Le 18 avril 2008
Le Collectif dont fait partie AVES FRANCE demeure vigilant sur le projet de mine de charbon dans la Nièvre. Voici la contribution de l’association Loire Vivante au dossier.
Il est urgent d’attendre !
C’est au cœur de l’été 2006 que les nivernais apprenaient par une pleine page du Journal du centre que le sud nivernais en particulier et le département de la Nièvre en général, allaient enfin connaître un avenir économique et social radieux grâce à l’exploitation du charbon de Lucenay-Cossaye (gisement exceptionnel de 250 millions de tonnes dont 60 millions économiquement et facilement exploitables), qui sera couplée au fonctionnement d’une centrale électrique thermique. Tel était le projet au mois d’août de la SEREN. Elle sera rapidement rejointe dans la course à l’attribution de la concession du gisement nivernais en vue d’une extraction, par une société concurrente, VALORCA, ce qui nous vaudra coup sur coup deux enquêtes publiques en (novembre 2006 et décembre 2007) ou plus exactement des simulacres d’enquêtes publiques. Le summum sera atteint avec le dossier VALORCA où régnait le flou le plus total : exploitation souterraine ou en surface, utilisation sur place d’une centrale ou non.... Valorca dévoilera son véritable projet une fois la consultation du public achevée... :une mine souterraine et pas de centrale.
Le collectif « stop charbon »* s’est constitué en décembre 2006 :
pour renforcer l’action des deux associations locales d’opposition l’ASDN et la SNE qui se sont constituées dès l’annonce dans la presse.
pour ensuite créer un rapport de force face aux promoteurs des projets et à leurs soutiens institutionnels en tête desquels les conseils Général, Régional, syndicats de tous bords, Chambre de commerce, partis politiques .... et presse locale d’une partialité scandaleuse, leur outil de communication pratiquement journalière...
apporter la contradiction et lancer un débat face à la déferlante unicolore et à notre avis irréfléchie des "pro-mine" vu l’indigence des projets qui nous étaient présentés et la non prise en compte des facteurs s’opposant aujourd’hui à cette exploitation : la pertinence de ces projets au regard de nos engagements internationaux d’agir contre le réchauffement climatique, leur inutilité au regard de la production française d’électricité excédentaire.
Ajoutons leur crédulité feinte ou sincère face à certaines annonces fallacieuses des pétitionnaires : mise en œuvre des techniques de traitement du CO2 (stockage et séquestration) alors que l’on sait qu’il faudra encore des années pour leur mise au point si on y arrive, création d’emplois (1000 dont ensuite 400 pérennes) chiffrée sans preuve argumentée ni vérification aucune, ni prise en compte des emplois existants détruits.
Et enfin leur silence total sur les impacts sociaux et environnementaux inacceptables de ces projets, (passés en pertes et profits au nom de la relance économique et de la réindustrialisation du département). Sont totalement ignorés les impacts sur la santé, les bouleversements de la géographie locale et ses conséquences sur les milieux naturels (la vallée de la Loire est classée en Natura 2000, le projet touche plusieurs ZNIEFF) et sur l’environnement avec notamment des atteintes majeures sur la ressource eau. Tandis que la SEREN prétendait trouver l’eau nécessaire au refroidissement de sa centrale dans deux petits ruisseaux affluents de Loire (l’Ozon et l’Acolin) pratiquement à sec en été. VALORCA annonçait franchement la couleur avec des prélèvements en Loire et donc la construction d’une retenue sur le fleuve ... Autre problème, les rejets en Loire des eaux de refroidissement viennent augmenter le réchauffement des eaux du aux centrales nucléaires situées à l’aval. Enfin sur un rayon de près de dix kilomètres, s’ajoutent les risques d’assèchement des sources, puits et prairies en raison du drainage des eaux par la fosse d’exploitation, ainsi que les pollutions des eaux de surface et souterraines.
Proposer des alternatives pour un développement économique durable de la Nièvre qui ne peut reposer sur l’exploitation d’une mine durant 35 années et sur une partie du territoire mais sur des activités multiples et diffuses s’inscrivant dans la durée et qui développant les potentiels de la population nivernaise en même temps qu’elles garantissent la protection d’un cadre de vie jusqu’ici préservé et envié. Richesse d’aujourd’hui et encore plus de demain !.
Le collectif milite pour le développement de la filière bois (transformation et valorisation énergétique, notamment par les sous-produits aujourd’hui gaspillés), l’agriculture biologique, le tourisme vert de qualité, les économies d’énergies dans le bâtiment et les énergies renouvelables (qui implique le développement rapide de la formation des jeunes dans ces secteurs) qui sont des mines d’emplois bien plus considérables et plus pérennes que le charbon. Il espère pouvoir faire valoir ses idées au sein de "l’observatoire économique et environnemental" créé en février 2007 à l’initiative du conseil général de la Nièvre pour garantir « le suivi de l’évolution des dossiers et la transparence de l’information sur le sujet » (conséquences économiques et environnementales pour le site et les communes concernées). La tâche sera rude, les politiques chargés du développement économique sont à court d’idées, cantonnés dans une vue de l’avenir calquée sur le mode industriel du 19ème siècle, mais aussi fermés aux thèses d’une éco-économie. La composition bien équilibrée... de cet organisme parle d’elle-même : les 2 associations locales d’opposition se retrouvent avec 6 représentants des 2 communes opposantes mais face à 15 représentants d’organismes pro-mine : commune de Toury-Lurcy (2), CCI(1), chambre des métiers (1), chambre d’agriculture (1), syndicat mixte du Pays sud-nivernais(1), conseil de développement du pays Sud Nivernais(1), conseil général (5), conseil régional bourgogne(2), Union amicale des maires de la Nièvre (1).
La présence d’un expert « animateur des travaux » est prévue. Le collectif désirerait faire venir des scientifiques spécialistes de l’énergie connaissant la problématique environnementale de réduction des gaz à effet de serre et de maîtrise de la consommation énergétique. A noter que cet observatoire n’a jamais été réuni depuis sa création... C’est sans doute que l’ambiance euphorique de l’époque a fait place à plus de raison. En janvier 2007 la décision du ministre sur l’attribution de la concession était présentée comme imminente, de préférence avant l’élection présidentielle....alors que le délai court jusqu’au 27 juillet 2009.
Récemment en déplacement sur le site de Bibracte dans le Morvan, la secrétaire d’Etat chargée de l’écologie Nathalie Kosciusko-Morizet a précisé « qu’on n’était pas à la veille d’une décision finale. C’est un processus long qui demande des éclaircissements. Notre code minier est trop ancien et ne prend pas en compte les considérations environnementales. Il y aura des questions supplémentaires à poser aux deux promoteurs du projet, concernant notamment la captage du CO2 ».
L’exigence d’une exploitation avec les meilleures technologies aboutira t-elle dans un premier temps au refus de ces demandes ? Le temps de la recherche de nouvelles technologies du charbon dit propre devrait être mis à profit pour arrêter la fuite en avant de consommation des énergies fossiles limitées. En toute hypothèse le charbon de la Nièvre doit constituer une réserve stratégique pour l’avenir et non être dilapider pour le seul bénéfice de financiers attendant la forte rentabilité.
* ADSN(Association de Défense du Sud Nivernais),SNE (Sud Nièvre Environnement), Fédération Allier Nature, APPBSB (Association du Patrimoine Paysager et Bâti de la Sologne Bourbonnaise), Loire vivante Nièvre-Allier-Cher, Les Trois Prés, Autun- Morvan- Ecologie, WWF, le CNAD(Collectif Nivernais pour une Agriculture Durable), les Verts58, les Verts03, le VARNE, l’Association pour la protection du confluent de la Loire et de l’Allier, SOBA Nature Nièvre, Puisaye environnement, le MERLE, Allier Sauvage, AVES FRANCE, CFPECB (Collectif de Protection de l’Environnement Charolais).