Par exemple, au Brésil la majorité des véhicules est alimentée avec de l’éthanol extrait de la canne à sucre.

L’ester méthylique d’huile végétale (EMHV) - en substitution du gazole- est un carburant obtenu à partir d’huile végétale ou animale transformée par un procédé chimique appelé transestérification

Actuellement, ce sont ces deux groupes d’agrocarburants qui se partagent le marché français : l’huile sous forme d’EMHV, appelé plus communément diester, et l’alcool sous forme d’éthanol.

Quelle production ?

Depuis 25 ans, le Brésil fait figure de leader en ce qui concerne la promotion des biocarburants. Toute l’essence vendue doit être mélangée à de l’éthanol et toutes les stations services doivent aussi bien vendre de l’éthanol pur, que des mélanges à base d’éthanol. Cette autorisation de combiner les biocarburants et les carburants automobiles a été votée dans au moins 20 états et provinces du monde ainsi que dans deux pays : la Chine et l’Inde.

En France, les agrocarburants (éthanol, méthanol et biodiesel) ne sont incorporés qu’à hauteur de 1% dans l’essence et le gazole. Une coalition européenne, Biofuelwatch, a été créée pour dénoncer les effets de la production d’agrocarburants à grande échelle et protester contre les objectifs fixés par l’Union Européenne, c’est-à-dire atteindre un seuil de 10% pour les carburants d’origine végétale d’ici 2020. La France pour sa part, s’est engagée en 2005 à introduire d’ici 2010 7% d’agrocarburants, soit un objectif plus ambitieux que celui demandé par l’UE, à savoir 5.75% pour 2010.

Malgré des campagnes d’information et de grands discours, peu de choses sont réellement tentées à l’heure actuelle pour lutter contre le réchauffement climatique, de manière efficace et durable. La solution de remplacer les combustibles fossiles par des carburants d’origine végétale n’est qu’un pis-aller et ne résout absolument pas le problème de fonds. Malheureusement, les consommateurs des pays occidentaux ne semblent guère préparés à réduire de façon notable leur consommation énergétique, de même qu’à modifier leurs habitudes de transport. En Europe, et donc en France, l’automobile est reine. L’idée des gouvernements est donc de produire à grande échelle ces agrocarburants afin de permettre aux populations de conserver leur mode de vie actuel sans trop de changements. Or, l’Europe ne dispose pas des surfaces agricoles nécessaires pour produire ses propres agrocarburants en quantité suffisante. Il faudra donc se tourner vers les pays du Sud, Afrique, Amérique Latine et Indonésie pour importer la précieuse matière première.

Les dangers des agrocarburants

Pour mémoire, le soja et le palmier à huile sont les principales causes de déforestation en Amérique du sud et en Indonésie. Jusqu’à présent, le soja était destiné principalement à l’alimentation du bétail, mais puisqu’il est envisagé comme une source d’énergie, le soja risque donc de provoquer un désastre sans précédent au sein de la forêt amazonienne. Par ailleurs, l’expansion de la culture de la canne à sucre au Brésil, utilisée pour fabriquer l’éthanol, a provoqué le déplacement des cultures de soja vers des zones boisées qu’il a fallu raser. Pour le président Brésilien, cette nouvelle source d’énergie a un autre avantage, celui de présenter le soja transgénique comme une solution acceptable. Quant au palmier à huile, l’Indonésie compte bien profiter de la directive européenne pour se placer comme le premier importateur d’huile pour l’Europe. A propos d’OGM justement, n’oublions pas que le colza est lui aussi utilisé pour fabriquer les agrocarburants. Or, La Confédération des industries agro-alimentaires de l’Union européenne (CIAA) a demandé à la Commission européenne d’autoriser l’importation de nouvelles variétés de colza génétiquement modifié pour l’industrie du biodiesel... Autre inquiétude, on travaille depuis quelques années à transformer le bois en éthanol, grâce à une technique utilisant des OGM. Cela permettrait l’expansion de monocultures d’arbres à croissance rapide, un véritable fléau pour les forêts primaires et une grave atteinte à la biodiversité.

Enfin, signalons qu’un récent rapport de la FAO prévient que « Au cours de la période de projection, des volumes conséquents de maïs aux États-Unis, de blé et de colza dans l’Union européenne et de sucre au Brésil seront employés pour produire de l’éthanol et du biodiesel", ce qui devrait entraîner une hausse du prix des "végétaux et, indirectement, des produits animaux, compte tenu de la hausse du coût des aliments du bétail...Une augmentation des prix agricoles serait particulièrement "problématique pour les pays en développement importateurs nets de denrées alimentaires et pour les populations pauvres des zones urbaines".

Charmantes perspectives... Si l’on examine réellement le fonds du dossier, on s’aperçoit vite que la production à grande échelle des agrocarburants enrichira d’abord l’industrie biotechnologique (et l’on reparlera bientôt de Monsanto...), puis les grands groupes pétroliers (occasion en or pour Total, Shell, BP... de diversifier leurs activités), puis l’industrie automobile...En résumé, cela ne résoudra en rien le problème du réchauffement climatique, les agrocarburants constituent une menace supplémentaire de taille pour la biodiversité, et les populations autochtones (et particulièrement en Amérique du sud) subiront spoliations et expropriations car la moindre parcelle de terre sera convoitée par les grands propriétaires terriens.

Sources : Biofuelwatch, RISAL, Politis, Courrier International, Université de Cornell (USA), World Rainforest Movement, FAO