A propos de l'auteur

  • Sylvie CARDONA

    Vice-Présidente et Co-Fondatrice d’AVES FRANCE

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Accueil du site / Nos articles / News internationales / Pourquoi AVES France s’oppose à l’abattage des éléphants en Afrique du sud ?

L’Afrique du sud possède une population d’éléphants comptant environ 18 000 individus. Depuis le moratoire de 1995, la population de pachydermes a considérablement augmenté.

Cet abattage d’éléphants en surnombre pourrait avoir lieu à partir du 1er mai 2008, et après étude des autres moyens de limitation comme la contraception ou le transfert des éléphants. Les animaux, et en particulier ceux qui vivent dans le parc national Kruger, sont accusés de menacer gravement l’environnement.

Des associations comme IFAW International et le WWF ont déploré que le gouvernement sud-africain doive recourir à ce mode de gestion tout en reconnaissant que la population d’éléphants dans ce pays posait problème, et que l’abattage pourrait constituer un moyen de contrôle. Richard Leackey lui-même, qui a pourtant combattu le trafic de l’ivoire au Kenya pendant des années, se range à cet avis, même si ce n’est pas de gaîté de cœur.

Fort heureusement d’autres associations et d’autres scientifiques continuent à s’opposer à ce plan de gestion. AVES France a donc rejoint ce camp d’irréductibles...

Rappel : la gestion des éléphants au Zimbabwe

La question de la survie des éléphants en Afrique est cruciale et rejoint celle d’autres espèces. Par manque de place et de nourriture, les grands animaux de la planète sont condamnés à disparaître. C’est le cas pour les éléphants certes, mais c’est exactement ce qui est en train de se passer pour les autres grands mammifères et les grands prédateurs. Le rhinocéros et le tigre en sont les meilleures illustrations. La faune sauvage doit plier devant l’homme.

Mais la question qu’il faut se poser c’est : que se passera-t-il pour les hommes une fois que tous nos « concurrents » auront été éliminés ou réduits à une peau de chagrin ?

Des pays comme le Zimbabwe ou l’Afrique du sud se plaignent que leurs éléphants prennent trop de place et empêchent les petits paysans de survivre.

Parmi ces grands pontes qui pensent pouvoir gérer la faune sauvage comme on gère un capital, qui élève la voix pour protester contre les appétits des grandes firmes qui veulent faire d’une partie de l’Afrique un vaste champ de soja ou de palmier à huile ? Qui affamera davantage les populations africaines, nos voitures qui boufferont des agrocarburants ou les éléphants ?

Le problème du financement est régulièrement avancé pour justifier l’abattage de pachydermes. En gros, c’est la solution la moins coûteuse, puisque transférer des animaux revient extrêmement cher. Mais pour qui ? La plupart des pays africains, et l’Afrique du sud en particulier, disposent de budgets pour des domaines divers et variés comme l’armement. Une minorité de gens s’enrichit au détriment du reste de la population, ce n’est un secret pour personne ; voyez ce qui se passe dans le bassin du Congo. Et en Afrique du sud, les éléphants rapportent de l’argent grâce au tourisme.

Savez-vous que le lobby de la chasse fait pression sur le gouvernement d’Afrique du sud pour pouvoir autoriser la chasse aux éléphants dans les parcs nationaux, en complément de l’abattage « officiel » ?

Par ailleurs, certaines organisations comme "the Earth Organization" font remarquer que les autorités des parcs sont incapables d’apporter les preuves concrètes des dégâts commis par les troupeaux d’éléphants sur la végétation. Si la végétation est abîmée en certains lieux ou subit des modifications, cela est dû à une combinaison de facteurs : détériorations dues à l’homme, à d’autres herbivores sauvages, réchauffement climatique entre autres...

L’exemple du parc Kruger est à méditer : les responsables du parc veulent abattre des éléphants en prévision des dégâts qui pourraient être occasionnés. La solution la plus simple serait de permettre aux pachydermes de migrer, en ouvrant la clôture du parc qui constitue la limite avec le Mozambique. Voici les propos du grand spécialiste Pierre Pfeffer qui a initié une pétition sur le sujet :

« Le Gouvernement d’Afrique du Sud a annoncé son intention de reprendre les abattages des éléphants à l’intérieur du Parc National Krüger afin de prévenir les dégâts qu’ils pourraient causer à la végétation. Or, le parc Krüger couvre plus de 2 millions d’ha et pourrait abriter sans dommages au moins 15 000 éléphants. Pour le moment, il en compterait moins de 13 000 et aucun dégât n’a été constaté ! La seule solution écologique et honnête, consisterait à abattre la clôture du parc, limitrophe du Mozambique, afin de permettre aux éléphants de regagner leur territoire d’origine.

Solution que rejettent les responsables du Parc Krüger, pour des motifs bassement mercantiles : entre 1966 et 1995, ils ont abattu plus de 16000 éléphants et tiraient un substantiel bénéfice de la commercialisation, dans les boutiques du parc du fruit de ces opérations : bibelots et bijoux d’ivoire, bracelets en poils et maroquinerie en peau d’éléphants, viande d’éléphant en conserve ou fumée, etc... Les éléphanteaux étaient vendus à des marchands d’animaux et - toujours cela de gagné ! - 66% de la viande fraîche faisait partie du salaire des gardes et du personnel du parc !!!

Signez la pétition ici : http://www.petitiononline.com/cgi-bin/petition_html.cgi?krugers

Les éléphants font également l’objet d’un projet de plan de gestion au Zimbabwe que nous avons déjà dénoncé dans un précédent article. Ce genre d’initiatives peut laisser supposer que la situation des éléphants en Afrique ne suscite aucune inquiétude, et qu’au contraire ils sont trop nombreux. Raison pour laquelle ces animaux ont été le principal sujet des tractations sordides lors de la dernière conférence de la CITES. Mais le braconnage se poursuit, malgré les beaux discours, les résolutions et les déclarations.

Pour finir, je préciserai que la Déclaration de Bamako pour les éléphants signée en février 2008 par les pays suivants : le Mali, le Niger, le Sénégal, le Burkina Faso, la Sierra Leone, la Guinée Bissau, le Cameroun, la Côte d’Ivoire, le Togo, le Nigeria, le Ghana, le Libéria, la République Centrafricaine, le Rwanda, le Sud Soudan, l’Ethiopie et le Kenya, a pour but d’adopter une attitude commune contre l’abattage des éléphants aujourd’hui menacés. Un responsable Kenyan a déclaré « nous discutons aussi ensemble de l’importance d’une politique forte pour la conservation de l’éléphant et des stratégies de gestion, qui sont essentielles pour le maintien des populations d’éléphants et par voie de conséquence pour la promotion du tourisme."

N’y a-t’il pas là une sérieuse contradiction avec le message délivré par d’autres pays africains désireux de profiter économiquement des pachydermes sous le prétexte de vouloir sauvegarder l’écosystème des parcs ?

Tuer un groupe d’éléphants n’a rien d’anodin ou de banal. Les mots « gestion » ou « abattage » peinent à déguiser la réalité. Un troupeau doit être éliminé dans son entier, car les éventuels survivants demeurent traumatisés et développent alors des comportements anormaux. Tuer un éléphant requiert l’artillerie lourde. C’est l’un des actes les plus répugnants que l’on puisse perpétrer contre une espèce animale.

Les éléphants sont des animaux intelligents, sensibles et fascinants. Toutes les espèces animales méritent d’être sauvées mais, l’éléphant, comme l’ours, le gorille ou la baleine, est un symbole. Si nous ne pouvons cohabiter avec ces espèces, c’est que nous manquons de sagesse, d’intelligence, de clairvoyance. Et que notre fin est inéluctable.

Voir en ligne Rappel : la gestion des éléphants au Zimbabwe