A propos de l'auteur

  • Christophe CORET

    Président de l’association AVES FRANCE

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Madame la Ministre,

En tant que Président de l’Association de protection de la nature et de la faune sauvage AVES France, je tiens à vous faire part de mes inquiétudes au sujet de la conservation des ours et de la gestion des loups dans notre pays.

Il nous semble particulièrement urgent que l’Etat prenne enfin une décision sur la question de la conservation de l’ours dans les Pyrénées.

Voulons-nous sauvegarder seulement une dizaine d’ours sur le massif pour continuer à scander les slogans « Pyrénées, pays de l’ours » aux touristes naïfs ou souhaitons-nous vraiment mettre en place un vrai plan de renforcement de populations afin d’installer une population d’ours viable dans les Pyrénées ?

Chez AVES France, nous sommes contre la première solution qui ne consiste qu’à réintroduire quelques ours tous les 10 ans, et qui mourront pour la plupart sous les balles des chasseurs, ces derniers restant d’ailleurs trop souvent impunis.

Nous demandons au gouvernement français de poursuivre dès l’automne 2005 les réintroductions d’ours et de les poursuivre régulièrement jusqu’à ce que les scientifiques puissent conclure à la viabilité de l’espèce. Pour que cette opération se passe dans les meilleures conditions, il faut rassurer le monde de l’élevage et mettre en place dès aujourd’hui un plan d’accompagnement, et notamment une formation à la mise en place des moyens de protection.

De plus, il est indispensable que tout acte de destruction d’espèce menacée soit sanctionné par la peine prévue par la loi, et ce afin de ne pas laisser la porte ouverte aux dérapages que nous avons connus ces dernières années (mort de Melba et de Cannelle, braconnage de loups et de lynx...)

D’autre part, le gouvernement français, par le biais d’un arrêté ministériel en date du 17 juin 2005, a décidé de poursuivre l’abattage des loups sur son territoire, en fixant le quota d’animaux à abattre à 6, soit plus de 10% de la population estimée, une cinquantaine de loups environ. Or, les solutions existantes en matière de protection des troupeaux (parcage des animaux durant la nuit, utilisation de chiens de garde, clôtures électrifiées, présence d’aide-bergers...) ne sont pas mises en place et appliquées de façon complète, généralisée et efficace, alors que les pays voisins possédant des loups, tels que l’Espagne et l’Italie, ont déjà démontré l’efficacité de ces méthodes. La population de loups n’est pas scientifiquement viable de sorte que les mesures prises par le gouvernement français sont en totale contradiction avec le principe de sauvegarde de la biodiversité, et nuisent gravement à la survie des populations lupines. Enfin, le loup est classé espèce protégée sur notre territoire, ce que le gouvernement français tend à oublier.

Par conséquent, l’arrêté des ministres français de l’Agriculture et de l’Ecologie en date du 17 juin 2005, ne peut en aucun cas bénéficier de la dérogation prévue selon les termes de la directive européenne n°92-43 du 21 mai 1992.

Il nous paraît inconcevable que la France, qui donne sans arrêt des leçons au reste du monde en matière d’environnement, puisse se permettre d’abattre chaque année plus de 10% des loups présents sur son territoire, sous prétexte de stabiliser leur progression. Si le loup fait un timide retour en France depuis 1992, on ne peut pas compter sur des arrivées permanentes de loups venant d’Italie pour maintenir une population viable dans notre pays. Ces animaux sont déjà victimes du braconnage, d’empoisonnements, d’accidents de la route... il est inacceptable d’ajouter à cela des tirs officiels organisés par l’Etat, mettant en péril la pérennité de l’espèce.

Nous vous demandons donc, ainsi qu’à l’Etat, de mettre un terme au plan de régulation du loup.

Parallèlement, nous enverrons une plainte à la commission européenne afin de lui demander de faire respecter le droit communautaire et d’interdire les tirs de loups.

Veuillez agréer, Madame la Ministre, l’expression de mes sentiments distingués.

Christophe CORET

Président d’AVES FRANCE