Comme vous le savez, AVES France dénonce les spectacles de montreurs d'ours depuis plusieurs années. Nous avons reçu un courrier de Frédéric Chesneau, "Dresseur animalier labellisé par l’Association Française de Protection des Animaux de Travail, et agréé par le Ministère de l’Environnement", que nous vous invitons à lire ici.
Voici notre réponse... nous vous tiendrons informés si un échange constructif s'en suit.
Cher Monsieur Chesneau,
Il est évident que nous ne serons jamais d'accord sur le fond puisque nous nous targuons tous les deux d'être passionnés par les ours, mais que nous avons choisi deux voix diamétralement opposées.
Mais après tout, puisque votre réponse semble venir du coeur, je vais vous exposer la mienne.
Comme beaucoup d'enfants, mon premier rapport avec l'ours a été visuel.
Mon tout premier souvenir, c'est l'image de l'ours qui était sur un poster de ma chambre, lorsque j'avais trois ans. J'étais encore loin de m'imaginer que cet animal me passionnerait autant.
Mon premier échange de regard avec un vrai ours, un peu plus tard lors d'une visite au zoo de Vincennes, a sans doute été le déclencheur. Vous savez comme moi quel regard triste ont ces ours enfermés dans des fosses bétonnées. Ce regard, je ne l'oublierai jamais. J'ai alors commencé à me documenter sur cet animal, puis de fil en aiguille à partager ma passion sur internet puis à rejoindre des associations de protection.
Quand on voue une passion à un animal sauvage, on a forcément la tentation de l'approcher, et le plus simple est alors d'aller à sa rencontre dans les endroits où ils sont détenus en captivité.
J'ai découvert en France des parcs zoologiques horribles, comme celui du Mont Faron. J'en ai découvert d'autres plus vertueux. J'ai vu aussi des ours récupérés dans des cirques ou chez des montreurs d'ours, tellement marqués par une vie de souffrance que toutes les attentions de leurs gardiens ne suffiront jamais à leur faire oublier ce qu'ils ont vécu, ce pourquoi ils ont été dressés. J'ai eu également le privilège d'approcher un ours dans un de ces parcs. Cependant, malgré l'honneur de rencontrer ce plantigrade et de pouvoir le toucher, je ne pensais qu'à une chose : la place d'un ours n'est pas derrière des barreaux.
Mais je ne suis pas non plus le genre de fanatique qui va mener une action commando et ouvrir les cages pour libérer les animaux. Passionné ne veut pas dire irresponsable.
Je sais que ces animaux ne sont pas aptes à la vie sauvage et qu'ils sont nés en captivité... c'est d'ailleurs drôle de vous voir le préciser alors que vous dîtes à qui veut l'entendre que vous avez sauvé votre ours Valentin, qui sans vous serait un trophée de chasse.
Je l'ai déjà dit publiquement : non, vous n'êtes pas le pire montreur d'ours de France. Vous connaissez certainement vos collègues, ou vos concurrents et savez ce que certains d'entre eux font subir à leurs animaux.
Je suis d'accord avec vous sur le fait que vos installations répondent aux normes et que lors de vos exhibitions, les ours n'ont pas l'humiliation de monter sur un ballon ou sur un scooter.
Cependant, je ne serai jamais d'accord avec vous quand vous mentez au public sur le fait d'avoir sauvé Valentin. C'est un argument facile et honteux, car vous jouez sur la sensibilité d'un public non informé. Il y a de nombreux pays dans lesquels les ours sont encore chassés, et je suis bien placé pour le savoir puisque j'habite en Roumanie, en Transylvanie, où il y a encore beaucoup d'ours. Dois-je me faire montreur d'ours et dire au monde entier que j'ai sauvé un ours pendant que des centaines d'autres se font massacrer ?
Je ne suis pas non plus de votre avis quand vous parlez d'un spectacle pédagogique et principalement parce que mettre en scène sa relation avec un ours captif est à l'opposé de ce qu'est un ours à l'état sauvage.
Je ne remets pas en cause votre complicité, votre passion et votre amour pour vos animaux, mais le fait que vos spectacles donnent une image erronée de l'ours et dans un sens donne raison à ceux qui pensent que cohabiter avec les ours n'est plus possible au XXIème siècle et que la captivité leur irait bien. Vous n'êtes pas sans savoir que partout dans le monde, les ours sont en concurrence avec l'homme pour le territoire. On parle même désormais de capturer des ours polaires pour assurer leur conservation en milieu artificiel, ce qui dédouanerait tout le monde de ses responsabilités face à la protection de la nature, des forêts, et nous permettrait de nous attaquer encore un peu plus aux territoires qui leurs étaient jusqu'ici réservés. Ce qui est vrai avec l'ours polaire l'est avec les autres, ours bruns, ours noirs, ours malais, ours lippu, ours à collier, ours à lunettes et panda géant.
Enfin, je me permets de répondre au fait que votre activité est contrôlée et autorisée.
C'est vrai. Mais vos collègues bénéficient de ces mêmes autorisations. Même ceux qui mettent des ours sur des scooters.
Et même eux sont applaudis par le public.
Si vous aimez les animaux autant que vous le dîtes, j'imagine que cela vous choque.
J'aimerai, dans ce cas, pouvoir établir le dialogue avec vous et travailler efficacement pour imposer au ministère de revoir la législation sur l'exhibition des ours au public, en mettant noir sur blanc ce qui est tolérable et ce qui doit être interdit, car contre-nature et apparenté à de la cruauté envers l'animal.
Cordialement,
Christophe CORET
Président d'AVES France
http://www.aves.asso.fr